TIBÉRIUS
sévère doctrine des stoïciens, dans laquelle ils avaient puisé des idées généreuses, quoique exagérées peut-être, sur la dignité de l'homme et l'égalité des droits, ils avaient échappé à la corruption générale.
Tibérius étant questeur à Numancesous Hostilius Mancinus, le camp fut surpris , et vingt mille hommes auraient péri si le consul n'avait pas accepté unecapitulalion;maisIes Numantinsne voulurent que la parole deGracchus, auquel ils garantirent le salut de l'armée, à la condition qu'on leur abandonnerait les bagages. Dans le pillage, on lui avait enlevé ses registres, qu'il'alla réclamer ; les Numantins, non-seulement les lui rendirent , mais l'invitèrent à un banquet et lui permirent de choisir dans les dépouilles ce qu'il voudrait ; il ne prit que l'encens destiné aux dieux. La capitulation qui avait sauvé vingt mille hommes parut 4éshonorante à Rome, qui proposa de livrer tous les officiers comme après les Fourches-Caudines. Tibérius insista pour le maintien du traité dans son intégrité ; ayant échoué, il obtint que Mancinus fût livré tout seul. Tibérius, par cette conduite, gagna l'affection des familles de ceux qui avaient échappé à ce péril; mais il n'en conçut que plus de haine contre les patriciens, conseillers de cette iniquité légale.
A son retour de Numance, quel spectacle l'Italie offrit à ses regards! Les petites propriétés avaient disparu; les chaumières tombaient en ruines, la malaria étendait ses ravages, les pâturages remplaçaient la culture des céréales , les troupeaux broutaient l'herbe là même où des villes avaient fleuri, et l'Étrurie, dépeuplée d'hommes libres, n'était plus cultivée que par desesclaves. Mais si, au dehors, le dépérissement avait un aspect plus misérable, il n'en était pas moins manifeste à Rome, où le plus grand nombre végétait dans la misère à côté de quelques familles qui accumulaient toutes les richesses. Si les Gaulois repassaient les monts, ou si les esclaves se soulevaient, quelle force leur opposer? Se proposant de rendre à l' Italie la population libre et énergique ( 1 ) , qui disparaissait à mesure qu'on oubliait les provisions de Stolon, Tibérius ne dissimulait pas son mépris. « Pourquoi, disait-il, ne pas donner au « peuple ce qui est du peuple? Un citoyen n'est-il pas plus utile « à la patrie qu'un esclave, un brave légionnaire qu'un homme « incapable de combattre, un citoyen dévoué qu'un étranger? Cé-
(1) TpàxxM ô''^ (jLÈv voyç toù pouX£Û|Ji,aTOç dv oOx ic, eÙTropi'av, àlVh eùavSpiav. Apmen, De bello civ., liv. i, il.