‹ Histoire des Italiens (volume 3)Chapitre 213 sur 319 · GUERRE SERVILE · texte numérisé non relu

GUERRE SERVILE

honnêtes getis s'en alarment et , à prix d'argent , décident Nerva à suspendre les émancipations ; le préteur renvoya dès-lors avec d'amers reproches tous ceux qui vinrent exhiber leurs titres pour obtenir la liberté. Irrités de cette iniquité, les opprimés ourdissent une conspiration. Trente esclaves appartenant à deux frères très-riches, prennent pour chef Oarius, égorgent leurs maîtres et soulèvent les villes voisines ; avant l'aube , ils ont recruté plus de 120 compagnons, et s'emparent d'une forte position dont ils confient la défense à quatre-vingts hommes bien armés. Nerva accourt ; mais , ne pouvant les i-éduire par la force, il a recours à la trahison. Un certain Caïus Titinius, condamné à mort , sur la promesse de sa grâce, s'approche avec un drapeau de la forteresse des révoltés , feint de vouloir embrasser leur cause contre les oppresseurs , est élu chef et ouvre les portes. La plupart des esclaves meurent en combattant, et les autres sont précipités du haut des murailles.

Bientôt le bruit se répand que quatre-vingts autres esclaves se sont révoltés, qu'ils ont tué Publius Clonius, chevaliei- romain, et que leur nombre grossit auprès du mont Caprianus ; devenus plus audacieux par l'hésitation du préteur qui n'ose pas les attaquer, ils se répandent dans le voisinage , recrutent des compagnons jusqu'à former un corps de huit cents hommes bien armés, et battent le perfide Titinius. Arrivés au nombre de six mille, ils nomment roi un certain Salvius Tryphon , habile aruspice, joueur de llùte et qui marchait en tête des processions solennelles.

Fuyant les villes comme des lieux de mollesse et qui rappellent la servitude, il les divise en trois corps, sous des chefs particuliers, avec ordre débattre la campagne et de rapporter le butin dans un lieu désigné. A la tête de 2,000 chevaux et de 20,000 fantassins, fiers de leur récente liberté, Salvius attaque Morgantina, et met en déroute les Romains, après leur avoir tué GOO hommes et fait 4,000 prisonniers; car il avait promis d'épargner quiconque déposerait les armes.

Cette victoire double son armée; il parcourt hardiment la campagne et promet la liberté à tous les esclaves de Morgantina ; mais les maîtres leur avaient fait la même promesse , et les esclaves combattent Salvius avec tant de résolution, qu'il est obligé de se retirer. Ce danger était à peine passé, que le préteur annula l'engagement des maîtres. Trompés dans leurs espérances, les esclaves sortirent en foule pour se joindre aux révoltés.

D'autres soulèvements se produisirent a Ségeste , à Lilvbée et '^^

384 SALVIUS. ATHÉNION.

ailleurs. Le Sicilien Athénion, homme énergique et astrologue, réunit dans cinq jours mille partisans; mais, en chef prudent, il n'accueillait que les fugitifs connus par leur courage, engageant les autres à ne pas abandonner leurs travaux, sauf à lui procurer des vivres et des renseignements. 11 voulait encore qu'on respectât le territoire et les animaux d'un royaume que les astres lui avaient promis. Ala tête de plus de 10,000 hommes, il assiégea Lilybée; mais, voyant qu'elle était imprenable, il dit que les étoiles lui conseillaient d'abandonner au plus tôt cette forteresse. Dans ce moment , on vit entrer dans le port des vaisseaux amenant des cohortes maures au secours des assiégés, qui firent une sortie de nuit et massacrèrent les révoltés; ce fait accrut la réputation de prophète d' Athénion.

A quoi bon décrire la condition du pays? Les tribunaux étaient fermés, et chacun agissait à sa volonté ; les hommes libres, réduits à la misère, se livraient à tous les excès; personne n'osait franchir l'enceinte des murailles. Salvius réunit à Léontium 30,000 hommes , et célébra la fête des héros Paliques, honorés principalement en Sicile; il choisit pour résidence le fort de Triocala, autour duquel il bâtit une ville avec fossé , forum et palais, nomma un conseil et s'entoura de licteurs et des autres insignes de l'autorité. De là, ce roi des esclaves, émule des héros, fit proposer à l'autre chef de se joindre à lui; Athénion, faisant le sacrifice de sa dignité au salut commun , vint avec trois mille hommes , tandis que d'autres parcouraient la campagne et propageaient l'insurrection.

Rome, sentant la nécessité de frapper un coup décisif, envoya Lucius Licinius Lentulus avec 14,000 Romains, 800 Rithyniens, Thessaliens, Acarnaniens, 600 Lucaniens et pareil nombre de recrues. Athénion , au lieu de continuer la guerre par bandes , pour la meilleure tactique ce qui est encore des insurgés , présenta la bataille en rase campagne près de Scirtée, à la tête de 40,000 hommes. La discipUne l'emporta; 20,000 esclaves furent tués, les autres dispersés . Athénion , blessé , se cacha parmi les morts, et profita de la nuit pour s'échapper; Triocala fut assiégée. Une partie des esclaves , découragés, parlaient de se remettre à la miséricorde des maîtres ;mais lesplus résolus leur persuadèrent qu'il valait mieux vendre chèrement leur vie que de la consumer au milieu des lentes tortures et des insultes de leurs bourreaux ; alors, avec l'énergie que donne le désespoir, ils se précipitèrent sur les Romains , les rompirent et les forcèrent à s'éloigner deTriocala.

Cnéus Servilius, appelé au commandement de l'armée romaine, n'obtint aucun succès , tandis qu'Athénion , qui avait remplacé Salvius après sa mort , faisait triompher la cause des esclaves. Mais , pour leur malheur, les consuls eux-mêmes , Caïus Marins et Manius Aquilius, viennent les attaquer, les repoussent, les battent plusieurs fois et tuent Athénion ; dix mille insurgés, qui avaient survécu à toutes les défaites, se réfugient dans des lieux fortifiés, d'où ils sont enfin expulsés. On dit qu'un million d'esclaves périrent dans cette guerre. Il n'en restait plus que mille sous les ordres de Satyrus^ qui finirent par se rendre , et la magnanimité romaine les condamna à combattre contre les bètes féroces. Ils voulurent du moins mourir noblement ; lorsqu'ils se virent dans l'arène avec les armes en usage pour ces sortes de combats, ils se rangèrent près des autels et se tuèrent bravement les uns les autres. Resté le dernier, Satyrus se plongea son épée dans la poitrine, aux grands applaudissements du sénat et du peuple romain.

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