‹ Histoire des Italiens (volume 3)Chapitre 208 sur 319 · VARIÉTÉ DES ESCLAVES. M · texte numérisé non relu

VARIÉTÉ DES ESCLAVES. M

On les soumettait à des traitements dont la seule idée fait horreur. Les esclaves qui travaillaient la terre avaient les cheveux et les sourcils rasés ; ceux qui portaient leurs maîtres dans d'éléjiantes litières, traînaient des chaînes à leurs pieds (l). Pallas, accusé d'être le complice de quelques affranchis , prouva qu'il ne communiquait avec eux que par signes ou par écrit. Antoine et (^léopatre essayaient l'effet des poisons sur les esclaves. Pollion en fit jeter aux murènes un qui lui avait brisé un vase; il en fut l'épriraandé par Auguste, qui pourtant donna l'ordre d'en pendre un à l'antenne de son vaisseau pour lui avoir mangé une caille. Jls assistaient aux longs repas de leurs maîtres, à jeun, debout, et malheur à eux s'ils toussaient, éternuaient, soupiraient ou même agitaient les lèvres ! Quelques-uns amusaient les convives par d'atroces combats, et les Romains applaudissaient, sifflaient, ou leur disaient : « Arrière, fiirciferl prends garde que ton sang ne tache ma tunique. »

Dégradés par une sévérité inhumaine ou de honteuses faveurs, victimes de la sensualité avant le réveil de l'instinct, sans cons cience d'autre devoir que de satisfaire le maître, de prévenir ses désirs honnêtes ou infâmes, ils s'élevaient dans l'habitude de l'intrigue, du mensonge, du vol. La nuit, on les enfermait dans des ergastules et des grottes ; hommes et femmes, entassés pêlemêle, dormaient sur des couches ou par terre. Lorsqu'ils étaient vieux ou atteints de maladies incurables, on les transportait dans l'île d'Esculape sur le Tibre, où ils mouraient abandonnés, sans secours. L'empereur Claude, pour empêcher cette dernière cruauté, décréta que l'esclave ainsi exposé resterait libre ; dès ce moment, les maîtres les tuèrent.

Le sénatus-consulteSilanianus, du temps d'Auguste, portait que, lorsqu'un esclave aurait tué son maître, tous ses compagnons seraient mis à mort. Pédonius Sécundus, préfet de Rome, ayant été tué par un esclave que la jalousie avait poussé à ce crime , on ordonna la mort de quatre cents esclaves innocents. Quelques murmures accueillirent cette sentence; mais le jurisconsulte Cassius, grand connaisseur du juste et de l'injuste, se lève alors dans le sénat et gourmande les novateurs: « Eh quoi! s'écrie-t-il, « chercherons-nous des raisons quand nos ancêtres, plus sages cf que nous, ont déjà prononcé? Est-il possible que, parmi quatre « cents esclaves, aucun n'ait été dans la confidence du meur-

(1) Ovide, Eleg., i, 6.

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