LES SIBYLLES
que ces livres remontaient au temps des rois ; écrits sur toile ou sur des feuilles de palmier, et renfermés dans une urne , ils étaient conservés dans un souterrain du temple du Copitole. A Tépoque où l'incrédulité religieuse était à la mode , Sylla préposa quinze prêtres à la garde de ces livres; Auguste les fit transférer en grande solennité du Capitule au temple d'Apollon Palatin. Lorsqu'on les consultait, les prêtres devaient se préparer par des rites extraordinaires, c'est-à-dire par le jeûne et la prière : indice qu'ils renfermaient une doctrine plus pure, et c'est peut-être parce qu'elle combattait le polythéisme officiel et vulgaire qu'on les cachait avec tant de soin. On ne sait pas de quelle manière on les consultait, mais il semble qu'on se bornait à ouvrir le volume au hasard et à lire les premiers mots qui se présentaient. Les réponses qu'on obtenait avaient la religion pour objet unique, et rien ne prouve qu'au temps de la république ces liM-es fussent consultés pour des intérêts politiques ou pour deviner l'avenir.
La destruction de ces livres , brûlés pendant les guerres civiles dans l'incendie du Capitole qui eut lieu quatre-vingt-trois ans avant J.-C, iîit considérée comme un malheur public. On songea à s'en procurer une copie; les consuls Octaviiis et Curion réunirent à ce sujet le sénat, qui envoya trois députés dans la Grèce, en Sicile, à Erythrée, à Delphes, à Cumes , pour recueillir tout ce qui restait de ces antiques traditions. Ces fragments formaient plus de 1,000 vers; ils furent triés et coordonnés avec un grand soin , ce qui atteste l'importance attribuée à ces prophéties et à la rénovation des temps qu'elles annonçaient , rénovation qui, selon Plutarque, devait être une palingénésie du monde antique , le terme de la période humanitaire. Ce n'étaient là, peut-être, que des idées populaires, mal accueillies parle gouvernement, qui s'empressa de cacher ces fragments , parmi lesquels s'étaient glissés beaucoup d'éléments impurs , source d'augures et de superstitions pour le vulgaire. Auguste, nommé grand pontife treize ans avant la naissance du Christ, craignant que la paix publique ne fût troublée par cette attente d'un nouvel ordre de choses , ordonna que tous ceux qui possédaient des vers sibyllins, les livrassent, à un jour fixé, au préteur urbain , et il en brûla plus de 2,000 ; il fit revoir les livres authentiques, qui furent fermés dans une double boîte dorée , et déposés sous l'immense piédestal de l'Apollon Palatin. L'empereur Tibère les soumit à un nouvel examen , et leur fit subir une grande épuration . Peu de temps après, on les augmenta d'un nouveau volume. Sous Néron , ils furent dévorés par les flammes; mais on les reforma bientôt. Ils brûlèrent encore au temps de Julien l'Apostat, puis sous Honorius, en 395 après J.-C, et toujours ils furent rétablis. Enfin Stilicon, en 405, livra aux flammes le recueil des sibylles , et depuis on ne chercha plus à le refaire, attendu que les prophéties étaient accomplies.
Galléus publia, en 1689, à Amsterdam, le recueil des vers sibyllins, parmi lesquels un grand nombre de faux, spécialement ceux qui