FUITE ET RETOUR DE MARIUS
clave s'enfuit en s'écriant : « Il m'est impossible de le frapper. »
Les Minturniens direct alors : « Qu'il aille accomplir ses destinées où il voudra; nous prions les Dieux de nous pardonner si nous chassons Marius nu et misérable! » Ils l'abandonnèrent sur la plage, où il trouva un vaisseau qui le transporta en Afrique ; son fUs, échappé à des périls non moins graves, s'y était rendu de son côté pour réclamer les secours du Numide Hiempsal. Le fugitif était protégé tout à la fois par la gloire de son nom , et par la pensée que son parti, abattu, mais non détruit, pouvait d'un jour à l'autre se relever et le venger. Les magistrats romains n'osèrent donc pas l'inquiéter, lorsqu'ils le virent assis sur les ruines de Carthage : grande infortune sur les décombres d'une grande ville infortunée (1)!
Le jeune Marius , sous les apparences de la courtoisie , était retenu prisonnier à la cour du roi Numide ; mais , favorisé par une femme, il put s'enfuir et rejoindre son père, avec lequel il s'embarqua pour l'Italie. Cornélius Cinna avait défendu son parti à Rome; audacieux jusqu'à l'imprudence et timide à la fois, il ne reculait devant aucun crime, et il en dissipait le fruit dans les débauches ; malgré son serment, il avait fait citer Sylla par le tribun Virginius, pour rendre compte de sa conduite.
Sylla dédaigna de répondre à cette sommation; mais, loisqu'il eut passé en Asie avec son armée, sa faction succomba, et Cinna, relevant la cause italienne , proposa de nouveau de répartir les alliés entre les trente-cinq tribus, mesure qui leur assurait la prépondérance. Octavius, partisan incorruptible du sénat, s'y opposa; afin de prouver combien il était rigoureux observateur de la justice, Plutarque raconte que, pressé de rendre la liberté aux esclaves dans un si grave péril, il refusa, en disant : « Comment pourrai-je admettre les esclaves dans la patrie , moi qui en ai chassé Marius pour la défense des lois ? »
On courut aux armes, et les rues de Rome furent inondées du sang des Italiens, dont il périt dix mille, dit-on ; les autres furent obligés de sortir de la ville avec Cinna et six tribuns. Destitué de ses fonctions par le sénat, Cinna se présente à l'armée en suppliant, comme la victime de la violence et le coryphée de la cause des alliés; après avoir obtenu des Italiens assez d'hommes et d'ar-
(l) Comme un des curieux passages poétiques de Plutarque, qu'on lise la romanesque description de celte fuite; et, d'après ce déluge de superstitions, que les liommes prudents jugent s'il est convenaiile de former la jeunesse avec les Hommes itlnstres de cet écrivain.