‹ Histoire des Italiens (volume 3)Chapitre 239 sur 319 · LANGUES ÉTRUSQUES · texte numérisé non relu

LANGUES ÉTRUSQUES

Parmi une foule de monographies allemandes , dont à peine ou connaît les noms , il faut remarquer, à propos des grammairiens latins :

Hertz, Sînnius Capito, eine Jbhandlvng zvr Geschichte des romischen Grammatik; Berlin, 1844; et De P. Nigidii studiis atque operibus ; Berlin, 1845.

Ces érudits et d'autres zélés investigateurs arrivent à des conclusions très-différentes, qu'ils défendent chacun avec la même conviction; cette divergence atteste qu'on n'a pas encore trouvé une vérité absolue, ni même scientifique. L'art des charlatans consiste à n'offrir qu'un seul aspect ; les écoliers ignorants et ceux qui ne lisent que par curiosité se laissent convaincre, parce qu'ils ne savent pas que les mêmes raisons appuient des systèmes diamétralement opposés. Nous croyons , nous , que les langues italiennes dérivent d'une souche commune, mais que, par les habitudes nomades des peuples et les mélanges, elles furent altérées au point de produire des différences sensibles entre le parler des Étrusques, des Ombriens, des Osques, des Volsques , des Latins.

L'incertitude qui règne sur les antiquités étrusques excite moins de surprise lorsqu'on songe que leur langue est un mystère pour nous ; on ne connaît que la signification de deux mots de cette langue : avil EIL, vixit annos. Dans la langue sanscrite, qui est la langue classique et sacerdotale des anciens Indiens , AVi signifle vivre, et bis couper, d'où le grec pa(w, picraw, le latin rof/o et 7^ado, l'allemand reissen, le russe riez-u; ri signifie encore mouvoir, s'écouler, d'où le grec ^^, le latin ruo, le français rue, l'anglais ride. Le ril étrusque pourrait dériver de l'un ou de l'autre , en considérant l'année comme un écoulement de temps, ou comme une division.

D'autres mots étrusques , dont la signification n'est pas bien certaine, sont : antar, aigle ; usil, soleil ; tutas, le verbe tutari ; lar, seigneur; 7iepos, luxurieux; ctow, fils; see fille. Les philologues sont d'accord sur la ressemblance de ces mots avec d'autres d'idiomes vivants , et peut-être en est-ce assez pour rattacher l'étrusque aux langues indoeuropéennes plutôt qu'aux langues sémitiques , comme d'autres l'ont prétendu (1).

(I) Le jésuite Camillo Tarquini, professeur au Collège romain , a fait imprimer naguère/ minleri délia lingua elrusca svelati (1857), où il prétend que cette langue est sémitique et qu'elle a du rapport avec l'hébreu. Il ne se contente pas d'expliquer quelques mots, mais toute la fameuse inscription de San Manno. Voici cette inscription avec la traduction hébraïque et latine en regard :

Cehen Suti Cohen Soti Sctcerdos Suit

Chintiu tues Chintiu toen Quinthim immolavH

1 Sains et Fe taure Sein issi tor Colore igniti tnvri

Laut ne se cale Laut naa se cala Combuslum rite :

CàrelSecûlin ri. Cara Secalim ri </«<t consumtus est :

TABLES EUGUBINES.

Les tables Eugubiaes, découvertes en 1444, sont le moQuinent principal de la langue ombrienne ; cinq sont écrites en caractères étrusques , et les deux plus grandes ( qui renferment le document le plus étendu de la liturgie païenne) en lettres latines, ainsi que onze lignes d'une troisième qui, selon quelques auteurs, n'appartient pas à la série des autres. L'orthographe , l'écriture et le langage de toutes ces tables différent à ce point qu'on les a crues d'époques diverses, mais sans pouvoir déterminer ces époques. Lepsius prétend que les tables en caractères latins sont postérieures à celles de l'alphabet étrusque, et que les dernières appartiennent au sixième siècle de Rome, les premières au quatrième ; mais cette conjecture ne s'appuie sur aucune base solide. Les savants appellent ombrienne la langue dans laquelle elles sont écrites ; mais c'est là une pure convention , fondée uniquement sur le nom du pays où elles furent trouvées. La bizarrerie des formes pourrait , au contraire, y montrer un exemple des écritures mystérieuses usitées parmi les prêtres dans l'antiquité.

Ces tables ont donné lieu aux interprétations les plus bizarres ; Gori, Lami, Bardetti , ont prétendu y lire les lamentations des Pélasges sur les désastres qu'ils avaient éprouvés , et tous leur font subir les changements les plus arbitraires. Par exemple , on lit sur une de ces tables :

CVESTBE TIE VSAIESVESVVVEBTSTITISTE TEEES.

On divise ainsi :

cnestre tieusaies vesuvvebis titiste teîes , Pour interpréter :

cuestor tie oaaç vesum vuehis tiOsj-s deies ,

Aules Lartial Precu turasi

Làrtial isle Ce sutan al Cale nar asi

Et panu làut-ne Purécus ipa Muruts uà Ceru Rumein

Hece tsari Tunùr ce lu Tive tselù i ce tiver.

Eli Lartial

Beraca dores

Lartial isle Ce soten al Cola nur es

Ad pane lahut naa Borec jab Merots u Cara Rumim

Haga tsar Tannur ce lo Tiva tsalai Ros ce diver.

émit pondo ( œris ) ccx Aldus Larda natus favorem implorans

Lartia natus

illudehat.

Sic insectatiis supra

quemadmodum holocaustum

flammœ ignis.

ad facicm combusti rite imprecatus clamavit Presentisce ipse Sic en romani,

Murmuravit adversarius :

Foiiiax sic non dilaniat assalum caput quemadmodum verbum.

438 TABLES EU6UBINES.

C'est-à-dire :

Qiiestor dicit : qiiascumqiœ vobis visum est, constituite dies.

William Bentham a émis récemment, dans l'Académie royale d'Irlande , l'opinion que l'ancien étrusque est identique à la langue hiberno-celtique et irlandaise , telle qu'on la parle aujourd'hui dans ces Ues ; conformément à ce nouveau système , il a donné la traduction de djB la sixième et de la septième table, dont le sujet offre une importance supérieure. Selon lui, ces tables exposent la découverte des îles Britanniques, faite par les anciens Étrusques, et l'usage de l'aiguille aimantée pour la navigation. La sixième commence en invitant à se partager ou à prendre à ferme les terres occidentales , où sont trois îles au sol fertile , avec des bœufs et des moutons en abondance , des daims noirs, outre des mines et de belles eaux. La septième rappelle à la On que les îles découvertes , protégées par la mer contre les ennemis, peuvent favoriser le commerce et offrir un asile si l'étranger envahissait leur pays. L'inscription fut faite 300 ans après le grand bruit souterrain.

La plupart des écrivains y reconnaissent des formules rituelles; mais ils les disposent et les interprètent d'une façon différente. JNous empruntons à la sixième un fragment qui renferme une espèce de litanie, dans laquelle on trouve un parallélisme et le retour de certains mots, à la manière des Hébreux :

Tejodei Grabove.

DeiGrabovi ocreperfisiv tota per ilovina erer nom ne per erar nomne per fossei pacersei ocrefisei.

Di Grobovie tio esu bue peracrei pihaclu, ocreper fisiu totaper iiovina erer nomneper erar nomneper .

Di Grobovie orer ose persei ocrem fisiem pir ortom est toteme iovinem arsmor dersecor subator sent pusei neip hereitu.

Di Graboviepersei tuer per scier va setom est pesetom est peretom est prosetom est daetom est t wer per scier virseto avirseto vas est.

Di Grabovie persei mersei icsu bue peracrei pîliac lu pihafei .

Di Grabovie pihatti ocrer fisier totar iiovinar nome nerf arsyno veiro pequo castruo fri pihatu jutu fons pacer pase tua ocre/isi tote iiovine erer nomrie ero r nomne .

Di Grabovie salvom seriln ocrem fisier totar iiovinar nome nerf arsmo veiro pequo castruo frif salva seritufutu fons paver pace tua ocre fisi lofe iiovine erer nomne erar nomne.

TABLES EUGUBINES. 439

Di Grabov ie tiom esu bue peracrl pichaclu ocreperfisiu totaper ilovine erernomneper erar nomnepe r. .., etc.

Nous répétons que rinterprétation est incertaine ; mais nous donnons la suivante comme étant une des moins improbables :

Jovî Grabovi subooco.

Jovem Grabovem invoco in sacrijicio pro tota jovina (gente),eorum nomine , earum nomine , utitu volens sis , propitius sis sacrijicio.

Jupiter Grabovi, macte esto eximio bave piaciilo sacrijicio pro tota Jovina , eorum nomine , earum nomine.

Jupiter"'' Grabovi , hujus rei ergo quoniam ad sacrificium igni ortus estjovinx, armi desecti subactique sint tamquam sacrijicio uno.

Jupiter Grabovi, prout pesclos mactare Jactum est , positum est, dictum est , mactare pesclos Jas jusque esto.

Jupiter Grabovi, dissecto eximio bove , piaculo piatus esto.

Jupiter Grabovi, piamine sacrificiorum totius jovinx nominibus, agrûm , viri'im , pecus , oppido expiato , Jiasque volens propitius pace tua sacrijicio totius jovinx gentis, eorum nomine, earum nomine.

Jupiter Grabovi, salvo satu sacrijiciorum totius jovinx nominibus arvûm , virûm , pecudum, oppido satum sospita , Jiasque volens propitiios sacrificio totius jovinx gentis eorum nomine, earum nomine.

Jupiter Grabovi , macte esto eximio bove piaculo sacrificio , pro tota jovina génie, eorum nomine, earum nomine.

Grotefend , qui , malgré des études longues et patientes , est bien loin d'avoir obtenu des résultats décisifs, diffère en plusieurs eudroits par la lecture du texte et par la version : voici comment il lit et traduit un morceau :

Teio subocao suboco Dei Grabovi, Fisovi Sansl, Tefra Jovi! ocriper Fisiu, totaper liovina, erer notnneper, erar no7nper : fos sei, pacer sei ocre Fisei, tote liovine, erer nomne, erar nomne. Arsie! tio subocav suboco, Dei Grabove. Asier Jrittetio subocv suboco, Dei Grabove! ecc.

Te botias preces precor, Jovem Grabovem! Fisovem Sansium! Tefram Joviam ! pro monte Fisio , pro tota Iguvina , pro illius nomine, pro hujus nomine, uti sis volens propitius monti Fisio, toti Iguvinx, illius nomini, hujus nomini. Bénévole! te bonas preces

4iO DIVERS DIALECTES.

precor, Jovem Orabovem ! Benevoli Fiducia, te bonus precor, Jovem Grabovem !

La langue la plus répandue dans l'Italie méridionale était l'osque; usitée parmi de nombreuses populations , elle s'étendait même jusque dans le Bruttium et la Messapie, où naquit Ennius qui, selon Aulu-Gelle (XVII, 17), tria corda habere sese dicebat, quod loqui grxce, osce et latine sciret. Les inscriptions nous montrent les éléments du latin étrangers au grec , sous des formes qui perdirent dans le latin des syllabes ou des terminaisons, et avec des flexions inusitées dans le grec. Le jt? est souvent substitué au q , Vei à Yi , Vou à Vu; pid est employé pour guîd, et peut-être opici pour egui. Le i? s'ajoute à beaucoup de mots terminés en o. Les Osques disaient akera , anter, phaisnum, tesaur,Jamel, solum , et les Latins, acerra , inter^fanum, thésaurus , famulus , solus...

Selon Klenze , il n'existe aucune différence fondamentale entre l'osque et le latin; il pense que si nous avions des livres écrits dans la première langue , nous pourrions en comprendre , sinon tous les mots, du moins le sens. On voyait à Rome, en effet , des inscriptions dans cet idiome. Pline rapporte qu'on écrivait sur les maisons arse verse , c'est-à-dire arsionem averte ; on ne cessa jamais de représenter en osque des farces , dont le peuple s'amusait grandement.

Strabon, même au temps de Tibère, écrivait, liv. V de ?,d. Géographie : « Bien que le peuple osque ait péri, sa langue reste parmi les « Romains, si bien que , pour obéir à un vieil usage, on s'en sert sur la " scène pour des chants et certaines pièces dramatiques. » L'osque était peut-être la langue fondamentale de l'Italie , c'est-à-dire du peuple, qui ne cessa d'en faire usage même alors que les personnes instruites et les écrivains employaient le latin ; quand les désastres eurent affaibli la culture intellectuelle et forcé la cour de s'éloigner , l'osque prévalut enfin, et serait ainsi devenu le père véritable de l'italien moderne.

Les Marses, les Sabins, les Marrucins, les Picéniens parlaient le sabellique , peut-être identique au volsque , mais différent du samnite , qui était osque; Tite-Livedit, en effet (X. 20), qu'on envoya pour espionner rarraée samnite des hommes gtiari oscx linguœ. Varron , au contraire , n'établit qu'une affinité entre ces deux langues , en disant sabina usque radiées in oscam llnguam egit [de Lingua lat., VI, 3). Les Volsques devaient parler un dialecte quelque peu différent , puisque le poète Titinius, contemporain de Caton l'Ancien, dans un passage rapporté par Festus , au mot oscum , écrit que les peuples qui habitaient dans le voisinage de Capoue , de Terracine et de Velletri , obsce et volsce fabulantur, nam latine nesciunt. LesBruttiens parlaient l'osque et le grec ; de là l'épithète de bilingues Bruttiates ( Festus). On cite le mot hîrpus , loup , comme également en usage chez les Falisques et les Samnites (Denys d'Halicarnasse , 1, 21 ). Servius attribue

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