‹ Histoire des Italiens (volume 3)Chapitre 220 sur 319 · ALLIÉS ITALIENS · texte numérisé non relu

ALLIÉS ITALIENS

sait un reproche , il fit cette réponse que nous avons déjà citée : « Le bruit des armes m'a empêché d'entendre les paroles de la loi. » Il proposa ensuite de distribuer aux alliés les terres que les Cimbres avaient occupées dans l'Italie septentrionale , et que la victoire faisait considérer comme tombées dans le domaine public; c'était le moyen, disait-il, d'opposer une barrière aux futures invasions , et de maintenir dans la fidélité les Lucaniens, les Samnites, les Marses, les Péligmens,qu'on y transporterait comme colons.

Marins, qui n'entendait rien aux intrigues , employait la violence à tout propos. Apuléius Saturninus demandait le tribunat; il lui prêta l'appui de ses soldats, à la tête desquels Saturninus tua , au milieu du forum , son compétiteur Nonius , dispersa ses adversaires et se fit proclamer. Marius, formant alors un loo. triumvirat despotique avec Saturninus et le préteur Caïus Glaucias, ressuscita la loi des Gracques, moins pour favoriser le peuple que pour contrarier Csecilius Métellus le Numidique , son ancien protecteur, dont il était devenu l'ennemi déclaré. Métellus, chef de la faction du sénat qui regrettait encore les jugements dont on l'avait dépouillée, repoussa opiniâtrement la loi agraire; mais, voyant qu'il allait succomber, il s'exila volontairement, espérant que sa patrie repentante le rappellerait un jour. Triomphant alors , le parti de Marins bouleversa la république, domina les comices par la force, assassina les opposants, usurpa les droits du peuple sous prétexte de les défendre , et la cause des Italiens fut déshonorée.

Marins, dépourvu d'intelligence politique, se laissait conduire par ses deux collègues, qui , à la manière de tous les démagogues , ne cessaient d'étaler aux yeux du peuple la corruption et la tyrannie des aristocrates. Saturninus, prorogé dans le tribunat , fit assassiner Memmius qui disputait le consulat à 99. Glaucias , et s'empara du Capitole. L'indignation publique accueillit ces attentats; les consuls, comme dans les périls extrêmes, furent investis de l'autorité absolue , Glaucias et Saturninus lapidés, et Métellus rappelé. Marins , dont le courage tout militaire s'évanouissait dans les conflits du forum, et qui avait abandonné ses deux collègues, perdant ainsi toute autorité auprès de ses amis et de ses ennemis, se retira dans la Galatie sous prétexte d'accomplir des vœux à la Bonne Déesse. Il sentait que les champs de bataille étaient son véritable terrain , et se comparait à une épée qui se rouille dans la paix.

.i06 SATURNINUS ET ULAUCIAS. LIVIUS BRUSUS.

Laréaction, comme d'habitude, fut violente. Les alliés italiens, domiciliés à Rome, acquéraient le droit de cité, et servaient d'instruments aux séditions des tribuns. Licinius Crassus et Mutins ScBevola firent adopter une loi aux termes de laquelle tous les alliés demeurant à Rome, sans y jouir des droits de cité, devaient retourner dans leur patrie, quels que fussent les liens de parenté , d'affaires , d'habitudes, contractés par une génération.

Une réforme pacifique , dans le but de protéger les alliés, fut tentée par Livius Drusus, homme habile, éloquent, précis, étranger aux violences des chefs du peuple. Soutenu par un orgueil qui fempêchait de manquer de dignité , il demeura toujours supérieur à la calomnie. Son architecte promettait de lui construire sa maison de manière qu'elle serait mise à l'abri de toute indiscrétion : « Construis- la plutôt , répondit-il, de façon que mes actions soient exposées aux regards de tous. » Comme les ambitieux supérieurs, il croyait avoir besoin de fortifier son pouvoir ; dans cette pensée , il soutenait le sénat contre la plèbe et les chevaliers, mais il voulait le dominer. Il résolut, pour remédier aux maux de la patrie, de modifier la proposition des Gracques , qui avaient essayé d'organiser les chevaliers et d'en faire un tiers état en leur attribuant les jugements ; mais les iniquités de cet ordre les avaient déshonorés. Drusus , afin de consolider les conservateurs, proposa de restituer les jugements au sénat, offrant aux chevaliers, à titre de compensation, de faire nommer parmi eux trois cents sénateurs; mais, comme il arrive ordinairement dans les partis modérés, Drusus ne satisfit personne et souleva des rumeurs . Il fit arrêter le consul , puis, dans fespoir de gagner laplèbe,il proposa de distribuer le pain nécessaire aux mdigents avec le trésor du temple de Saturne qui contenait 1,020,829 livres d'or.

Les alliés italiens l'avaient choisi pour patron , et, comme tout parti veut s'incarner dans un individu, ils le proclamaient l'Italien par excellence, l'espoir de la nation. Un jour il tomba malade : toute la Péninsule, à cette occasion, retentit de vœux solennels. En échange de sa protection toute-puissante, Drusus exigeait une obéissance aveugle. Cependant, lorsqu'il proposa d'accorder aux alliés tous les privilèges de citoyen , il eut pour adversaires les sénateurs, les chevaliers, et même la plèbe, indignée de voir qu'on attentait à l'honneur patriotique en élevant des sujets au rang de citoyens. Les alliés, qui étaient accourus en foule à Rome pour soutenir la proposition de leur

LITIUS DRUSUS. iOT

protecteur, aussitôt qu'ils la virent repoussée, retournèrent chez eux la vengeange dans le cœur, propageant au loin leur mécontentement et leur indignation. De cet outrage, qui fut regardé comme national , sortit la guerre des alliés , qui éclata juste au moment où les esclaves , l'Espagne avec Sertorius, l'Asie avec Mithridate, secouaient le joug de Rome.

Les Italiens étaient divisés d'intérêts; si l'oppression dans quelques villes semblait insupportable, dans d'autres elle était adoucie par des privilèges et la bonté des magistrats. Au midi , les belliqueux Sabins paraissaient habitués au joug ; le Latium jouissait de beaucoup d'avantages, quoique les motifs de plaintes ne lui manquassent point. Les Ombriens et les Étrusques se sentaient affaiblis; du reste, ils savaient gré à Rome de les avoir débarrassés des Cimbres, et de maintenir sous le joug les Gaulois leurs voisins. Au sein même de chaque ville, il y avait deux partis, la noblesse et la plèbe, et, dans quelques-unes, les fauteurs des Carthaginois; or nous savons trop que les passions indi\iduelles empêchent la réalisation des espérances communes.

Les Italiens, cependant , se rapprochèrent alors , et se lièrent par des serments et des otages; le Samnium , la Lucanie, tout le Midi et même des cités latines aux portes de Rome entrèrent dans la conjuration. « Par Jupiter Capitolin (c'était leur serment), « par le soleil et la terre, par les dieux pénates de Rome, par « Hercule son protecteur, par les demi-dieux fondateurs de son « empire, par les héros qui l'ont agrandi, je n'aurai pas d'autres « amis et d'autres ennemis que ceux de Drusus; je n'épargnerai « rien pour son avantage, ni mon père, ni ma mère, ni mes « enfants , ni ma vie ; si par ses soins je deviens citoyen , je « tiendrai Rome pour ma patrie, et Drusus pour son plus grand « bienfaiteur. »

Tel était le langage des modérés, qui espéraient un arrangement pacifique. Mais tout chef populaire traîne après lui des partisans qui vont au delà de ses désirs : les jeunes gens aventureux et les vieux militaires , habitués à ne compter que sur l'épée , forment le complot de massacrer les consuls lors de la célébration des Fériés latinessur le mont Albain, Drusus, qui l'apprend, en donne avis au consul Philippe , bien que son ennemi ; et celui-ci, le payant d'ingratitude, le fait assassiner. Au moment d'expirer, Drusus s'écria : « Qui servira la patrie avec des intentions plus pures que les miennes? - Les chevaliers célébrèrent sa mort, et firent abroger ses lois comme établies contre les

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