MITHRIDATE
Papirius Carbon, et distribua les charges à qui il voulut; mais ^'^
lui-même était dominé par la soldatesque, qui, habituée au sang,
finit par le tuer à Ancône. g/,
Rome s'épuisait dansées luttes malheureuses, tandis qu'elle était menacée à l'extérieur par un grand danger, auquel faisait face le proscrit Sylla. Voyant les Italiens favorables à Marins, Sylla s'était embarqué pourl'Asie, afin des'attacher les légions par la victoire. DèslorSjà l'exemplede tous les ambitieux, il ne s'appuieque sur les soldats, qu'il habitue à se considérer comme les serviteurs de tel ou tel capitaine, et non de la République ; puis, en conduisant l'armée contre la patrie, il ouvre le chemin que suivront César , Antoine, Auguste, à travers les guerres civiles, où l'on combattra, non pour conquérir la liberté , mais pour se donner un maître. Dans les contrées de l'Asie antérieure, qui s'étaient soustraites a la domination de la Perse, au temps d'Alexandre et de ses successeurs, les peuples s'agitaient au milieu des guerres et des intrigues, et la prépondérance se déplaçait continuellement ; enfin elle resta au royaume de Pont, ainsi nommé à cause du Pont- Euxin qui faisait la limite aunord. Cet état confinait au midi avec la petite Arménie, et, parles autres côtés, avec la Colchide et le fleuve Halys. Les Mithridates, ses rois, étendaient leur empire i^iî jusqu'à TEuxin; ils furent tantôt les ennemis, tantôt les alliés des Romains, jusqu'au règne de Mithridate VII Eupator , auquel la postérité conserve le nom de Grand, bien que le manque d'historiens nationaux et la négligence orgueilleuse des étrangers nous condamnent à deviner ses vastes desseins. Monté sur le trône à douze ans, il fit périr, selon les mœurs de l'Orient, sa mère et ses parents les plus proches; il fortifia son corps et son âme par des exercices continuels, et devint l'époux de sa sœur Laodice, qu'il ne tarda point à condamner à mort comme coupable de trahison. MithridateparcourutensuiterAsie,enétudia les mœurs, les lois, les hommes, et forma le projet de la soumettre à son autorité, sous le prétexte de l'affranchir de la tyrannie de Rome; d'ailleurs, il était résolu à ne reculer devant aucun moyen pour réussir. Déjà maître du Pont, il avait hérité de laPhrygie, et faisait valoir des prétentions sur les contrées voisines; il occupa la Paphiagonie, malgré les 93 Romains, soumit la Cappadoce, et tua de sa main son neveu qui était son compétiteur.
Nicomède II, roi de Bithynie, à qui les agrandissements de Mithridate portaient ombrage, se plaignit au sénat de Rome; »i celui-ci déclara indépendantes la Paphlagonie et la Cappadoce,
.i20 MITHRIDATE. VÉNALITÉ DE ROME.
qu'il destinait à des rois ses vassaux , et chargea Sylla de se rendre auprès de Mitliridate, à titre d'ambassadeur , mais en réalité pour connaître et déjouer ses desseins. Ce monarque commence la guerre, défait les Bithyniens et leur nouveau roi, Nicomède III, force les Romains d'évacuer la Phrygie, la Mysie, l'Asie proprement dite et tous les pays qui, jusqu'à l'Ionie, leur étaient soumis ou alliés, et renvoie libres tous les prisonniers qu'il avait faits. Les habitants de Laodicée lui livrèrent Quintus Appius, gouverneur de la Pamphylie, qui lui fut amené chargéde fers et précédé, par dérision, des licteurs etde tous les insignes de sa dignité. Des Lesbiens, il reçut Manilius Aquilius, qu'il fit lier par un pied au pied d'un malfaiteur, pour avoir soulevé la Cappadoce, et conduire sur un âne à Pergame, où on lui coula de l'or dans la ) bouche, afin de le punir de sa cupidité. '
Ce vice, en effet, rendait exécrable la domination des Romains. Dans la métropole même tout se vendait, et le trafic des votes était devenu chose si ordinaire, qu'au lieu de la honte, il n'excitait que des plaisanteries. Le préteur Sylla, insulté par Strahon César, lui dit : « J'userai contre toi des pouvoirs de ma charge. » Strahon lui répondit : « Tu as raison ; c'est la tienne, puisque tu ' l'as achetée ». Un jeune homme, qui entrait par l'édilité dans la carrière des magistratures, s'il voulait se ménager pour l'avenir la faveur populaire, était obligé de jeter l'argent à pleines mains; dès lors , il fallait contracter des dettes et songer aux moyens de les éteindre, ou de faire de nouveaux emprunts. Devenu préteur urbain, et n'ayant à traiter que d'affaires minimes, sous les yeux du sénat, des censeurs et des tribuns, il ne pouvait commettre que des vols misérables; mais il savait que le sénat lui donnerait une province, et il l'hypothéquait d'avance à tousses créanciers. Arrivé à ce commandement, il volait, pillait, s'entendait avec les exacteurs et les usuriers, enlevait les objets précieux, les tableaux, les statues; puis, de retour à Rome, il pouvait avoir un palais spiendide, une galerie qui lui valait le renom de protecteur des arts, siéger sur la chaise d'ivoire du sénat, dominer sur mille esclaves, parvenir au consulat.
Les exacteurs étaient encore d'insatiables déprédateurs ; chevaliers en général, ils affermaient le revenu d'un pays qu'ils pressuraient sans pitié, accumulant pour eux les trésors, et l'exécration pour Rome, Marcus TuUius Cicéron, honnête homme et grand persécuteur des pillards, mit de côte 2,200,000 sesterces, environ .500,000 francs, dans son gouvernement de Cilicie, et il se