‹ Histoire des Italiens (volume 3)Chapitre 215 sur 319 · LES MÉTELLUS. JUGURTHA · texte numérisé non relu

LES MÉTELLUS. JUGURTHA

« Allez et honorez ses funérailles , car vous n'en verrez jamais d'un plus grand citoyen. " Prince du sénat, il mourut avec calme dans un âge avancé , et fut porté sur le bûcher par ses fils , tous illustres.

Après avoir dompté Carthage, les Romains réduisirent en proviDce la Zeugitane et le petit nombre de villes maritines qui étaient restées fidèles à sa rivale. Les pays qui avaient conservé leur indépendance étaient: la Mauritanie , qui s'étendait de la Méditerranée à laGétulie, et de l'Atlantique au fleuve Molokath {Malva) et sur laquelle régnait Bocchus ; enfin la Numidie , tout entière sous la domination du roi Massinissa, et qui, à partir de ce même fleuve, allait se terminer aux frontières de Cyrène. Micipsa, fils de ce dernier , vécut toujours dans le vasselage des Romains ;

,19 en mourant, il laissa deux fils, Hiempsal et Adherbal; mais, dans la crainte que l'entreprenant Jugurtha , son neveu , ne se prévalût de leur jeunesse pour les dépouiller, il lui donna une part de son héritage en lui rappelant les bienfaits dont il l'avait comblé, et lui recommandant ses deux cousins. Parenté, reconnaissance , que signifient-elles pour un ambitieux ? Jugurtha, intrépide sur le champ de bataille , rusé dans le conseil , d'un caractère fier, le premier à frapper le lion à lâchasse ou l'ennemi dans les combats , s'était acquis l'amour du peuple, qui se laisse aisément fasciner par le spectacle de la force; d'un autre côté, ses relations avec les Romains l'avaient convaincu qu'on pouvait tout obtenir d'eux avec de l'argent. Résolu à régner seul, il achète donc plusieurs amis à Rome, fait périr Hiempsal, entoure de pièges Adherbal , lui déclare ouvertement la guerre , le dépouille de son royaume et le force à chercher un refuge à Rome.

Triste asile pour la victime qui n'y apportait que son droit ! Il s'empressa de rappeler au sénat les services de Massinissa , la scélératesse de Jugurtha, et, comme allié, invoqua sa protection ; mais Jugurtha avait envoyé des ambassadeurs , avec mission de répandre et de prodiguer l'or plutôt que de se disculper. Il réussit, et, si quelques âmes honnêtes prirent la défense d' Adherbal, la plupart lui refusèrent l'héritage réclamé ; le sénat envoya des commissaires chargés de partager le royaume entre les deux compétiteurs , et de recommander à Jugurtha de respecter son cousin. Jugurtha , bien qu'il eût obtenu à prix d'argent la meilleure part, supportait un rival avec impatience, et il assiégea

113. Cirtha {Constantine) , capitale d'Adherbai. Dans cette ville, comptoir de l'Afrique, beaucoup d'Italiens avaient établi leur

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demeure et des banques ; à la nouvelle du danger qui les menaçait, le sénat romain résolut d'y envoyer promptement une armée. En attendant, une nouvelle députation , à la tête de laquelle se trouvait Scaurus , président du sénat et d'une austérité catonienne , cite à Utique Jugurtha , qui se présente avec assurance ; aux reproches et aux menaces qu'on lui adresse , il ne répond que par de vaines excuses, et finit par accuser Adherbal d'avoir attenté à ses jours. Puissance de l'or! l'intègre Scaurus trouve ses raisons excellentes , et revient à Rome. Jugurtha presse le siège; Adherbal, à l'instigation des Italiens qui lui conseillent de se conserver, puisque Rome ne peut manquer de le rétablir dans son royaume, rend la ville, sous la condition de la vie sauve pour tous; Jugurtha promet, mais aussitôt il fait égorger Adherbal et tous les marchands italiens.

Les hommes de bien frémirent d'indignation; cependant n2 les personnages vendus à Jugurtha seraient parvenus à couvrir d'un voile ce grave méfait , si le tribun Caïus Memmius n'avait pas révélé la honteuse vénalité des patriciens : « 11 y a quinze « ans, ô peuple, que tu es le jouet d'une poignée d'ambitieux; « tu laisses égorger les tuteurs de tes droits, avilir ton courage ; « tu as peur de ceux qui devraient trembler devant toi. Je n'ex- « cite pas à repousser l'injustice par les armes ; à quoi bon ? « puisque leurs vices suffisent pour causer la ruine de ces hommes= 0 Après la mort des Gracques, assassinés sous le prétexte qu'ils « aspiraient à la couronne , un grand nombre de citoyens furent « proscrits , incarcérés , non pas en vertu de la loi , mais pour « satisfaire le caprice des nobles. Naguère tu t'indignais en se- « cret de voir le trésor dilapidé , les tributs des rois et des peuples « ravis par quelques nobles ; et ces nobles , en possession des a grandes dignités et d'immenses richesses , après avoir livré « aux ennemis les lois, la majesté de l'empire, tous les droits « divins et humains, loin de rougir de leur conduite, étalent « leurs sacerdoces , leurs consulats, leurs triomphes , comme si, « résultat de l'usurpation, ils pouvaient être honorables. Les es- « claves ne veulent pas se soumettre aux injustices de leurs « maîtres; et vous , Romains, nés pour commander, vous sup- « portez la servitude! Or, les envahisseurs de la république, « savez-vous ce qu'ils sont? des gens d'une cupidité monstrueuse, « gorgés de sang et de crimes, qui font trafic de la bonne foi , de « l'honneur, de la piété , de la vertu ; plus ils sont rois , et plus « grande est leur sécurité. La terreur, qui favoriseleurs attentats.

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