DIVINITÉS
culeiix Tagès, signalé comme quatrième divinité pénate, était regardé comme le fds de Jupiter et l'auteur des hommes. Transportant dans le ciel le système représentatif qu'ils avaient adopté sur la terre, ils faisaient assister Tina, ame du monde, vivant dans le monde, père du monde, de douze dieux consentes, six mâles et six femelles; mais il était lui-même soumis au Destin, aux dieux Involuti, qui étaient véritablement la cause suprême; à ces divinités appartient Nortia, déesse du temps. Près de Tina, et parfois identifié avec lui, siège Janus, frère de Camaséné, femme et poisson ; il tient les clefs pour ouvrir l'année et les portes de la cité, et, avec son double visage, il regarde l'Orient et l'Occident. Au premier jour de l'an, on donnait en étrennes, en son honneur, des figues avec des feuilles de laurier, souvenirs de son culte champêtre.
Peut-être ce que nous prenons pour des divinités distinctes n'était- il que les représentations diverses du même dieu; ainsi, Tina apparaît tantôt comme le Zeus olympien , tantôt avec le lierre de Bacchus , tantôt avec le laurier d'Apollon, tantôt avec les rayons du Soranus sabin ; il est Terme pour défendre les limites, Quirinus pour la guerre, puis encore divinité chthonienne. Junon ressemble quelquefois à Vénus ; tantôt elle est Populonia, comme déesse du peuple; tantôt Libéra, comme femme de Liber, le Jupiter bachique, et tantôt elle correspond à Cérès. Minerve, identique avec Nortia, Valentia, lllitia, et Paies quelquefois, préside à la destinée.
Chaque dieu, chaque homme, chaque cité avait sou génie protecteur, substance intermédiaire entre l'homme et la divinité. Deux génies assistent chaque homme, lui inspirant, l'un le bien, l'autre le mal. La dualité de la création dont nous avons déjà parlé, et l'aspect des désordres du monde introduisirent bientôt la croyance d'un double principe, l'un ennemi de l'autre; le dieu Véjovis était l'auteur du mal et le perturbateur de l'ordre universel. La maison, avec toutes les douceurs qui l'accompagnent, est gardée par te Lare, divinité dont l'image se conservait dans l'atrium, et qui avait pour autel le foyer domestique, tandis que les Pénates, génies de la divinité, y versent l'abondance, les consolations, et assurent le triple bien de la patrie, de la famille, de la propriété. Les Pénates étaient publics ou domestiques; aux premiers, adorés dans les temples, présidaient Tina et Vesta; les autres, qui avaient été des hommes, obtenaient un culte dans la
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maison ( l ) ; une âme en sortant du corps devient Lémure ou Mane (2) ; si elle est adoptée par la postérité de sa famille, elle s'appelle lare domestique ; si elle est repoussée à cause de ses iniquités, elle apparaît comme larve et devient l'épouvantail des méchants (3). Les aïeux étaient, pour ce motif, ensevelis dans les maisons ; de temps en temps , les Mânes revenaient visiter leurs parents, puis, dans certaines solennités, sortaient tous de leurs asiles funéraires, et, alors on célébrait leur commémoi'ation.
Plus tard, les Etrusques acceptèrent des étrangers et des aborigènes un cercle plus étendu de divinités et de génies ; quant au grand nombre d'idées helléniques exprimées dans leurs peintures , ils les tirèrent des anciennes traditions pélasgiqucs, ou de celles des colonies. Mais comment s'en former de claires notions, si leurs dogmes restèrent un secret des prêtres, uniques dépositaires de la science et du langage allégorique et sacré ?Tagès avait enseigné que le ciel est un temple (4), où les dieux sont assis au nord et regardent vers le Midi, ayant à gauche l'Orient, partie bienfaisante, à droite l'Occident, partie funeste où la lumière s'éteint. On appelait cardo la ligne de ce regard, coupée à angle droit par une autre àit^décumane; les quatre régions formées par ces deux lignes constituaient le temple.
Parmi les Étrusques, comme en Orient, les rites sont nécessaires pour légitimer tout acte public et privé. Les hommes sont gouvernés par des interprétations de songes, de phémomènes, d'astres; cependant, le sacerdoce ne constitue pas , comme dans l'Asie, une pure aristocratie, puisque le patriciat commence l'activité du citoyen, et prélude à l'indépendance des droits politiques. La noblesse, c'est-à-dire la race conquérante,
(1) Denys d'Halicarnasse (i. 67) rapporte les diverses qualiricatioiis des Pénates, ôeol^naxpûoi, YSvÉÔXtoi, xtr/atot, pûyio'., Ëpxiot.
(2) Les Latins durent dire Manus pour ôonîw ; Servius et Macrobe traduisent le premier par le second ; immonis est le conti'aire.
(3) MuiTiw. C\PELL\ ( De nuptns p]iïlolo(fne et Mcrcurn, ii. 9) : Venim illï ( Hctrttsci ) mânes , quoniam corpoiibus illo fevipore tribinuitur (juo fil prima conceptio, etïam iisdem corporibiis dclcclantitr, a(f/ue cum ih muncnlcs , appellanlur Lémures. Qui si vitx primoris adjitli fucrint Jioneslole, in Lares domor uni tirbiumque vertunlur ; si aiifem dépravant ur ex corpore, Larvœ perhiben/iir oc Manix.
Sur la religion des Etrusques , Creuzcr est très-pauvre , cl Guigiiaud n'y ajoute pas beaucoup dans ses volumineux suppléments; Midier dit plus dans les cliap. 4, 5 et G dti liv. m.
{k)TcmpLum, di'm contemj^lar e,i\\n \ient de Ts'tisvoç.
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était composée de seigneurs {lucu7nons), qui, des hauteurs de leurs châteaux, tenaient assujettis les hahitants des plaines. Dans chaque cité, un lucumon rendait la justice tous les jours, et siégeait les autres jours dans les assemhlées générales, tenues à Vulsinies ou à Vétulonies. Dans les assemblées du printemps, un des lucumons était nommé au sort chef de la fédération (l); il avait pour insignes la robe de pourpre, la couronne d'or, le sceptre avec l'aigle, les haches, les faisceaux, la chaise curule (2), et douze licteurs fournis par chacune des douze cités.
Ces idées religieuses, qui reliaient les hommes et les dieux dans un état ou bien dans une seule église, et les unissaient dans un pacte commun, devaient produire des idées d'ordre ; or, c'est par la force de l'ordre que l'austère nol)lesse domina toujours dans l'intérieur, et longtemps sur les peuples voisins. Cependant, elle manquait de la force qui naît de l'unité; les luttes des lucumons et des cités , la jalousie des ordres inférieurs , la haine des partis et des races déchiraient le pays , et empêchèrent de réunir tous les peuples italiens , comme l'avaient déjà tenté les Samnites et les Pélasges , et comme seule put l'effectuer Rome, qui les soumit tous autant par la force que par une merveilleuse organisation politique.
Les familles principales avaient pour clients les hommes de race inférieure, qui restaient plèbe, divisée en tribus, en curies et centuries, exclue des armées, qui ne se composaient que de cavalerie.
Les lucumons, les nobles, les plébéiens, formaient donc l'État,
(t) Les Romains ont donné à tort le nomtle roi à Porsenna, à moins qu'ayant été roi de quelque État particulier , il n'eût conservé ce titre lorsqu'il l'ut mis à la tête de la fédération. C'est ainsi qu'on pourrait encore expliquer ce passage de Dcnys, m, 61 : Tupp-/iv6v eôoi; iôôv.ti, ÉxâaTW "cwv xaxà tiôXiv paai- Xc'wv ëva TtpoYiyeïcÔai papoocpôpov, à(j.a f?i ôé<ïjj.i(i twv pcx[îûwv jieXexuv çépovra' el ôà xoivr) yîvgito twv ôwôsxa ttôXewv orpaTsia, toù; SwSs/.a TisXe'xei; évi ^apaoîooaOai tw ),ap6vTt Trjv aÙTOxpaTopa àpyjiv. D'autres prétendent y trouver une série de rois descendants de Janus ; Dcmpstcr lait régner, pendant 2,500 ans quatre dynasties, les Janisènes, les Corythes, les Lartes, les Lucumons; Mijiler déduit les institutions civiles de l'Étrurie de celles de Rome antique , parce qu'il suppose que celle-ci les a empruntées à celle là.
(2) Il paraît que , dans l'intention des Italiens, cette magnificence extérieure était symbolique et rapprochait les hommes des dieux ; c'est pour cela que la triomphateur, à Rome, se montrait vêtu en Jupiter et avec le visage teint de minium, comme la statue du Dieu au Capitole. Enumeral auclores Verrïus, quilms creclere sit necesse,Jovis ipsiiis simulacrifaciemclielms/esiis minio iHiui soliftim, iriumplinniumque corpora. Pijne.