‹ Histoire des Italiens (volume 3)Chapitre 216 sur 319 · U0 GUERRE DE JUGURTHA · texte numérisé non relu

U0 GUERRE DE JUGURTHA

« envahit vos àines affaiblies, tandis que les désirs, les haines, M la frayeur même les rapprochent, non pour faire amitié, mais « pour conspirer votre ruine. Si vos pères ont eu la gloire de « conquérir le droit , c'est votre devoir de le conserver. Poursui- « vez ces hommes qui livrent honteusement la république à l'eu- M nemi ; poursuivez-les régulièrement à l'aide de témoignages , « et ne souffrez pas une paix qyii assure l'impunité de Jugurtha, « la possession d'immenses richesses dans les mains de quel- « ques-uns, et couvre la république de honte et d'opprobre. Pour « moi, je me résignerais à voir ces misérables échapper au châ- « timent , si l'indulgence ne devenait pas la cause de votre perte; « et c'est parce que l'indulgence ne leur a pas enlevé le pouvoir a de nuire dans l'avenir, que vous devez combattre pour votre « liberté , ou tomber dans l'esclavage. Ils veulent dominer, et « vous voulez être libres ; quel arrangement est possible? Et non- « seulement ils ont dilapidé les deniers publics , ruiné les alliés , « crimes devenus trop communs, mais ils ont livré à votre en- « nemi le plus dangereux l'autorité du sénat, la majesté de l'em- « pire ; la république a été vendue à Rome et dans les camps. «

La plèbe, émue, voulut juger cette cause, et le sénat effrayé décréta la guerre, dont il chargea le consul Calpurnius Bestia. Mais celui-ci la considérait comme un trafic , et d'ailleurs il emmenait avec lui iEmiliusScaurus, également disposé à se vendre; aussi , après quelques démonstrations vigoureuses , ils acceptèrent une conférence avec Jugurtha, lui accordèrent la paix à de larges conditions, et le sénat la ratifia par égard pour Scaurus ou par complicité.

Restait la redoutable clameur populaire, et le tribun Memmius somme Jugurtha de venir à Rome pour se justifier. Connaissant désormais les armes dont il doit faire usage, le Numide n'hésite pas à se présenter. Memmius lui ordonne devant les juges de nommer ceux qu'il a achetés à prix d'argent; mais l'autre tribun , Bébius , lui défend de parler. Bien plus , comme Massiva , parent d'Âdherbal, soutenait vigoureusement sa cause, le roi Numide le fait assassiner au milieu de la cité ; puis il sort de Rome , et dit en tournant une dernière fois ses regards vers ses murs : Ville à vendre, pourvu que fu trouves un acheteur!

Les hostilités sont reprises; mais la guerre marche avec lenteur, sous le consul Albinus et son père Aulus. Le premier, comme coupable de corruption , est exilé avec Calpurnius Bestia , Opiniius Népos et d'autres ; Aulus n'échappe à Jugurtha qu'en passant

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SOUS le joug avec son armée. Pour effacer cette honte, on envoya Caecilius Métellus, qui , inaccessible à la corruption comme à la pitié, fait à Jugurtha une guerre d'extermination, emploie ses propres armes, c'est-à-dire corrompt ses familiers, et le pousse jusqu'aux limites du grand désert, où il le force à demander la paix. D'après les conventions qu'on lui impose, il donne 20,000 livres d'argent, des chevaux, des armes, tous ses éléphants , et livre les déserteurs, dont trois mille sont passés au fil de lépée , brûlés vifs ou mutilés; mais, lorsqu'il apprend qu'on lui ordonne de se rendre lui-même auprès du proconsul, il s'écrie. « Un sceptre est moins lourd que des chaînes! » Il recommence la guerre, discipline les Gétules et soulève contre les Romains Bocchus, son beau-père , roi de Mauritanie.

C. Marins, lieutenant de Métellus, lui rendit de grands services : prévoyant et circonspect plus que personne, il l'emportait encore sur tous les autres par la patience et la frugalité; il s'attirait l'affection des soldats en mangeant de leur pain, en partageant leurs fatigues et leurs dangers, si bien qu'à leur retour en Italie , ils répétaient que cette guerre ne finirait que lorsque Marius commanderait l'armée. Telle était l'ambition de Marins, qui n'oubliait pas la flatteuse prédiction du vainqueur de Carthage ; il cherchait donc à supplanter Métellus. Nommé consul malgré lui, il l'accusa de traîner en longueur une guerre qu'il aurait pu terminer d'un seul coup. Mécontents de ces hostilités prolongées qui interrompaient leur commerce, les chevaliers appuyèrent Marius; il fut encore soutenu par le bas peuple, qu'il enrôla le premier dans la milice pour combler les vides occasionnés par la diminution du nombre des propriétaires; puis il flattait la plèbe en lançant d'insolents sarcasmes contre l'ancienne noblesse, déshonorée par ses actes, disait-il, tandis que les hommes nou veaux s'élevaient par leurs propres mérites.

Mis à la tète de l'armée de Numidie , Marius prend Capsa , dont il fait périr tous les habitants, malgré la promesse de la vie sauve, et poursuit, devancé par la terreur, le cours de ses victoires. Bocchus, découragé, sollicite l'amitié des Romains et l'achète par une trahison ; il livre son hôte et son gendre à Sylla , qui l'envoie à Rome. Les citoyens accouraient avec une avide curiosité pour contempler ce Jugurtha qui menaçait de perpétuer la guerre, tant il savait varier ses ressources, unir la ruse au courage. Marius le traîna derrière son char ; à la vue de ses fers, au bruit de la foule insolente, le vaincu éprouvait des frémissements qui

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