ABOLITION DES LOIS DES GRACQUES
cette perte avec grandeur d'âme; elle disait que ses fils avaient des tombeaux dignes d'eux dans des lieux consacrés ; elle vécut longtemps à Misène, entourée de lettrés et de Grecs, recevant les envoyés des rois, et se plaisant à raconter les vertus de Scipion l'Africain et les malheurs de ses deux fils. On lui dressa une statue avec cette inscription : Cornélie, mère des Gracques.
Le partage des terres était commencé; le sénat n'osa point le suspendre, mais, par d'habiles propositions , il éluda ce que les rogations des Gracques contenaient de meilleur. Un des commissaires, gagné par les nobles, se chargea d'exposer l'extrême difficulté de cette répartition selon la loi agraire, et de démontrer qu'il vaudrait mieux obliger les détenteurs à servir une redevance annuelle, dont le produit serait distribué aux pauvres ; mais, cette rente payée , on ne devait plus les inquiéter dans leur possession. Cette proposition spécieuse plut à la plèbe qui, en l'acceptant, reconnut comme propriétés inviolables de particuliers les terres antérieurement publiques. Bientôt un autre tribun fit même supprimer la redevance, en disant que l'obligation, pour les nobles, de soutenir leur dignité, était une charge suffisante ; ainsi la plèbe, sans terres ni revenus, se trouva replongée dans sa misère primimitive. La loi Thoria abolit enfin tous les effets de celles des Gracques.
Il est donc vrai, comme nous l'avons dit, que les lois agraires ^** touchaient aux problèmes, agités aujourd'hui, du paupérisme, des secours publics aux indigents, de l'arrestation préventive, du libre trafic de l'argent, du fractionnement de la propriété. Les lois de Stolon, qui établissaient la division des propriétés et l'équilibre des biens, avaient donné à la république force et stabilité; leur abrogation fit diminuer la population libre et les produits. Lorsque les usurpations des riches étaient encore illégales et récentes, Tibérius Gracchus essaya de rétablir ces lois; la société alors n'en eût pas ressenti un ébranlement dangereux, et, parmi les trois ordres, les propriétés et les richesses eussent repris leur équilibre. L'oligarchie s'y opposa, et donna le premier exemple des guerres civiles qui devaient causer sa ruine. L'inimitié entre la plèbe et la noblesse s'envenima. Les chevaliers, devenus les arbitres des tribunaux et les fermiers des impôts, pouvaient imposer au sénat toute espèce de réformes ou les écarter -, c'était donc en vain que l'éloquence de Marc Antoine, de Lucius Crassus et d'autres tonnait contre les dllapidateurs des provinces, et que des citoyens tentaient d'y introduire une meilleure adminis-
IIIST DES ITAI.. — T. I. Vi