MARIUS KT LES CIMBRES
La vue de ces riches dépouilles excita la cupidité des Ambrons, des Tugènes , des Tigurins , tribus galliques établies dans la contrée, qui se précipitèrent avec eux vers le Rhône sur la nouvelle province romaine; près du Léman, les barbares remportèrent une grande, victoire , où périt le consul Cassius Longinus ; les légions n'échappèrent à la destruction qu'à des conditions honteuses. Pendant que les Cimbres se livraient aux douceurs d'un beau climat et d'une opulence toute nouvelle , Servilius Cépion , accouru d'Italie , reprit Toulouse , abandonnant au pillage les immenses richesses que les Volkes et les Tectosages y avaient rapportées de leurs anciennes déprédations. 11 dirigea sur Rome 1,000 livres d'or et 15,000 d'argent; mais des agents, voleurs supposés, qu'il aposta sur la route, enlevèrent le butin pour son compte. Telle était la loyauté de certains généraux.
De nouvelles hordes de Gaulois parurent ; Manlius vint au secours de Cépion , et ces deux généraux furent battus si complètement qu'ils eurent grand' peine à se sauver avec dix cavaliers ; une sixième armée romaine fut détruite par ces barbares. Les vainqueurs, pour accomplir un vœu et faire hommage au dieu Rélen, jetèrent dans le Rhône l'or, l'argent, les chevaux, tuèrent les prisonniers et ravagèrent tout le pays situé entre les Alpes et les Pyrénées. Les Romains se rappellent alors les désastres de l'Allia et le Capitole assiégé par les Gaulois-Cimbres : on consulte , avec un effroi superstitieux , un certain Ratabate qui faisait le métier de prophète ; on vote un temple à la Ronne Déesse ; tout citoyen est appelé sous les armes. Mais quel sera le Camille qui pourra sauver Rome avec le fer et non avec l'or ? le général qui revenait alors couronné des lauriers numidiques.
Bien que l'art delà guerre exige de grandes connaissances, il arrive souvent qu'un soldat grossier devient un général excellent. Marius, comme soldat ou capitaine, avait remarqué les défauts de la légion qui, jusqu'alors, avait paru la plus belle ordonnance militaire ; la réformant de fond en comble , il la composa tout entière d'infanterie pesante, bien que les noms d'hastaires, de princes et de triaires fussent conservés. Tous les soldats eurent le même uniforme; il organisa la cohorte de manière qu'elle pût combattre sur toute espèce de terrains. A l'innovation militaire joignant la réforme civile, il admit dans la légion les prolétaires: mesure d'autant plus nécessaire que la classe des cultivateurs libres, qui la remplissait d'habitude, s'épuisait chaque jour davantage. Marius pouvait dire comme Pyrrhus : « Je n'ai
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besoin que d'hommes robustes; je saurai en faire des soldats. »
Sous le prétexte de compléter ces innovations, Marins, au mépris des lois qui , cette fois encore, se turent devant les armes, se fit accorder le consulat pour les quatre années suivantes. Après avoir réorganisé l'armée, il la conduisit en Provence. Pour flatter la superstition, il eut recours à un expédient grossier comme lui; sa femme, par ses ordres, lui envoya une certaine Marthe, espèce de devineresse, native de Syrie, qui feignait de suggérer ou d'approuver les mesures que Marins jugeait convenable de prendre. Mais , en même temps , il habituait ses recrues à la discipline la plus sévère et à la fatigue, en leur faisant exécuter des travaux très-péni])les, entre autres la Fossa Mariana;Q.e, canal, qui permettait aux navires d'entrer dans le Rhône sans traverser la vase et les sables qui barraient son embouchure, devint une source de richesses pour les Marseillais.
Une division des Cimbres , obéissant au vague instinct du pillage, avait pris la route de l'Espagne; mais, arrêtée par l'opiniâtre résistance des Celtibères et du préteur Marius Fulvius , elle revint vers l'Italie par l'Helvétie et le Norique, tandis que les Gaulois et les Teutons descendaient les Alpes Maritimes. Ces barbares, à la stature gigantesque, au regard farouche, aux armures bizarres , étaient d'un aspect formidable ; leur roi Teutobochus,qui franchissait d'un saut quatre et même six chevaux de front, défia Marius en combat singulier; le consul lui répondit : « Si tu es las de vivre, va te pendre. »
La jeunesse de Rome frémissait à ces défis; elle frémissait encore lorsque les Teutons, défilant devantelle , lui criaient : « Nous allons trouver vos femmes; n'avez- vous rien à leur mander? » Marius modérait l'impatience de ses soldats; mais, quand il les vit exaltés par cette longue attente du combat, il les conduisit contre l'ennemi , qu'il battit complètement près A'Aqux Sextix. Les femmes des Teutons , accoutumées à suivre leurs maris à la guerre pour exciter leur courage , voyant qu'ils cédaient au choc , prirent les armes et empêchèrent les Romains d'envahir le camp ; il fallut recommencer la lutte , et une seconde défaite porta à près de 300,000 le nombre des Teutons morts ou prisonniers.
Sur ces entrefaites, les Cimbres traversaient les Alpes; assis sur leurs boucliers , ils se laissaient glisser tout nus au milieu des glaces, à côté d'horribles précipices , comme pour braver le danger et les intempéries. Descendus par le Tyrol dans la vallée de l'Adige, ils roulèrent des fragments de roches contre le pont
MARIUS |;T les Gl-MBUES. ;^Q§
construit par les Komaias, et, à force de blocs de pierre et d'arbres, parvinrent à resserrer le cours du fleuve. L'armée du proconsul Catulus fut saisie d'une telle frayeur que beaucoup de soldats prirent la fuite pour ne s'arrêter qu'à Rome. De ce nombre fut le fils d'^milius Scaurus, qui se tua, son père lui ayant fait dire de ne plus se présenter devant lui.
Les Cimbres parcoururent sans obstacles le pays abandonné, et si , dans la chaleur de la victoire , ils avaient continué leur marche sur Rome, elle aurait couru le plus grand danger; mais, comme ils avaient donné rendez-vous aux Teutons sur la rive du Pô , ils s'y arrêtèrent pour les attendre. Les délices du climat italien , le pain, le vin , la viande cuite, énervèrent leur brutale férocité ; mais, au lieu des Teutons, arrivait Marins avec une armée enhardie par la victoire. Les Cimbres lui envoyèrent des ambassadeurs qui lui dirent : « Laissez-nous ces terres pour nous et nos alliés, sinon nous tomberons sur Rome. — Vos alliés, leur répondit-il, n'ont plus besoin de terre ; ils en ont qu'ils garderont éternellement. » Roiorix, leur roi, refusant de croire à ces paroles , vint lui-même au camp romain pour s'assurer que les chefs teutons étaient prisonniers, et fixer, d'accord avec Marins, le lieu et le jour du formidable duel, il fut convenu que la bataille se donnerait à la fin de juillet dans la plaine de Verceil ( 1), où les Cimbres ne purent déployer toutes leurs forces; la discipline, et l'habileté deMariusà profiter du soleil et du vent, donnèrent la victoire aux Romains. Les femmes des Cimbres , retranchées dans le camp et vêtues de deuil , demaudèrentqu'on respectât leur pudeur, et qu'on les donnât comme esclaves aux vierges, prêtresses du feu ; sur le refus des Romains d'accéder a leurs chastes désirs, elles tuèrent leurs enfants et se pendirent ensuite, laissant leurs cadavres sous la garde des chiens,
(I) On a discuté sur le lieu de cette bataille, comme sur un des points les plus importants. Ciuverius, dans l'/^rt/m antiqua, liv. i, c. 23 ; Cellarius dans la Geograp/iia anliqua; Durandi , Sulla condizione deWaniico Verccllrse; Nieupoit, dans Vliisloria rciimhlicv et. imperii romani, tom. ii, I, 7; Ottavio Ferrari, dans les DissertaUones In.subricx, et, plus longuement, Napione, dans les Memorie deW Academia di Torino de 1839,1e placent à la Tosa près de Verceil ; MatCei et Carli dans les Storie di Verona, Filiasi dans les Vénitiens , Pignor ius , dans les Origini di Padova, Sigonius, Panviniuset, après beaucoup d'autres, Walckenaer, dans les Mémoires de V Institut, 1812, l'établissent à Vérone. Si l'on compare l'impétueux Adige à la petite Tosa, c'est le tleuve (jui répond le mieux à ces forêts que les Cimbres y jetèrent.
qu'on ne put éloigner qu'en les exterminant à coups de flèches. Les bulletins, avec leur habituelle exagération, firent croire à la plèbe ignorante d'alors et, plus tard, aux savants, que 1 20,000 Cimbres avaient péri dans cette bataille , et 300 Romains seulement. Les prisonniers furent distribués aux villes comme esclaves publics, ou destinés aux combats de gladiateurs. Cette victoire , dont le mérite principal appartenait au consul Gatulus, fut attribuée par la faveur populaire à Marius , auquel on rendit des honneurs plus qu'humains. Il fut proclamé le troisième Romuluset comparé à Bacchus ; lui-même, enorgueiUi de sa fortune, ne buvait quedans la coupedontce dieu, selon la tradition, s'était servi après la conquête des Indes. Nommé consul pour la sixième fois , il pouvait tout ce qu'il voulait; il disait : «La plupart, c( ô Quirites , n'exercent pas le consulat avec les mérites qu'ils « ont déployés pour l'obtenir ; ils sont d'abord actifs , suppliants, « modérés ; puis ils passent le temps dans la paresse et l'orgueil . cf Moi , Je l'entends autrement , et je vois tous les yeux fixés sur « moi. Vous me chargeâtes de faire la guerre à Jugurtha , ce a qui me valut la haine mortelle des nobles. Vous voyez s'il vaut c( mieux confier l'entreprise à un homme d'antique race et d'il- « lustres aïeux, mais sans aucune expérience de la guerre, qui « tremble et se hâte, ou choisir un homme du peuple pour lui a conseiller ce qu'il doit faire; car il arrive souvent que celui « que vous nommez chef, se donne lui-même un autre chef. J'en « connais qui , appelés au consulat, se sont mis à lire les exploits « de leurs ancêtres et des Grecs (l). Mais moi , homme nouveau, « les choses qu'ils lisent, je les ai vues; ce qu'ils apprennent « dans les livres, je l'ai appris en combattant. Ils méprisent mon « obscure naissance, et moi leur indolence; on me reproche à « moi les torts du hasard, mais à eux, des fautes personnelles. « Supposez qu'on puisse demander à leurs aïeux s'ils voudraient « ra'avoir engendré, moi ou eux, croyez- vous qu'ils ne répon- « draient pas qu'ils choisissent pour fils celui qui vaut le mieux? « Lorsqu'ils vous parlent, ils ne cessent de vanter leurs ancêtres, « croyant se rendre plus illustres par leurs hauts faits, tandis « qu'ils sont, au contraire, comme une lumière qui fait ressortir « leur dégradation. Je n'ai pas de telles choses à étaler ; mais je « puis raconter mes propres actions : mes armoiries et mes gé- « néalogies à moi , sont des étendards , des récompenses mili-
(1) H fait peut-être allusion à LuchUus. Pour moi , j'y vois moins les sentiments deMaiiusque ceux de Salluste, auteur de cette boutade.
« taires, d'honorables cicatrices. Tels sont mes titres, qui ne me « viennent pas d'héritage, mais que j'ai acquis au milieu des pé- « rils. Je ne suis pas non plus habile dans l'art de la parole , et « je n'ai pas appris le grec , mais à frapper l'ennemi , à faire « manœuvrer des soldats, à ne rien craindre que l'infamie, à « supporter le froid et le chaud , la faim et la fatigue. C'est à « quoi j'habituerai les soldats, sans leur réserver, toutefois, les « fatigues à eux, et la mollesse à moi, ce qui fait qu'on est , non M pas le commandant , mais le maître de l'armée. On m'appelle « grossier, parce queje ne sais pas ordonner de splendides festins, « et que je n'ai pas de bouffon , ou de cuisinier qui me coûte plus « cher qu'un fermier; je l'avoue, car j'ai ouï dire à mon père « que les bonnes manières conviennent aux femmes , et le tra- « vail à l'homme ; que l'homme de bien doit rechercher la gloire « plutôt que la richesse, et que les armes ornent mieux que des « meubles somptueux. Que les nobles fassent donc ce qui est de « leur goût, c'est-à-dire qu'ils boivent et courtisent les femmes; « quoique vieux, qu'ils passent leur temps , comme s'ils étaient (( jeunes , dans les orgies , adonnés au ventre et à autre chose ; « qu'ils nous laissent à nous la sueur, la poussière et les occu- « pations que nous préférons à celles qui font leurs délices. Mais « ils ne le souffrent pas , et , après s'être souillés de crimes , ils « enlèvent les récompenses dues aux hommes de bien ; leur c( mollesse et leur oisiveté ne sont pas seulement un obstacle pour « la république, mais une cause de ruine. »
Si l'on en croit la faction aristocratique, qu'il ne se borna point à comprimer, mais qu'il insulta, il ne faut voir dans Marius qu'un furieux, avide de sang; cependant, malgré notre répugnance à flatter les héros , nous apercevons dans la conduite de Marius en faveur de la classe plébéienne , des opprimés et des Italiens en général, un sentiment d'intérêt qu'il est difficile de toujours attribuer à des vues politiques. D'un naturel sauvage que l'éducation n'avait pas adouci , il s'abstenait pourtant de conseiller la guerre; on l'entendait même, par intervalles , manifester son désir du repos. Malheureusement , à Rome, on ne parvenait à la première dignité qu'après avoir exterminé des ennemis en grand nombre, c'est-à-dire après s'être habitué dans les camps à un commandement rigide, au despotisme de la volonté, à la cruauté même. Marius avait contracté toutes ces habitudes, mais il était resté pur des bassesses, de la déloyauté et de la corruption si communes parmi ses contemporains. L'or de Ju-
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gurtha fut sur lui sans pouvoir ; loin de porter envie à la gloire du jeune Syila, il voulut l'associer à son triomphe; lorsque le futur dictateur, devenu son ennemi, vint chercher un asile dans sa demeure pour échapper aux bourreaux qui le poursuivaient, il le sauva. Il agissait en soldat, et souvent il lui échappa de dire que le bruit des armes l'empêchait d'entendre la voix de la loi.
De nouvelles luttes se préparaient, non pas avec les barbares, mais dans l'Italie même, sur la géographie de laquelle il est nécessaire de jeter un coup d'oeil, avant qu'elle soit confondue dans le nom romain.
Les Alpes n'étaient pas encore la limite précise de la Péninsule. Au milieu de leurs gorges et jusqu'à la base méridionale , il y avait la Rhétie , qui s'étendait dans ce qu'on appelle aujourd'hui les vallées de l'Ossoia, de Vogogna, de la Levantine, de la Valteliue , de Camonica , de Trompia , entre les Breunieus et les Tridentins. On donnait le nom de Gaule cisalpine au territoire borné au nord et à l'ouest par les Alpes , au sud-ouest par le Var , àl'est par l'Arsa, au midi par la Macra , les Apennins et le Rubicon; elle se divisait en cispadane et transpadane à cause du Pô. La région du nord-est s'appelait Vénétie et 1 strie, etLigurie celle du sud-ouest.
Les Ligures , entre les Alpes , l'Apennin , la Macra et la mer, avaient pour voisins , à l'est et au nord , les Gaulois^, et les Etrusques au sud-est ; le Var, au couchant , les séparait des Ligures de la Gaule , établis sur le versant occidental des Alpes maritimes et sur le littoral , sous le nom de Salyes ou Saluves , d'Oxybes , de Décéates, de Suètres, de Quariates, d'Adunicates. A l'orient des Alpes maritimes se trouvaient les Védiantes ; au nord des deux ports marseillais de Nice et de Monaco, les Intémeliens et les Ingaunes. Gênes, port des Ligures, peut-être indépendant des autres tribus, était situé au levant. A l'est de cette ville, les deux rives de la Macra furent peuplées par les Apuans, à qui Lucques semble avoir appartenu (l).
(1) Entre Nice et Gênes, on trouve Tropsea Aiigusti (Turbia), ainsi appelée du monument qu'on y éleva depuis en l'honneur d'Auguste; Olmila Porttis ( Villefranche ) ; Avlslo Porhis (Exa), Costa Balenx (Torre di Larma), Tavia, Portus Maurïcl , Lucus Bormani ( Borganzo) Vada Sahatia, Savo , Vico Virginis ( Legine ), Alba Docilia ( Albissola), ad Navalia (Labau), Jlaslaud Figlinas (Feggino). A l'est de Grues, il y avait Ricinum (Recco ), Portm Delphini { Portoliuo ), ad Salaria près de Camp! , Se-
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Dans les Apennins , sur le versant méridional , habitaient les Hercates , les Lapicins , les Carules , les Friniates auprès des Apuaus; sur le coté septentrional, entre le Jala (Staffora i et les Alpes, les Vibelles, les Magelles, les Emburiates, les Casmonates, lesllluates, les Célélates, les Cerdiciates; à l'occident, surleTanaro, les puissants Statielles; sur le cours supérieur du Pô , les Vénètes, et, à ses sources , les Vagiens d'origine celtique (1).
Ensuivant la courbe des Alpes , dont les cimes étaient occupées par des races belliqueuses, on rencontrait les puissants Taurini, dans les vallées inférieures, « là où laDoire tombe dans le Pô ; » (2) au nord et à Test , les Libyques sur la Sésia , les Lèves sur le Tésin (3). Plus haut, dans les vallées des Alpes, les Ségusiani vivaient sur la petite Doire , et les Salasses sur la grande Doire, où, depuis, Auguste bâtit Aoste à cheval sur les deux routes des Alpes Grecques et Pennines. Les Lépontins. qui donnèrent leur nom aux Alpes situées entre le mont liose et le petit Saint-Bernard, possédaient quelques villes dans la Gaule cisalpine, entre autres Omegna.
La Gaule Transpadaue était partagée entre les lusubres et les Cénomans ; aux premiers étaient soumis les Mariées , qui habitaient entre les Lèves du ïesin et les Vertacomagores, et les Orobii , établis àNovare , Côme et Bergame (4;. Les Cénomans
gesla Tiguliorum (Sestri du Levant), Tegolata (Trigoso), ad Monilta , fiodetia ( Bonassola), Portus Veneris , Eryx ( Lerice).
(1) Le long (lu Pô on rencontrait les villes de Ceriali ( Ceresole) , Carea^ (Cliieri), Industria, près de Verrua, Ceste ( Moncestiuo peut-être) Rigomagus (Rincoj, ad Médias , Valentinum (Valenza); au midi de ces villes et près du Tanaro, Diovia (Mondovij, Potentia (Carrù), Polentiu, Albea Pompeia; non loin du Beibo, Calaiiiciun (CAluzàno), Ceba, Crixia (Bocchetta del Censio) , iVicea (Nizza délia Paglia), Urbs (OTba), Libarna ( Montechiaro ) ; au midi, près d'Ercate, Boacse (Bozzolo), Hubra (Terra Rossa).
(2) Là étaient l'auras ia, appelée enm'ite Augusta Taurinorum, Graioceli ( Bragella ), 3/tf (/e/^i (Moneglia), ad Fines (Avigliana), ad Duodecimum (Giaconera) ad Octavum peut-être, Vibi/orum colonia (Pignerol).
(3) On y voyait Rauda ( Botta ) où l'on croit qu'étaient les champs Raudiens fameux par la défaite des Cinibres ; Coltuta (Cozzo), Carbaiitia près de Castagna, Louniethcm, Durii (Dorno), Quadrala, Lambrus (Castel Lanibro), Très Taber)ia', près de Borglietto , ad Rota (Orii).
(4) Outre Mediolamtm, il y avait les villes de .iye//?M;H (Melzo peut-être); Laus Pompeia (Lodl), qui fut colonisée par le père de Pompée; Fontni Diugunforum ICvenvd peul-étre); AcerriV (Pizzigliettone) surrAdda,lu
avaient occupé les villes, peut-être d'origine étrusque, de Brescia avec sa forteresse, de Vérone et de Mantoue. Au Mincio finissait le doux parler vénète et commençait l'âpre gallique.
La Gaule cispadane, entre les Apennins, le Jala, le Pô, l'Adriatique, l'iEsis, était habitée par les Anamans et les Boïes, avec les villes florissantes de Plaisance, Parme, Mutine, et Bologne qui s'agrandit sous les Romains. L'antique Spina se trouvait sur le territoire des Lingons; Ravenne prospéra lorsqu'Auguste la joignit par un port et un canal au Pô et à l'Adriatique ; il n'est pas fait mention de Ferrare. Les Sénons habitaient plusieurs villes de la Cispadane , et nommément Césène ; mais ils s'étendaient surtout au midi du Rubicon dans l'Ombrie, et donnèrent leur nom à Senogallia (l).
La Vénétie comprenait les pays situés entre le Pô et l'Adige , et qui , des Alpes Carniques, se dirigent vers la mer Adriatique. Au couchant , le long de l'Adige , avaient dominé les Euganei, qui, plus tard, furent relégués sur les collines qui ont conservé leur nom. La ville d'Atria rappelait les antiques Étrusques ; Padoue, sur le Médoacus, florissait par son commerce ; 11 faut y ajouter Aquilée, bâtie par les Romains pour défendre Atinum sur le rivage de l'Adriatique , Védinum [Udine) , et, plus loin , la commerçante ^Emonasur le versant oriental des Alpes Juliennes. Au nord des Vénètes vivaient les Carnes, établis au pied des Alpes qui portent leur nom (2). Dans la péninsule de l'Istrie,
ville la plus forte de l'Insubrie; Spina (Spinazzino ); au nord de Lodi et au levant Minervium, que les Gaulois appelaient Buddig ; au confluent de l'AddaetduPô, Crémone. Toutes ces villes appartenaient aux Cénomans. Il faut y ajouter re^eZ/w* près de Brescia (Rovato peut-être), Sébum qui donna son nom au lac Iseo {Sebinus); Tollegate ( Telgate) , Leucum, où l'Adda .sort du lac de Corne, Forum Llcini (Incino); près de là, Pons Aureoll (Pontirolo) bâti plus tard, 3Iodicia et Argentin (Monza et Crescenzago ou Gorgonzala) près de Milan, Sibrium ( Castel Seprio).
(1) Là sont mentionnés Forum Xiuii (Forli), Forum PopuU ( Forlinipopoli), Csereviani (Torre di Cervia).
(2) On cite un grand nombre de villes des Yénètes et des Carnes ; mais il est difficile de distinguer celles qui remontent à une haute antiquité de celles qui furent fondées postérieurement : Ateste (Este) sur leRutero, Vicenlia, Viens Varïanus près de Legnano, Vicus Enianus (Montagnana ), Forum Alieni ( Alenile), Maria ( Loreo) près d'Adria , Portas Edronis (Chioggia ), Fossa Clodia (Castelloin val di Pozzo), Portas Medoaci (Malainocco), Mons Ilicis (Monselice), Cadiana ( Caldiero peut-être ), Aurasi (Montebello), Atina ( Tine ), ad Cepasias, sur le Sile ( Albaredo ), Tarvisum ( Trévise), Acelum (Asolo), Opitergiiim ( Oderzo ), et, au levant de eelle-ci, Juira? Concordja' ( Concordia), Apicilm ^rhs de Latisana, Porius Navonis
quel'Arsa séparait de rillyrie, Tergeste acquit de l'importance sous Auguste , et Parentium était un port aussi fréquenté que l'antique Pola.
L'Italie propre , que nous pouvons diviser en Etrurie , Ombrie, Picénum, Samnium, Latium, Campanîe, commençait à la Macra et à rUfens.
Dans le pays situé entre la mer Inférieure , le Tibre, les Apennins et la Macra , les douze peuples étrusques étaient disposés de manière qu'au levant , vers la frontière ombrienne , on rencontrait les Aretini, fortement établis au pied de l'Apennin, les Cortoniates, les Clusiniens, les Pérugins, les Volsiniens ; au couchant , vers la côte , les Volaterrans , les Vétuloniens, les Rusellans , les Cosétans; dans la partie méridionale, plus étroite , au sud de la fatale forêt Ciminienne , entre les lacs Ciminien et Volsinien , les Falisques, qui , après leur destruction par les Romains, furent remplacés par les Cosétans; puis les Véïens au sud-est, les Cœrélans à l'occident, au nord de ces derniers les Tarquiniens sur la Macra. Luna, entre la Macra et l'Arno , était un port et un marché très-fréquentés ; Pise avait été fondée par les compagnons de Nestor au sommet de l'angle que forme le confluent de l'Arno et du Serchio (l). L'île d'Elbe avait déjà la réputation d'une insnla inexhaustis chalybum generosa metaUis (2).
(Pordenone), Quadrivium (Codroipo), Portus Romatimis {Voviogmaxo), Mariamim (Mirano). Entre Aquilée et Vicence étaient Siiso)tnia (Savogna), Ceneta, Feliiia, Belumun, habitée par les Pliètes, Cœll'ma, /6Zi(/o (Ipplis), Œïïionia ( Gemona) des Carnes , Noreia ( Venzone ) Forum Juin ( Frioul ), fortifiée et colonisée par les Romains , Ptido/i (Pouzzolcs). Plus au nord, se trouvaient 3/enocatoii ( Monfalcone), Quar queni (Gorizia), Larice (Ladra) surl'Isonzo, etc., etc.
(1) Rutilius Nurnatianus , voyageur du troisième siècle, disait :
Alpheœ veterera contemplor origini» urbem Quam cingunt geminis Auser et Arnus aquis.
Conum pyraniidis coëuntia flumina ducunt, Intratur raodico frons patefacta solo...
Sed proprium retinet commuai in gurgile nomen , Et pontum solus scilicet Arnus adit.
Le même décrit bien, l'ile Gorgone.
Assurgit ponti medio circumflua Gorgon Inter pisanum cyrniacumque latus.
(2) Virgile. Il y avait encore dans l'Étrurie Macra (Monte Morello), Pistoria, Fesulœ, Florentia; entre l'Arno et le Tibre, Por/us Labronis {\Avonrne), Poptilonium jnès de Piombino et de 'l'élainone, qui avaient des
niST. DES ITAI,. T. I. '}y,
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I,es Ombriens autrefois s'étendaient au delà du Tibre jusqu'à la forêt Ciminienne et au Glanis , sur les rives duquel ils avaient bâti Aarna ( Bargiano ), tandis que les Sénons possédaient plusieurs villes entre l'Ufens et le Rubicon. Mais , par la suite, les RomainsrenfermèrentrOmbrie entre leRubiconau nord, le Tibre et la mer à l'ouest, l'.^sis au sud, l'Adriatique à l'est, traversé par la voie Flaminienne (1).
L'Ombrie , la Sabine , le pays des Marses et des Vestins bornaient à l'oceident le Picenutn , qui s'étendait de l'^Esis au nord jusqu'au Matrinus ( l'iombo) au midi; ou appelait proprement Age7' Picenus la montagne, Adrianus le littoral, Prœtiitianus la plaine. Ancône , colonie syracusaine, lui servait de port, Osimum de forteresse , et Tiora, consacrée à Mars, était son oracle ( i ) .
Au sud de l'Ombrie et du Picénum commençait le montueux Samuium , qui comprenait quatre peuples entre les Apennins et l'Adriatique, et quatre dans les Apennins et sur le versant occidental. Aux Vestins appartenaient les villes d'Amiternum et de Privernum ; aux Marrucius, Aternum ( Pescara ) et Teate [Chieti ) ;
ports et des fonderies pour les minerais de l'Elbe ; Rusellœ, Portus Çosamis ou port d'Hercule près tle Cossa ; à l'est de celle-ci Saturnia, et au sud Graviscx, Castruni Novum, etc. ; entre Alshim (Vah) i^t Frerjenx (Castel Guido), Regisultla était anciennement la capitale d'un chef pélasge. Dans l'intérieur, le long du Tibre et près de ses rives, étaient Sajca Rubra (Grotta Rossa), à six milles de Pons MUvius (Ponte Molle ) ; Capena (Civitella i)eutêtrc) près du mont Soracte; au nord de ce\u\-c\ , Ncpe , boulevard de Rome contre les peuples du Nord; Sutriian, près de Trossuli ( Trosso ) ; Ferenlinum au sud de Vulsinies; Sena, au nord de Volterra; à l'est Salpfiis (iMonte Aifino).
(1) Dans l'Ombrie proprement dite, et sur la côte depuis le Rubicon jusqu'à r^lisis , étaient la florissante Ariminum, Pisaurum , ainsi nommée, dit-on, de l'or qu'y pesa Brennus, Fanum Fortunx (b'ano), SenogalUa ; dans l'intérieur, près de la voie Flaminienne, Mevania ( Bevagna) belle et forte, Hhpelium (Spcllo) sur la voie de Pérouse; plus au midi Spoletiim, sur le ^nr, Inter canna (Terni), Ocrtculum Senlimim, \)\-b& de l'^sis ; dans les Apennins, Inguvium (Gubio) , Sar.sina sur le Sapi. 11 faut citer encore Fonon Senipronii ( Fossomhroiie), Fulglnhun ( Foligno ) TreOiales (Trexi), Corsulœ ( Monte Castrilli ), Assinium, Tifernum Tiberiniun ( Tifi ) près des sources (lu Tibre , Urbinum Uorlense et Vrbinum Metaiirense (Vvbiuo etUrbania), Camerinum, construite, au temps de Syila, par les habitants de Comerta qu'on avait ren\erséede fond en comble i Nequinum, (pu' les Romains appelèi'ent Narnia.
(2) Il y avait encore Numana, Potentia, Firnmm; au midi , l'antique Cupra marïtima, Castrum novum, Hadria (Atri) des Liburnes, Asculuni sur la montagne.
aux Péligniens , Corfinium [Pellino) et Sulmona; aux Frentaus, sur leTifemus, Lavinum, Histonium ( Vasto d'Amone), Ansanum; aux Sabins, Fidènes,Nomentum, Crustumérium sur la colline où T Allia prend naissance, Correse, près des sources du Clitumnus ; aux Marses, au levant du lac Fucin, Marrutiura, Alba Fucetia, Carseoli et Cliternum ; aux Hirpins, sur les collines qui descendent dans la Fouille, un grand nombre de villes, parmi lesquelles Avellinum , Aquilonia , la forte Roraulea , Compsa , Maleventum ; enfin venaient les Samnites propres, dans le pays alpestre au sud des Péligniens , fédération composée des Pentres, maîtres de Télésia, Ersénia, Alifa, Bovianum; des Caracènes, établis au milieu des stériles hauteurs de l'Abruzze Citérieure ; des Caudiniens, qui habitaient sur la croupe occidentale du Taburnus , des Hirpins et des Frentans déjà nommés.
Nous avons déjà parlé du Latium , et déterminé ses limites à partir du Tibre jusqu'au Liris. Au Latium , au Samuium , à la Lucanie et à la mer Tyrrhénienne confinait la Campanie , habitée dans la plaine par les Gampaniens , dans les montagnes au nord est parles Sidicins, et, dans celles du sud-ouest, par les Picentins ; contrées fertileset remplies de cités parmi lesquelles on cite : Baies et Pouzzoles, villégiatures des Romains, qui, non contents de couvrir de maisons la base du Gaurus, aux fertiles vignobles, en avaient construit jusqu'à la mer; Herculanum et Pompéies , qui devaient se conserver sous la lave destinée à les détruire ; Gasilinum sur le Vulturne , d'où les Romains avaient protégé le Latium contre Annibal qui occupait Capoue, ville importante au pied du mont Tifate; Atella, entre Capoue et Naples, renommée par ses farces; Noie, place forte, fondée par les Ausones, peuplée par les Chalcidiens, et qui fabriquait de beaux vases (i).
On pénétrait ensuite dans la Grande Grèce, divisée en Apulie, Lucanie et Bruttium. La première comprenait la Daunie , la Peucétie, la Japygie; les villes florissantes étaient Siponte, Salapie, Aufidène , Barium. Du port de Brindes, dans la Galabre, on arrivait en Grèce après une traversée de 225 milles ; ce port fut remplacé par Hydrunte (Olrante). Vers la Japygie, les Apennins s'inclinent graduellement pour se relever du côté du pays des Sa-
(l) Sur la côte, la Campanie avait encore VuUurmtm, Lintermim, Cuma une fies plus fortes, Neapolis , Résina au pied du Vésuve, Stabias cïtsideile, Scrrentum; dans les terres des Picentins, Saternum et Marslna; dans l'intérieur, Vennfriim , Teanum des Sédicins, Cale des Galènes Ausones, Ca/a/ia ( Gajaza ), Saticitla, Trebiia, Suessula, ToleUa, Acerra.