DIFFÉRENCES GRAMMATICALES
Notre assertion , que l'italien moderne est le langage vulgaire de Rome antique , trouve un nouveau point d'appui dans ce fait , que la plupart des inscriptions appartiennent à des chrétiens, c'est-à-dire à des gens illettrés. Or la proposition de Quintilieu : « On prononce mal ce qu'on écrit mal «, peut être retournée ainsi : « On écrit mal ce qu'on prononce mal. >>
S'H en était ainsi dans le voisinage de Rome , que devait-il se passer dans les provinces, éloignées du centre où l'on parlait et prononçait le mieux, où survivaient les anciens dialectes? Érasme raconte que des ambassadeurs, qui étaient venus de plusieurs contrées de l'Europe pour féliciter Maximilien d'Autriche à l'occasion de son avènement à l'empire , prononcèrent tous un discours en latin , mais avec la prononciation de leur pays, en sorte qu'on crut que chacun d'eux s'était exprimé dans sa langue maternelle. Cet exemple peut faire comprendre combien l'idiome romain , sans parler de l'orthographe , devait subir d'altération dans des bouches si diverses , d'autant plus que les écrivains, à mesure que la culture intellectuelle s'affaiblissait, tenaient moins compte de la forme littéraire que de l'usage de la prononciation.
Mais les innovations introduites dans la manière d'écrire , furent plutôt grammaticales que lexiques : ainsi , on indiquait le rapport au moyen de prépositions, au lieu de modifier les désinences ; l'article était placé devant les noms, et l'on formait avec l'auxiliaire plusieurs temps du verbe actif, et tous ceux du passif. Ces procédés , que l'on trouve dans d'autres langues du tronc indo-germanique , comme le persan et l'allemand , ne devaient pas, sans doute , être étrangers au latin , dont tl ne nous est parvenu que la faible partie qui fut écrite ; mais, dans cette partie même, nous en avons des exemples. Outre les désinences , on employait souvent les prépositions , autant pour la clarté que pour les variétés. Suétone reproche à Auguste d'écrire moins d'après les règles de la véritable orthographe, que selon la prononciation, négligeant des lettres et parfois des syllabes , erreur commune (chap. 88 ) ; il cherchait avant tout à s'exprimer clairement, ajoutait les prépositions aux verbes , et répétait les conjonctions , sacrifiant la grâce à la clarté (chap. 86). Cette habitude n'est pas rare dans les classiques :
TÉRENCE : Ne partis expers esset de nostris bonis. — Si res de
amore secundx essent. — /ilere canes ad venandum. Horace : Caetera de génère hoc. — De mediopotare die. — Rapto
de fratre dolent is.
ViBGiLE : Solido de marmore templa instiluam, festosque dies
de nomine Phœbi. — Ouercus de cœlo tactas. Suétone : Partes de cœna.
Ovide : Arbiter de lile jocosa. — De duro est ultima ferra. —
Nec de plèbe de us. — De cespite virgo se levât. Pline : Gênera de idmo.