‹ Histoire des Italiens (volume 3)Chapitre 201 sur 319 · ROGATIONS DE GAÏUS GRAGCHUS · texte numérisé non relu

ROGATIONS DE GAÏUS GRAGCHUS

Jamais il ne recherchait les postes et les honneurs, et c'était de sa part comme un reproche tacite à Gaïus, qui se mettait de toutes les commissions, dans lesquelles au surplus sa merveilleuse activité le rendait toujours utile.

Ces feintes démonstrations, et de vaines paroles qui frappent toujours le vulgaire, affaiblirent l'animosité du peuple contre le ^2\. sénat; à son retour de Carthage, qu'il avait reconstruite, Caïus trouva que la plèbe, durant les trois mois de son absence, l'avait presque oublié. Il ne put obtenir sa réélection à un troisième tribunat ; un de ses hôtes, sous ses yeux, fut traîné en prison; un décret bannit les Latins de Rome, et, pour comble de disgrâce, il vit élire consul OpimiusNépos, le destructeur de Frégelles et son ennemi héréditaire. Opimius voulait qu'on dispersât la colonie carthaginoise, si abhorrée des dieux de Rome, disait-il , que les loups en avaient emporté les limites. Nommé dictateur par le sénat, il occupe le Capitole , déclare Caïus ennemi de la patrie, met sa tête à prix, et, avec ses troupes, attaque Fulvius. Ce misérable intrigant, accusé , peut-être avec raison , de l'assassinat de Scipion Émilien, déshonorait la cause de Gracchus en lui donnant le caractère d'une sédition"; il armait ses partisans avec les armes enlevées aux Gaulois par Caïus, et qu'il conservait dans sa maison comme trophée. Habile et brave, il attendit les assaillants, mais il périt dans la lutte. Gracchus, qui n'avait pas l'audace d'un révolutionnaire ou le sang-froid d'un général, se réfugia dans le bois des Furies et se fit donner la mort par un esclave, le seul homme qui lui restât fidèle dans son malheur. Trois mille personnes furent tuées sur l'Aventin et jetées dans le Tibre. Le jeune Fulvius allait au-devant de l'ennemi avec un caducée en signe de paix ; on le massacre. Aux autres on prodigua les tortures et les supplices ; on confisqua leurs biens, on défendit aux veuves de porter le deuil des victimes , et l'on prit même sa dot à la femme de Caïus. Opimius, vainqueur dans la première guerre civile, ou plutôt dans le premier carnage, fonda le temple de la Concorde (l).

La plèbe , qui avait lâchement abandonné son protecteur, à peine revenue de sa prostration, manifesta son indignation comme elle put; d'abord elle couvrit les murs d'inscriptions, puis dressa des statues aux Gracques, consacra les lieux où ils avaient péri, et leur offrit les prémices de toutes les saisons. Cornélie supporta

(I) On écrivit sur le nouveau teniplt>: La fureur Va élevé à la Concorde.

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