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aux vivants, disait-il, pai- égard pour les morts. Il se faisait apporter les dépouilles des temples, et, plaisantant avec ses amis, il leur disait : « Je suis sûr de la victoire, puisque les dieux euxmêmes paient mes troupes, » Les Grecs fi-émissaient, et rappelaient Flamininus, Acilius et Paul Emile qui s'étaient abstenus de toucher aux choses sacrées : grands par le courage et d'habitudes modestes, ils n'auraient pas vu moins de lâcheté à tout permettre aux soldats qu'à redouter l'ennemi. Mais ces généraux , légalement élus, avaient des troupes disciplinées , tandis que les chefs actuels parvenaient au commandement par la violence ou à prix d'or; aussi devaient-ils complaire à leurs fauteurs, et tout vendre pour acheter des votes au forum ou un parti dans l'armée : largesses corruptrices, dont Sylla fut le premier à donner en grand le scandale.
Mais, tandis qu'il triomphait au dehors, Sylla, proscrit dans sa patrie, avait à se défendre contre les armées de la faction contraire, envoyées pour le combattre ou le tuer au besoin. Fimbria, homme exécrable pour ses horribles cruautés, envoie lors des funérailles de Marins, des sicaires pour assassiner l'augure Quintus Scsevola ; le coup ayant manqué, il le cite en Jugement, et, comme tout le monde, étonné, lui demandait de quoi il pouvait accuser un personnage aussi irréprochable, il répondit : « De n'avoir pas reçu toute la lame du poignard dans le corps (l). » Cette logique ne manque pas d'imitateurs. Devenu lieutenant du consul Va- ^- lérius Flaccus, chargé de gouverner et de vaincre l'Asie, il soulève l'armée contre lui, et l'assassine à INicomédie ; il réunit dans ses mains toutes les forces de cette province, et, pour se maintenir, il permet toute espèce d'excès aux soldats et à ses partisans. Un jour qu'il avait fait dresser des potences, il se trouva que leur nombre excédait celui des malfaiteurs; pour remplir les places vides, il fit prendre au hasard parmi les spectateurs. Cependant, comme il ne manquait pas de courage, il vainquit les généraux de Mithridate, et l'assiégea dans Pitane. Pour emporter cette place forte, il avait besoin de la flotte; mais LucuUus, qui la commandait, hostile à la faction de Marins et de Fimbria, refusa de le seconder , ce qui permit au roi de Pont de se retirer à Mitylène. Fimbria, après s'être emparé de Pitane, alla mettre le siège devant Troie , la prit d'assaut, extermina les hommes, renversa les édifices, et se vanta d'avoir accompli eu
(1) CICÉRo^, pro Rosciu Amerino.
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dix jours ce qui avait au moins coûté dix ans à Agàmemnon.
Mitiiridate, cerné par deux ennemis, fit des propositions à Sylla, qui, désireux de brouiller les affaires d'Italie, et d'enlever à Fimbria la gloire de cette campagne, accepta une entrevue avec lui à Dardanum , dans la Troade. Le roi de Pont s'y rendit avec 20,000 hommes, 600 chevaux, une foule de chars armés de faux , et 60 vaisseaux ; Sylla, avec 2 légions et 200 hommes de cavalerie, pour dicter les conditions suivantes : Le roi devait retirer ses troupes de toutes les villes qui n'avaient pas été sous son obéissance avant la guerre, rendre les prisonniers sans rançon, payer 2 000 talents, et fournir à Sylla 80 vaisseaux équipés avec 500 archers. « Que me laisses tu donc? demanda Mithridate. — Je te laisse la main qui a signé le massacre de 100,000 Romains. »
Ainsi, en moins de trois ans, Sylla termina heureusement une guerre dangereuse, dans le cours de laquelle il recouvra la Grèce, rionie, la Macédoine, l'Asie, déclara libres et alliés de Rome les Rhodiens, les Magnésiens, les Troyens, les Chiotes, et tua 160,000 hommes à Mithridate; il aurait même pu le prendre, et épargner trente ans de guerre à sa patrie. Fimbria, qui refusait de se soumettre, fut réduit à de telles extrémités qu'il se donna la mort.
Avide de dominer l'Italie, Sylla pressurait l'Asie, à laquelle il imposait une contribution de 20,000 talents (100 millions); il envoyait les soldats vivre à discrétion chez tous ceux qui s'étaient montrés hostiles à Rome; pour se concilier les troupes, il tolérait leurs rapines et leurs excès. Après avoir dépouillé les temples de Delp'nes, d'Olympie, d'Épidaure, son armée jouissait des somptueuses mollesses de l'Asie : palais, bains, théâtres, esclaves, femmes ; puis, comme la flotte congédiée par Mithridate, divisée en petites escadres, exerçait la piraterie sur le littoral, les soldats s'autorisaient de cet exemple pour se livrer à toutes sortes de cruautés, de brigandages, de débauches, tout en jetant leurs regards du côté de l'Italie, comme sur une nouvelle proie.
Sylla s'avançait enfin, précédé d'une renommée formidable, accompagné de soldats avides de butin et de bannis altérés de vengeance. Lorsqu'il était au delà des mers, il ne manifestait que la volonté de rétablir l'ordre et de réintégrer les sénateurs dans leurs prérogatives ; mais, une fois arrivé à Brindes, avec 1 20 vaisseaux, 4 0,000 vétérans et 6,000 chevaux, il parait qu'il fut assailli par le sou\enir de tous les maux et de doutes les persécutions qu'il avait éprouvés. Il écrivit au sénat une lettre dans laquelleilénuméraittous
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ses exploits : « Et qu'elle récompense en ai-je reçue, disait- il? « Ma tête a été mise à prix, mes amis égorgés, ma femme court trainte d'errer avec ses enfants loin de sa patrie ; on a démoli « ma maison, confisqué mes biens, abrogé les lois de mon court sulat. Vous me verrez bientôt aux portes de Rome avec une « armée victorieuse, prêt à venger vos outrages, à punir les tyrans « et leurs satellites. »
Rome trembla; elle envoya une ambassade à Sylla pour l'apaiser, mais en vain; elle réunit alors 100,000 hommes, sous les consuls Junius Norbanus et Cornélius Scipion. Mais l'armée du premier fut mise en déroute, et celle du second passa du côté de Sylla, auquel se joignit encore le jeune Cn. Pompée avec les nombreux clients qu'il avait dans le Picénum , après avoir vaincu trois armées qui s'opposaieut à son passage. Sylla honora l'heureux jeune homme du titre d'imperafor^ pour flatter la faction des nobles dont il était le représentant.
Les partisans deMarius, à la vue des troupes et des citoyens les plus considérables, qui , chaque jour , accouraient vers Sylla, furent déconcertés; Carbon, Norbanus et Marins faisaient tous leurs efforts pour relever leur parti avec le concours des Italiens, qu'ils appelaient de toutes parts à la défense de leur propre cause. Mais les Italiens, qui n'étaient plus électrisés par le cri de l'indépendance, hésitaient entre les deux camps, ou plutôt calculaient de quel côté ils auraient le plus à gagner. Sylla, lion et renard, désorganise le parti populaire par la force et la séduction. Le jeune Marius se réfugie à Préneste, où il est assiégé ; Norbanus à Rhodes, où il se tue, dans la crainte d'être livré à l'ennemi ; Carbon en Afrique, puis dans l'île de Cosyra, d'où il est conduit à Pompée, qui, oublieux de ses anciens bienfaits , ou peut-être s'en souvenant trop, insulte à son malheur, puis le fait égorger, bien qu'il permette à d'autres de s'enfuir. La Sicile , abandonnée par Perpennn, se rendit à Pompée.
Sylla, vainqueur de tous côtés, entre à Rome sans coup férir, assemble le peuple, se plaint de tout ce qu'il a souffert, substitue dans les charges ses amis à ceux de Marius, et, se bornant à des menaces , va continuer la guerre. De part et d'autre , c'était le sang italien quicoulait. Les partisans de Sylla savaient que, plus ils extermineraient d'ennemis, plus leur général aurait de terres et d'or pour les récompenser. Les Samnites ne s'étaient pas encore soumis à la fortune de Rome; Pontius Télésinus, à la tête de 40,000 hommes, avait profité de ses discordes pour sauver
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Préneste, où le jeune Marins avait transporté les magasins, l'or et les statues de Rome.
Arrêté dans sa marche par Sylla, Télésinus défila sur Rome, qu'il savait sans défense, en proclamant : « Je n'entends com- « battre ni pour Marius ni contre Syila, mais pour la cause ita- V lienne, afin de venger les massacres de la guerre sociale, et de « détruire cette tanière de loups dévastateurs de l'Italie. » Tous les citoyens sortirent en armes ; mais ils furent repoussés. Sylla, qui survint alors, dut prendre la fuite, en s'écriant : « O Apollon Pythien, n'as-tu élevé si haut Cornélius Sylla que pour l'abandonner devant les murs de sa patrie? » La lutte recommence, il triomphe, et Télésinus, le. dernier héros de la cause italienne, est trouvé parmi les cadavres. Trois mille Samnites offrirent de se rendre, et Sylla accepta, à la condition qu'ils égorgeraient ceux de leurs camarades qui voulaient résister ; ils le firent, puis revinrent auprès de lui, suivis d'un grand nombre de compagnons. Sylla les conduisit à Rome, les renferma dans le cirque et les fit tous massacrer. Pendant ce carnage, il haranguait les sénateurs dans le temple de Rellone ; les voyant murmurer aux cris lamentables des victimes : « Soyez tranquilles, dit-il ; ce n'est rien, je fais châtier quelques factieux. » Et il continua son discours.
Épouvantable exorde d'atrocités inouies ! A Préneste, le jeune Marius et le frère de Télésinus voulurent mourir à la manière des gladiateurs, en combattant l'un contre l'autre, à la fois spectateurs et spectacle. Le Romain tue le Samnite; mais il tombe sur lui et se fait donner la mort par un esclave. Préneste se rend alors à Sylla, qui monte sur ie tribunal pour juger les citoyens du parti contraire ; il ne les écoute, d'ailleurs, qu'autant qu'il le faut pour donner à l'assassinat une apparence de légalité. Puis, fatigué de voir les exécutions marcher lentement , il en fait enfermer des milliers ensemble, ordonne de les massacrer, et assiste lui-même à cet horrible spectacle dont il aime à se repaitre. A l'un d'eux, membre d'une famille dont il était l'hôte, il voulait faire grâce de la vie; mais le Prénestin lui répondit généreusement : « Je ne veux pas devoir la vie au bourreau de mes compatriotes. » Et il se mêla<à ceux qui allaient mourir. Les habitants de Norba, redoutant un sort pareil à celui des Prénestins, mirent le feu à leurs maisons, et, en hommes de cœur, se tuèrent les uns les autres ( l ) .
(I) Le froid Appien Taxoiie lui-même ( B. Civ. r, 94 ) : OïSs (làv outwî Èy^f-a- Tw; àTieôavov.