‹ Histoire des Italiens (volume 3)Chapitre 206 sur 319 · VARIÉTÉ DES ESCLAVES · texte numérisé non relu

VARIÉTÉ DES ESCLAVES

dix ans, cinquante s'il était plus âgé(l). Des citoyens de grande vertu spéculaient sur l'éducation des esclaves. Caton les achetait ignorants et chétifs , puis les revendait après les avoir rendus habiles et robustes. Pomponius Atticus élevait des lettrés.

Quelques-uns étaient esclaves publics, dressés pour la guerre en général, et appartenaient à l'État ou aux villes; ils recevaient un salaire annuel pour exécuter les travaux publics, bains, aqueducs, mines, ou pour servir les généraux et les magistrats comme geôliers, bourreaux et courriers. Les esclaves privés, qui remplissaient dans les maisons toute espèce d'offices, se trouvaient dans une condition plus malheureuse; ils étaient agriculteurs, bouviers , bergers , sommeliers , cuisiniers , économes , barbiers , baigneurs, tailleurs, cordonniers, chasseurs, jardiniers, funambules, comédiens, architectes, peintres, calculateurs , médecins, vétérinaires, tout enfin. Un esclave était attaché à la porte, afin d'aboyer, j'allais dire, lorsqu'il se présentait un étranger ; d'autres, horloges humaines, devaient crier les heures ; d'autres broyaient le blé, avec un disque au cou qui les empêchait de porter à la bouche une poignée de farine ; ceux-ci précédaient le maître dans la rue pour lui frayer le passage ; ceux-là annonçaient les visites; lesuns, assis aux pieds du maître, enlevaient des tapis d'Orient les traces de son intempérance ; les autres jouaient d'un instrument, servaient de mignons, de bouffons, et, pour ce dernier emploi, ils étaient, depuis leur enfance, comprimés avec des sangles et serrés dans une boite de manière à ce qu'il leur fût impossible de se développer. Julie, fille d'Auguste, avait un nain et une esclave dont la taille n'excédait pas deux pieds. Les hermaphrodites, qu'on obtenait en général par des moyens artificiels, étaient fort recherchés. Sénèque raconte que des bandes de jeunes gens, à l'issue des orgies, allaient attendre dans certaines chambres des outrages qui révoltent lanature. Des légions de prostitués, venus surtoutde l'Asie et d'Alexandrie, qui fournissait les plus fameux par la dépravation des mœurs et la vivacité de l'esprit, étaient rangés suivant le pays et la couleur. Dans la fleur delà première jeunesse, ils avaient tous une taille élégante ; on séparait avec un grand soin les esclaves à chevelure lisse de ceux qui l'avaient bouclée. Quelques-uns ne voyageaient jamais sans qu'une préparation onctueuse ne mît leur peau délicate à l'abri du soleil et du froid. Pline et Quintilien nous ont dit avec quels procédés infâmes on

Page 1