J60 POPULARITÉ DE CAÏUS GRACCHUS. SES MESURES
distribution déterres ; de disposer en faveurdu peuple del'héritafçe du roi Attale; de fournir les vêtements aux soldats sans diminuer la paye, et de ne pas enrôler avant l'âge de dix-huit ans, mesure prise contre les patriciens, qui, se faisant inscrire encore enfants, s'assuraient les droits à l'ancienneté pour obtenir les grades ; enfin il fait accepter en détail la loi de son frère. Les distributions de blé étaient nécessaires pour éviter les tumultes que la faim pouvait occasionner ; mais elles introduisirent l'idée que le peuple avait droit de vivre aux frais de l'État. Qui, d'ailleurs, aurait pu s'y opposer? et puis elles servaient si bien la popularité de Caïus ! En outre, il fit décréter de grandioses travaux publics, daiis lesquels il employait des milliers de bras. Pour enlever toute distinction avec les pauvres, il fit abattre les loges d'où les riches regardaient les spectacles du cirque. Etait-il obligé de retirer une de ses rogations, il le faisait, disait-il, par égard pour Coriiélie, sa mère chérie et vénérée.
La faveur du peuple redouble son audace; il entreprend des innovations politiques contre les privilégiés, et propose d'adjoindre six cents chevaliers aux sénateurs : demande excessive qu'il n'aventure que pour obtenir une concession plus modérée, c'est-à-dire le transfert des jugements du sénat à l'ordre équestre, qui devient ainsi un corps politique capable de faire équilibre au sénat ( l ) . Après cette réforme, les administrateurs des provinces n'étaient plus assurés de l'impunité par la condescendance du sénat ; mais les nouveaux juges pouvaient vendre et vendirent en effet leur connivence. Dans la pensée de Caïus, c'était tout à la fois humilier les grands et former une classe moyenne ; ilnefitquecréer un parti, et, comme le lui reprochaient les vieux patriotes, il donna à la république deux têtes qui bientôt devaient se mordre. Cependant il se vantait d'avoir enfoncé le dard mortel dans les flancs de l'aristocratie , et se réjouissait d'avoir consolidé la constitution de manière que le sénat avec la noblesse, les chevaliers avec les jugements, opposeraient une barrière aux excès de la populace.
Pour fortifier son œuvre et franchir toutes les bornes, il demanda le droit de cité pour tous les Italiens. Par cette faveur, il voulait gagner les alliés latins et faire cesser leur opposition ; or, bien que le sénat, pour éluder la proposition, les eût expulsés de
(1) Les auteurs ne sont pas d'accord snr ce point. Paul Manuce , De legi- Ims, prouve que Plutarque et Tite-Live se sont trompés ; il est en ('ela d'arcoiii avec Appien, Velléius, Asconius et Cicérou.