‹ Histoire des Italiens (volume 3)Chapitre 200 sur 319 · ROGATIONS DE CAÏUS GRACCHUS · texte numérisé non relu

ROGATIONS DE CAÏUS GRACCHUS

la ville etcU'feudu qu'ils ne vinssent par milliers du Latiumaux comices, dès ce moment ils firent cause commune avec les pauvres de Rome contre les nobles et le sénat.

Caïus s'attacha les tribus urbaines par la loi sur le blé, les citoyens par la loi agraire, les chevaliers par la loi judiciaire; il opposait donc au sénat, qui se vit contraint de céder, toutes les forces de la république et de la Péninsule. Mais la distribution du blé épuisait le trésor; le transfert des jugements dans les mains des chevaliers divisait la république en deux camps et soumettait les sénateurs aux publicains. D'un autre côté, la réduction de leurs propriétés avait aigri les chevaliers, et le peuple vo.yait avec déplaisir que Caïus prétendît communiquer à tous les Italiens ses privilèges et le droit de suffrage.

Entouré de magistrats, de militaires, d'artistes grecs, d'ambassadeurs comme un roi, il jouissait de la plus grande autorité; mais, comme il savait qu'elle était odieuse au sénat, il avait soin de ne donner que des conseils utiles et honorables. Le propréteur Fabius ayant envoyé du blé d'Espagne, Caïus persuada au sénat de le vendre, et d'en remettre le produit aux Ibères, afm de leur rendre le joug de Rome plus supportable ; il autorisa les provinciaux à prendre eux-m.êmes la ferme des impôts ; il fit construire des greniers, et, pendant qu'il s'occupait avec les triumvirs du cadastre de l'Italie, il la sillonna de routes, belles, droites, avec des ponts et des colonnes milliaires , établit des marches en pierre pour monter à cheval, ce qui était nécessaire avant l'invention des étriers, et surveilla lui-même les travaux. Enfin il proposa de fonder des colonies dans les pays où Rome possédait de grands territoires, et de réédifier les anciennes rivales de la république, Capoue, Tarente et Carthage.

Les sénateurs, affectant de le seconder, lui proposèrent d'aller lui-même relever Carthage et d'y établir la colonie de Junon, qui fut la première hors de l'Italie. Il le fit; mais à peine fut-il éloigné des regards de la multitude que les sénateurs employèrent tous leurs efforts pour le renverser. Usant d'un procédé souvent imité, ils subornèrent Drusus son collègue, qui proposa des lois beaucoup plus populaires que les siennes. Caïus avait demandé l'envoi de deux colonies; Drusus en proposa douze. Caïus voulait qu'on distribuât des terres, moyennant une faible redevance; Drusus les offrit gratuitement, et décida qu'aucun soldat latin ne pourrait être battu de verges. En outre, il avait soin d'ajouter que ces mesures étaient insi)iréespar le sénat, tout dévoué à iaplehc.

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