PROSCRIPTIONS DE SYLLA
sulaires, deux raille six cents chevaliers, Sylla déclara qu'il n'avait proscrit que les individus dont il s'était rappelé les noms, mais que le tour des autres viendrait. Caius Métellus lui dit alors dans le sénat : « Nous n'intercédons pas en faveur de ceux que tu songes à faire périr; mais nous te supplions de délivrer de l'incertitude ceux que tu veux laisser vivre. » Sylla ayant répondu froidement qu'il n'avait rien décidé à l'égardde ceux qu'il épargnerait, MétuUus ajouta : a Nomme du moins ceux que tu ne veux pas tuer. » Et Sylla : « Je le ferai. »
Les villes qui s'étaient prononcées contre lui subirent leur part de cette vengeance insensée ; les unes furent démantelées, les autres frappées d'énormes amendes, ou virent tous leurs habitants proscrits. Douze mille Italiens avaient péri à Préneste, autant à Norba, qu'on livra aux flammes, et Populonie fut détruite. Volterra, forte par sa position sur une montagne escarpée et par ses murailles cyclopéennes, soutint un siège de deux ans, et finit par capituler à des conditions honorables ; le vainqueur n'osa point lui enlever le droit de cité. Le reste de l'Étrurie , exempte jusqu'alors de colonies, devint la proie de soldats avides. A Spolète, Intéramne et Fiésole, les biens de tous les habitants fureut confisqués ; on bâtit dans la vallée de l'Arno, pour qu'elle rivalisât avec Fiésole , une nouvelle ville qui , du nom mystétérieux de Rome, fut appelée Florence. Mais ce fut contre les Samnites, parce qu'ils étaient les plus belliqueux, que, le dictateur se déchaîna principalement ; il renversa les forteresses, démolis les temples et les maisons , en disant que Rome ne serait jamais en sûreté tant que les Samnites formeraient un corps de nation. Il réussit; car cette contrée florissante, frappée au cœur, n'offrit bientôt que des ruines, et le peuple oublia tout, même sa haine contre les Romains, Les dépouilles de tant de victimes procurèrent à Sylla et à sa femme Métella, à Crassus et à beaucoup de ses partisans des richesses immenses : un certain Chrysogonus, son affranchi, eut pour deux mille sesterces les biens de Roscius, qui en valaient six millions.
Après avoir épouvanté les Romains par tant de supplices, Sylla se retira à la campagne en chargeant le sénat d'élire un interroi. Le choix tomba sur Yalérius Flaccus, sa créature, qui proposa de confier à Sylla la dictature, puissance absolue, oubliée depuis i-ent vingt ans. Et le sénat tremblant le proclama dictateur, avec droit de vie et de mort, même sans jugement, de faire des lois, de confisquer les biens et de les répartir, de fonder ou de détruire
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des villes et des colonies, de donner et d'enlever des royaumes ; tout acte émané de lui , dans le présent et l'avenir, était tenu pour ratifié , et ce pouvoir devait durer jusqu'à ce que la république fût constituée, c'est-à-dire tant qu'il lui plairait. Dans le forum, où saignaient encore les têtes de tant d'illustres citoyens, ou lui érigea une statue équestre , célébrant ainsi le triomphe de Kome sur l'Italie, et celui des nobles sur les riches.
Comme dans les lois agraires, on ne se contentait pasde changer les possesseurs des terres publiques, mais on dépouillait de leurs biens les propriétaires légitimes, pour rémunérer les troupes. Les soldats, en effet, n'étaient plus des citoyens qui, au besoin, abandonnaient les champs pour les armes j puisqu'il s'agissait, non de la défense de la patrie , mais de l'ambition d'un général , le devoir d'un citoyen n'était plus d'aventurer sa vie dans de lointaines expéditions, et moins encore de combattre contre d'autres citoyens. Il fallut donc se les attacher par des largesses. D(\jà, après la conquête de Carthage, le sénat avait distribué aux vétélans d'Afrique et d'Espagne deux arpents de terre par tête et pour chaque année de service : premier essai de colonies militaires. Sylla, dans le but de se faire des partisans, avait promis la même quantité de terrain ; il était donc obligé, pour tenir ses engagements, d'exterminer les anciens propriétaires. Les immenses fortunes que les chevaliers avaient accumulées en pressurant les provinces, devinrent la proie de soldats d'aventure ou de sénateurs qui, les uns par l'épée, les autres par l'intrigue, soutinrent les prétentions de l'aristocratie. INon content d'avoir anéanti pour toujours des villes entières, on extermina dans la campagne tout ce qui restait de population libre, afin d'en distribuer les biens à cent vingt mille soldats.
Dans dix ans de guerre acharnée, le fer avait détruit cent cinquante mille Romains et peut-être autant d'Italiens; il n'y avait pas une petite ville que les ravages et les ruines eussent épargnée. Rome enfin avait conquis la prépondérance sur l'Italie, et lui donnait ses lois, sa langue, ses magistrats; mais l'absence de tous les centres de civilisation locale devait amener à Rome une multitude pauvre, turbulente, qui se pressait dans les comices, non pour donner son vote au plus digne, mais pour le vendre au plus offrant.
Ce qu'il y eut de pire, c'est que l'exemple futdonné par un général qui, avec le seul droit du plus fort, bouleversait les lois de la patrie. Une fois tranquille possesseur de l'autorité suprême, Sylla