PROSCRIPTIONS DE SYLLA
Ces massacres terminaient la guerre sociale et même la guerre civile; désormais il n'y eut plus d'Italiens, mais des Romains. De retour à Rome, où les applaudissements du peuple et l'excès de la joie l'empêchèrent de dormir, Sylla réunit les comices et dit : « J'ai vaincu; ceux qui m'ont contraint à m'armer contre la cité, expieront jusqu'au dernier, au prix de leur sang, tout celui que j'ai versé. »
Expier par de nouvelles cruautés les cruautés passées! Le lendemain, on vit affichées des tables avec les noms de quarante des principaux sénateurs et de seize mille chevaliers, dévoués au fer du premier qui les rencontrerait. Tout assassin recevait deux talents, fiit-ce un esclave meurtrier de son maître, ou un fils parricide; les biens étaient confisqués, et les enfants déclarés infâmes jusqu'à la seconde génération. Quiconque aurait sauvé la vie à ses frères, à son fils, à son père, inscrits sur la liste fatale, devait être puni de mort. Le second jour, deux cent vingt autres citoyens furent portés sur les tables, et même nombre le jour suivant. Les temples ne protégeaient plus contre les sicaires et les ennemis particuliers ; l'avidité vint en aide à la vengeance, qui fut atroce et sans but. Le crime du plus grand nombre des proscrits était d'avoir des n)aisons, des thermes, des jardins, des tableaux, un opulent héritage, une belle femme. Un citoyen lit son nom sur les tables : « Ah! malheureux! s'écrie-t-il, c'est ma maison d'Albe qui me perd ! » Il fait quelques pas et tombe assassiné. Lucius Catilina, sénateur dont nous aurons beaucoup à parler, avait tué son frère pour avoir sa succession; afin de voiler l'horreur de ce crime, il fait inscrire sa victime sur les listes par Sylla, auquel en récompense il fournit d'autres têtes : il lui livre Marcus Graditanus, parent de Marius, qu'il bat de verges dans les rues de Rome jusqu'au tombeau de la famille Lutatia, en expiation de la mort de Catulus, tué par Marius; là, après lui avoir coupé les mains, les oreilles, la langue, broyé les os , il lui tranche la tête, qu'il promène toute sanglante depuis le Janicule jusqu'à la porte Carmentale où siégeait le dictateur. A Marcus Plétorius, qu'il voit tomber en défaillance de compassion , il coupe la tête , reçoit la récompense, et va se laver les mains dans le bassin d'eau lustrale placé à l'entrée du temple d'Esculape. Les ossements de Marius furent exhumés et jetés dans le Tibre.
Tout cela se faisait, disait-on, pour régénérer, la république et les mœurs dans un bain de sang. Après avoir tué neuf mille personnes, parmi lesquelles quatre-vingt-dix sénateurs, quinze con-