‹ Histoire des Italiens (volume 3)Chapitre 224 sur 319 · CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI

SYLI-A. MITHRIDATE. PREMIÈRE GUERRE CIVILE. RESTAURATION ARISTOCRATIQUE.

Au moment où éclatèi'cnt les inimitiés de Marins et de Sylla , Rome tourna contre elle-même le fer aiguisé contre les Italiens et les étrangers.

Lucius Sylla, de l'illustre famille Cornélia, mais de médiocre «57. fortune, passa sa jeunesse dans la débauche. Enrichi par l'héritage de la courtisane Nicopolis, il prit rang parmi les chevaliers les plus notables , et joignit au goût des plaisirs l'amour de la gloire et du pouvoir. Marins, auquel on l'avait donné comme questeur dans la guerre Numidique, le laissa en Italie comme étant trop efféminé; mais, lorsqu'il l'eut rejoint en Afrique avec la réserve, ilfit preuve d'intrépidité sur les champsde bataille, d'exactitude dans les devoirs, et sut mieux que son chef se concilier les esprits. Se mettait-il à table, il ne gardait aucune retenue; joyeux convive, il ne voulait plus entendre parler d'affaires , et se plongeait dans l'orgie au milieu des chants et des danses des

MA MARIUS. 8YLLA.

courtisanes. Pour écarter l'envie , il attribuait à la fortune la réussite de ses entreprises. Dans ses Mémoires, il assurait que les résolutions subites lui avaient été plus favorables que celles qu'il avait longtemps méditées ; il exhortait Lucullus, auquel il les adressait, à mettre toute sa confiance dans les choses que les dieux lui commanderaient en songe. Marius le méprisa d'abord, puis en devint jaloux, surtout lorsque Bocchus, roi de rsumidie, eut dédié dans leCapitoIeun groupe, dans lequel il était lui-même représenté livrant Jugurtha, non à Marius, maisàSylla : attitude qui semblait attribuer à celui-ci le mérite d'avoir terminé la guerre. De là des ressentiments qui ne devaient pas même s'éteindre dans des flots de sang.

Marius, plein de fougue, donnait beaucoup au hasard; Sylla calculait et prenait ses mesures pour atteindre un but déterminé, sans souci des moyens. Marius, élevé à la campagne, était si grossier que, dans la construction d'un temple pour la victoire qu'il avait remportée sur les Cimbres, il employa un maçon romain et des pierres informes. Sylla, versé dans la littérature grecque, étendait sur ses vices un vernis brillant, recueillait dans ses pillages des Uvres, des tableaux, des vases, pour orner ses palais et la ville. L'un et l'autre étaient braves à la guerre et avides d'honneurs. Marius, à force d'argent et de brigues sans pudeur, obtint six consulats presque consécutifs , et Sylla disait partout qu'il était las de servir cette espèce de roi ; à quarante-quatre ans, candidat à la préture, il achetait les votes et promettait des spectacles qui devaient surpasser tout ce qu'on avait vu jusqu'alors. Sylla reçut du roi Bocchus cent lions qu'il fit battre avec des hommes ; c'est ainsi qu'il habituait Rome à ces spectacles sanglants, pour la dédommager sans doute des sacrifices humains que le sénat venait de proscrire. Il devint le coryphée des nobles, comme Marius l'était de la faction populaire. Sylla avait obtenu le commandement supérieur contre Mithridate, roi de Pont ; mais le peuple, sur les instances du tribun Sulpicius faisantappel à sa reconnaissance pour l'auteur des lois libérales, confia cette guerre à Marius, qui, malgré sa vieillesse, s'indignait de n'être plus le premier à Rome et abhorrait le rival qui l'éclipsait.

Gomme l'or donnait plaisirs et dignités, tous les généraux ambitionnaient des commandements eu Asie, où l'on pouvait voler àpleines mains ; Sylla, qui l'avait déjà pilléeà discrétion, résolut de se venger de l'alfront qu'on venait de lui faire. Retenu par la guerre sociale, il assiégeait alors les Samuites dans Nola;il raconte à

Page 1