TERRITOIRE ROMAIN
genre humain tout entier, qu'elle s'assimulait d'abord, pour lui donner ensuite des lois plus durables que les empires. Celui qui sait traduire le langage ancien en moderne, l'accidentel en éternel, y trouve, non-seulement des luttes de patriciens et de plébéiens, comme on le fait dans les écoles, et la perpétuelle inimitié du pauvre contre le riche, mais encore les questions aujourd'hui les plus débattues : telles sont la loi électorale et l'extension du suffrage, les mesures de prévoyance en faveur des pauvres, les systèmes de colonisation, le gouvernement des pays tributaires, le rapport des administrations locales avec l'administration centrale; en outre, comme dans l'Angleterre moderne, à l'aristocratie patricienne, enracinée dans le sol, on opposait une timocratie, puis une démocratie, puissante par le nombre, par l'opinion, par les lois.
Le véritable patriciat, celui qui ne reconnaissait à la plèbe ni les mariages légaux, ni la famille, quiréduisait le débiteur en servitude et coupait son corps en morceaux, avait succombé depuis longtemps sous les lents efforts des plébéiens ; les nobles de naissance, ingenui, ne jouissaient que de la seule distinction que leur assuraient une illustre origine et la tradition des clientèles antiques. Il ne fut jamais question d'abolir cette noblesse, et pourquoi l'essayer, puisqu'elle ne s'appuyait que sur l'opinion ? La différence d'état dérivait de la propriété; le plébéien, quoique égal au noble endroits, tombait sous sa dépendance, parce qu'il n'avait pas les moyens de les faire valoir, et qu'il était réduit à vivre de ses aumônes ou des largesses publiques. Les anciens Romains, pour garantir la liberté, avaient égalé les conditions, de manière que la pauvreté était honorable, et la charrue , couronnée de lauriers (l); par des lois somptuaires, ils réprimèrent le luxe, quoique les arts, comme vils, fussent alors abandonnés aux esclaves, que le commerce se bornât à l'approvisionnement de la ville, etque l'économie fût celle d'un peuple agriculteur et guerrier. Les propriétés étaient fractionnées; rarement on les affermait à des colons, qui d'ailleurs n'avaient que le quart des produits ; dans le plus grand nombre, la terre, le capital et les instruments du travail, souvent le cultivateur lui-même, étaient la propriété d'un seul, Le mailre traitait les paysans comme les bœufs ; dans cette condition, le propriétaire, lefermier, le cultivateur, n'ont pas d'intérêts différents. Les économistes d'alors n'avaient pas à méditer
(i) Gaudebat telliis vomere latireato. Pmne.