ALTÉRATIONS NATURELLES DES LANGAGES
païut daus le pâli et le prâcrit ; les déclinaisons , si bien distinctes dans le sanscrit , se confondent dans le pâli ; beaucoup de mots de la luiitième suivent la première; le passif est rarement eoiployé; la conjugaison n'offre que les temps indispensables, et un seul répond à l'imparfait , au parfait et à l'aoriste du sanscrit.
Comme la dégradation et l'altération de la langue se manifestent par des effets presque semblables dans tous les idiomes de la famille indo-européenne , on y oppose , presque dans tous, le même remède. Là où les cas sont devenus trop rares pour suffire aux besoins de la pensée, de manière que la même terminaison pouvait s'appliquera des cas différents , on a prévenu la confusion eu plaçant des prépositions devant le substantif; là où les modes et les temps simples des verbes ont disparu , on les a remplacés par des composés , formés avec les auxiliaires être, avou', couloir, fa ire, venir. Le bengali, dérivé du sanscrit, en fait un grand usage , et quatre modes en sont formés, le potentiel, Y optatif, Vinceptif, le fréquentatif, et plusieurs temps. Dans Tindostani , dialecte jilus altéré que le bengali et plus soumis aux influences étrangères, on emploie être t\. demeurer ç^owwwq auxiliaires; le passif se forme en répétant le verbe e7/-(î , et a pour auxiliaire le verbe aller. Le persan moderne , dans beaucoup de cas, supplée à l'ancienne déclinaison zeude , semblable à celle du sanscrit, par les prépositions der, he, ez; la voix passive et plusieurs temps composés du passé et du futur se forment avec le verbe être. Le grée vulgaire, qui a perdu le parfait et le plus-que-parfait, forme ce dernier au moyen du verbe ayo/r, et le futur avec nouloir, comme en anglais; il place va divant le subjonctif comme en français que. Daus toutes les langes néo-latines, des prépositions (ftit remplacé les cas lalias, et les auxiliaires être et avoir sont communs a toutes.
Les langues germaniques substituèrent aussi des prépositions à la terminaison des différents cas perdus; toutes employèrent les auxiliaires devoir, devenir ou vouloir pour le futur; et cet usage des auxiliaires fut connu par Ulpbilas, qui , au cinquième siècle , traduisit la Bible en gothique. Les dialectes modernes slaves ont adopté la même réforme. Dans l'antique idiome slavou , ou trouve le prétérit composé avec ie$mi [je suis), et deux autres temps formés avec des auxiliaires. Parmi les dialectes celtiques, l'irlandais, où se conservent les monuments les plus anciens, offre également des formes grammaticales qui manquent à tous les autres, et des vestiges de déclinaisons, surtout le datif pluriel en aibh , analogue au sanscrit ahyhas et au latin a6;<.v. Les dialectes bretons et comiques, plus éloignés du type primitif que le gallois, ont l'auxilaire^e/a/A' , mi a gura dans le cornouaillais, nie a gra dans le breton. Le gallois exprime le passif avec des terminaisons spéciales ; le bietou , qui n'en a pas, se sert du verbe é/re comme les langues néo-latines. Le comique tient le milieu; il possède les formes passives (lu gallois, ^t emploie le verbe être comme le,brelou.
48 i COMPARAISONS.
Les lois générnles de la transformation des langues , qui s'étendent même aux sémitiques, bien que différentes de structure, s'appliquent donc à tous les idiomes indo-européens ; l'arabe et même le chinois offrent quelque chose de semblable.
De tous ces faits, je conclus que la langue italienne ne dérive point de la conquête germanique. Les peuples germains lui imposèrent beaucoup de mots , aidèrent d'une manière indirecte à la décomposition du latin, et produisirent un tel bouleversement que les traditions et les habitudes littéraires qui protégeaient la pureté du langage durent se corrompre ; puis la foruie négligée des classes incultes l'emporta sur l'usage correct de la société polie. Mais la langue latine s'est transformée d'elle-même dans les idiomes néo latins, en vertu de lois générales et non de circonstances particulières.
On peut consulter à ce sujet :
Ampèbe , Formation de la langue française ; Bruce Wh\te, Histoire des langues romanes el de leur littérature ; CiAMPi, de Usu lingux italicse saltem a sœculoquinto.
Nous avons fait ces quelques remarques dans l'intérêt général de l'analogie; maintenant nous allons suivre les transformations de l'idiome italien avant qu'il fût employé pour des travaux littéraires de longue haleine : tache fastidieuse , mais qui pourra servir à l'écrivain qui voudra faire l'histoire de la langue italienne , non d'après des systèmes capricieux , mais d'après la vérité des faits.
Déjà, dans Y Histoire Auguste, on trouve vos ipse , ad fratre suo , ad bellum Parfais inferre; dans Cassiodore , pretiare pour estimer; dans Sidoine, cassure, cervicosifas, papa , serietas. Le code lombard abonde en formes qui se rapprochent de l'italien moderne :
RoTHARis , loi 218. Vadat sibl ubi voluerlù: forme tout italienne, se ne vada.
299. Si quis vitem alienam de una fossa scapellaverit. Ce dernier mot est encore usité en Piémont, comme masca pour strega : striga, quod est masca \ Ibid., 197