RETOUR DE MARIUS
gent pour former trente légions, il rappelle les exilés. Marins débarque alors àTélamone, et les Italiens l'accueillent avec joie; il appelle les esclaves à la liberté, enrôle les paysans les plus robustes, qui s'insurgeaient volontiers contre le sénat; en effet, déclarés libres par la loi Julia, ils avaient trouvé, au lieu des biens qu'ils s'étaient promis, lamisère,les charges du service militaire^ les tributs, les réquisitions, ce dont ils accusaient le sénat. Marins, après avoir rejoint Cinna, marche sur Rome; mais il refuse toute espèce de titres et de distinctions, et parait accablé sous le poids de souffrances inénarrables.
Sous les murs de Rome, fortifiée à la hâte par le sénat, on se battit avec archarnement, citoyens contre citoyens. Deux individus étaient aux prises ; l'un blesse l'autre mortellement et se dispose à le dépouiller, lorsqu'il reconnaît son frère; il se jette alors dans ses bras pour recueillir son dernier soupir, et s'écrie : « Les partis nous ont séparés, que le bûcher nous réunisse (l)! » puis il se perce avec l'épée fratricide : terrible symbole du sort des Italiens !
Les consuls, retranchés sur le mont Albain, étaient mal préparés à la défense. PompéiusStrabon, qui faisait la guerre aux insurgés sur les bords de l'Adriatique, fut rappelé ; mais il agit avec tant de mollesse, qu'on le soupçonna de vouloir laisser les deux partis s'entre-détruh'e, dans l'espoir de s'élever sur leur ruine ; il mourut bientôt de l'épidémie qui régnait alors. On envoya donc l'ordre à Métellus le Numidique de terminer, aux meilleures conditions possibles, la guerre contre les Samnites encore indomptés, et de revenir au plus tôt. Mais, lorsqu'il était sur le point de conclure avec eux , Marins leur fit des offres plus avantageuses , et les Samnites tentèrent de nouveau la chance des armes; Métellus dut retourner à Rome sans armée.
La désertion augmentait dans les rangs de la faction sénatoriale; Marins, s'étant assuré la possession des villes maritimes et d'Ostie, finit par bloquer Rome, que la famine, la contagion, ks soulèvements d'esclaves forcèrent à se rendre. Cinna ne voulut pas y entrer avant d'être reconnu de nouveau pour consul. Marins s'arrêta à la porte en disant : m II ne me convient pas , à moi misérable proscrit, d'y pénétrer. »Mais toutes les tribus n'avaient pas encore voté son rappel, qu'il était dans la ville, ordonnant à une escorte d'esclaves d'égorger tous ceux auxquels il rendrait le salut.
'0 OliOSK, V, 9.
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