RELIGION DES ÉTRUSQUES
nité avec celle de la nature, la représentation avec la chose représentée, le dogme avec l'image qui l'exprime. En somme, l'idée de Dieu n'avait pas péri, mais on ne croyait pas qu'il eut tiré la matière du néant par sa libre volonté ; aussi, la matière était considérée comme quelque chose d'indépendant , et l'on voyait deux termes dans le monde : tous les êtres paraissaient dieux , et l'on adorait tantôt l'homme , tantôt les astres , tantôt les forces de la nature. De là résultait la croyance, bien qu'elle n'ait été professée que plus tard , que tout est dieu , panthéisme le moins propre à développer le véritable sentiment religieux. Les prêtres, sans doute, avaient des idées plus justes; mais le peuple restait dans un grossier fétichisme qui lui présentait des objets ignobles , des idées obscènes. Les Grecs surent passer du symbole au mythe; mais le culte s'arrêtait encore à la forme.
Tantôt on nous vante les Étrusques comme étant , à la différence des Grecs, étrangers aux fables (1); tantôt, on nous les dépeint comme les pères des superstitions. C'est d'un sillon ouvert par un laboureur que sortit Tagès, enfant par les formes, vieillard par le jugement, qui chanta une doctrine fondement de la science des aruspices ; les livres rituels , principalement en ce qui concerne Vextispice, sont l'œuvre de Tagès et de Bacchès, son condisciple (2).
Ce mythe, à partir duquel commence la vie stable des Étrusques, indique déjà un peuple industrieux, constitué, sacerdotal. L'aristocratie sacerdotale, bien qu'elle ne formât point une véritable caste, était prédominante et repoussait les étrangers, en fondant sa puissance sur le droit divin et les auspices. Héréditaire dans les familles, le sacerdoce était organisé hiérarchiquement,
(1) Scd Roma tum riidis erat, ctim, relictis libris et discipUnis clruacis, f/racas /nbitlas reritm et disciplinarum errorïbus l'tgaret , quns ips'i Hetruscl semper Jiomierunt. C\ton, Origines. — T)eum demogorgona, ctijus nomen sc'ire non licet... princlpem et maximum deum, cœferornm numhmm ordinalorem. Vhsc.Latatiics, ex Tages, Sdiol. ad TlM'i>aiileiii Slatii, IV. 516.
("i) Ritaales nomlnontur FAruscorum libri, in (/iiibiis prwscriptum est qiio rifu condantur uvbcs , arx, ades sacrentur, qua sancdfate mûri, quo jure partie, qrto modo tribus, curi.v, centurix distribaantur, exercitus constiluantur, ordinentur, crleraque ejusmodi ad bellum, ad pdcem perlinentia. Fi'Stds. — In agro Tarquiniensi puer dicilur divinitus exaratus, nomi)ie Tages, qui discipl'inam cecinerit cxt'ispicii , qtiam lucumones, iuin Etrurix patentes , exscripsernnt. CuNSomiNis, De die iiatali , )v.
Ai RELIGION DES ÉTRUSQUES.
depuis les camilles ou novices jusqu'au grand prêtre, qui était élu par les votes des douze peuples. Le collège des prêtres était l'arbitre de la paix et de la guerre; des cérémonies religieuses présidaient au choix des magistrats, à la fondation des villes , aux campements , à la distribution du peuple en curies et centuries ; l'agriculture, les limites, étaient sacrées ; c'est de la divination qu'on faisait sortir la propriété, le droit public et privé, puisque la divinité avait dit : « Partagez les terres , vivez amicalement , vénérez les bornes , n'aggravez pas les tailles ; sinon , maladies , fléaux, foudre , tempêtes. »
Contempler le vol des oiseaux et la foudre , était pour les prêtres une de leurs occupations principales. Les oiseaux se distinguaient en joyeux, qui annonçaient bonheur et santé , et tristes, qui présageaient le contraire. Chaque classe se subdivisait ensuite en plusieurs autres; volsgrœ, qui se déchiraient l'un l'autre avec le bec et les serres; ronores, dont l'apparition retardait une entreprise; mc/ift', inebrœ, enabrœ, qui la suspendaient; arculvœ , arcivœ , ou ard^œ, qui la détournaient de son but. On n'est pas d'accord sur le sens des oscines et des prœpetes ; mais il paraît que les premiers furent les oiseaux dont le cri donnait un présage quelconque , triste ou propice , et les autres , ceux dont le vol était favorable, surtout lorsqu'ils se dirigeaient tout droit vers l'observateur ; si , après cet oiseau , il en apparaissait un autre d'augure sinistre {altéra avis) le présage antérieur restait sans effet. On sait combien cette science influait sur la nomination des magistrats, et dans les affaires publiques à Rome; le vol d'une chouette, qui annonçait la mort ou le feu, suspendait souvent les assemblées du peuple ; l'aigle était un augure très-heureux parmi les Étrusques comme chez les Romains (1).
On a dit que les prêtres étrusques surent attirer ( elicere ) la foudre, et s'aperçurent qu'elle produisait des changements de couleurs , qu'elle tombait quelquefois du ciel et sortait quelquefois de la terre (2). Dans le rituel, on distinguait la foudre en fumida, sicca, clara, peremptalia , affectata,.., ; la foudre publique regardait l'État tout entier, et donnait des augures pour trente ans; la pnyee, concernait un individu, et le protégeait
(1) Voir CuEUZRR, Symbolica.
(2) Elruria erumpere quoque terra fulmina arbitratiir. Plkne, ^'at. hist., II. 55.