URUAUTÉ ET MORT DE MARIUS
Alors commença un terrible carnage, qui prit tous les caractères d'une vengeance des Italiotes contre Rome; le consul Octavius et les sénateurs des familles les plus illustres furent massacrés. Catulus , dont le crime était d'avoir eu la meilleure part à la victoire sur les Cimbres, s'empoisonna pour dérobera Marins le plaisir de le faire égorger. Cornélius Mérula, consul et flaminede Jupiter, après avoir déposé dans le temple les bandelettes sacrées et s'être assis sur le trône pontifical, se fit ouvrir les veines, arrosa les autels de sou sang avec de terribles imprécations, et rendit le dernier soupir. L'orateur Marc Antoine, la merveille de son temps, se réfugia dans la maison de campagned'unde ses amis, qui, joyeux d'un tel hôte, envoya son esclave au cabaret chercher le meilleur vin ; l'imprudent ne cacha point à l'aubergiste le nom du personnage à qui son maître avait donné asile, et cet homme le dénonça. Les satellites de Marius accoururent, et, bien qu'arrêtés un moment par l'éloquence et la majesté du grand orateur, ils lui tranchèrent la tête. Marius embrassa le sicaire qui lui apporta cette tête, et la fit exposer sur la tribune où, durant tant d'années, elle avait défendu la justice, et sur laquelle, peu après, devait figurer celle d'un autre éminent orateur. Les esclaves exerçaient sur leurs maîtres d'atroces vengeances ; par exception, ceux de Cornélius, après l'avoir caché dans une maison de campagne, pendii-ent à sa place un cadavre auquel ils prodiguaient les outrages. Les généraux firent cesser la boucherie; mais la bande étrusque de Marius sortait tous les jours du camp pour tuer et saccager; Sertorius, à la tête d'une troupe de Gaulois, la tailla en pièces.
D'autres esclaves, enrôlés par Marius, indignés du retard qu'on mettait à leur payer la solde queCinna leur avait promise, se livraient au tumulte; Marius les fit réunir dans le forum, où ils furent égorgés par milliers. Enivré de sang, consul pour la septième fois, comme on le lui avait prédit, il essaya vainement d'étouffer dans l'ivresse et ses remords et son envie contre Sylla, qu'il s'apprêtait à combattre, lorsqu'il mourut d'une courte maladie à l'âge de soixante-dix ans. Marius, son fils, héritier de son pouvoir, fit périr tous les sénateurs que l'on trouva dans Rome, et nommer consul Valérius Flaccus, sa créature, qui s'attira les bonnes grâces de la plèbe en réduisant les dettes à un quart. Soutenu par les citoyens nouveaux, qui, répartis dans les trente-cinq tribus, l'emportaient sur les anciens et le sénat, Cinna, sans convoquer les comices, se déclara consul pour la troisième fois, avec