‹ Histoire des Italiens (volume 3)Chapitre 214 sur 319 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

GL'ERRE DE JUGURTHA. M\R11S ET LES CIMBRES. GUERRE SOCtALE.

Le spectre des Gracques était souvent évoqué pour troubler le repos des nobles , qui avaient cru s'assurer la domination en les assassinant. Opiraius fut appelé à rendre compte de la mort des citoyens qu'il avait immolés ; mais l'intervention de Papirius Carbon le fit absoudre. Le jeune Claudius Crassus se porta l'accusateur de Carbon lui-même , parce qu'il était devenu le défenseur de l'assassin des Gracques , après avoir été leur ami intime ; il le pressa si vivement, que celui-ci prévint la condamnation en s'empoisonnant.

Mais les gens nouveaux, parmi lesquels figurait le redoutable Marins, devaient être, contre les nobles, les vengeurs les plus terribles du sang des Gracques. C. Marins était né de parents obscurs à Arpinum ; n'ayant connu que tard la corruption et les raffinements de Rome-, il conserva toujours quelque chose de rude et de sauvage. Jamais il ne voulut étudier les arts et la littérature, jamais le grec, en disant qu'il est ridicule d'apprendre la langue d'un peuple esclave. Au siège de Numance, il entretint une dis-

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cipline sévère , négligée par les autres , et déploya tant de courage que Scipion, à qui l'on demandait qui pourrait lui succéder un

<«8. jour, répondit eu frappant sur l'épaule de Marins : a Celui-ci peut-être ». Cetlc parole éveilla l'ambition de l'Arpinate, qui , contraint de se frayer la route lui-même , dut patienter et se résigner â de longs refus, jusqu'au moment où, par la recommandation des Métellus, il obtint la questure, puis le tribunal. 11 proposa alors un nouveau mode de donner les votes , à l'effet de réprimer la brigue ; le consul Cotta , l'ayant sommé de se justifier de cette innovation , Marins entra dans le sénat et le menaça de sa vengeance, s'il ne renonçait pas à son opposition ; il fit même arrêter Métellus, président du sénat et son protecteur, qui soutenait son adversaire .

Une telle audace le fit connaître aux patriciens et à la plèbe pour un homme inaccessible à la peur et aux égards, surtout, lorsqu'au risque de s'aliéner la populace , il se fut opposé à une

lin. distribution gratuite de blé. Nommé préteur, malgré tous les obstacles , il nettoya l'Espagne des bandes qui l'infestaient ; puis, de retour à Rome , il se maria dans l'illustre famille Julia et s'occupa des affaires publiques, dans lesquelles il se distingua, non par les richesses , l'éloquence ou les intrigues , mais par un caractère de fer, une infatigable opiniâtreté au travail et un genre de vie populaire.

Les sénateurs et les chevaliers se partageaient alors la domination : aux sénateurs , les magistratures et l'autorité politique; aux chevaliers, l'argent, les terres, les jugements; une connivence réciproque assurait l'impunité à leurs excès , et tous leurs efforts tendaient à l'oppression du peuple. Marius, homme nouveau, peu habitué au tumulte du forum, ne savait pas louvoyer entre deux écueils; inhabile aux menées politiques , il se montrait aussi pusillanime dans la gestion des affaires civiles qu'il était intrépide sur le champ de bataille. Il reconnut donc qu'il avait besoin de la guerre pour s'élever au premier rang, et les occasions de combattre ne lui manquèrent pas.

Outre l'Italie propre, Rome dominait alors sur les neuf provinces dont nous avons déjà parlé. Au temps fabuleux d'Hercule, qui fonda, dit-on, Monaco [Portus HercuHs Monœci), c'est-àdire seul au milieu de la barbarie, la civilisation grecque avait apparu sur le rivage méridional de la Gaule; plus tard une colonie de Phocée y fonda Marseille, d'où sortirent Karsiki , Litharista, Olbia avec la citadelle de Hevron. Les Massaliotes

LES MÉTÉLLUS. 387

fondèrent Antipolis [Atitibes), c'est-à-dire ville avancée, et bientôt Nicea (Nice), ou bien la Victoire, en souvenir d'une grande bataille contre les naturels ; mais jamais ils ne purent gagner l'affection des vaincus. Harcelés par les Ligures , lis Massaliotes demandèrent secours à Rome , dont les légions, pour la première fois , traversèrent les Alpes, sous la conduite de FulviusFlaccus, l'ami des Gracques. Sextius Calvinus, son successeur, plus heureux que lui , fonda la ville d'Aix ( Aqux Sextiœ); Licinius Crassus établit une colonie à Narbonue , dont le port servait de station à la flotte , et vers laquelle , au préjudice de Marseille, se dirigeait le commerce d'Italie, d'Afrique et d'Espagne. Quintus Fabius, après ses victoires sur les AUobroges et les Arvernes , réduisit la Gaule méridionale en province consulaire (Provence), ce qui veut dire que, tous les ans , un consul devait s'y rendre avec l'armée. Les Baléares, pirates et fauteurs des Carthaginois , toujours indociles au joug, furent tous exterminés, et leur nombre s'élevait à trente mille ; puis on édifia dans les deux grandes îles les villes de Palma et de Polentia. Quintus Métellus y transporta des colons et reçut les honneurs du triomphe. Cœcilius Métellus , qui désirait aussi les mêmes honneurs , envahit la Dalmatie sans motifs , la soumit sans obstacles , et satisfit son ambition.

Cette famille des Métellus , pendant longtemps, occupa le premier rang à Rome; douze membres de cette famille, en douze ans , obtinrent le consulat , ou la censure , ou le triomphe , et Quintus le Macédonique est cité par les historiens pour son bonheur extraordinaire (t). Né d'une famille illustre, dans une cité illustre, d'une force corporelle à l'épreuve des plus grandes fatigues, doué de belles qualités ;, il eut une femme sage et féconde ; il établit ses filles avec avantage, et put voir ses petits enfants. Sur quatre fils , il en vit trois consuls , et les deux que nous venons de mentionner furent surnommés le Baléarique et le Dalmatique pour leurs triomphes ; il mérita lui-même , avec le titre de Macédonique , des faveurs , des honneurs , des dignités, des commandements autant qu'il en put désirer. L'insulte qu'il reçut du tribun Atinius et l'inimitié du second Africain furent les seuls déplaisirs qu'il eût éprouvés ; mais l'outrage du premier tourna au profit de sa gloire. Lorsque Scipion fut mort, il dit à ses fils :

(1) Vixullius gentis, œlatis , ordinis homhiem inveneris, cuJtisfeUcitatemfortunx Metel II compares. Vri.i.éus Pateucutxs, i, 12.

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