‹ Histoire des Italiens (volume 3)Chapitre 39 sur 319 · COLONIES PHÉNICIENNES · texte numérisé non relu

COLONIES PHÉNICIENNES

Campaniens , ils prirent d'assaut dîmes la Grecque ; sous le nom de Mamertins, c'est-à-dire soldats de Mars, ils se mirent à la solde de quiconque avait besoin de combattants ; ils répandirent jusqu'à Pœstum leur propre langue, qui, peut-être, était la même que parlaient les Ombriens, les Osques, lesDauniens, les Peucètes, les Messapes , tous habitant la Japygie, c'est-à-dire le sud-est de la péninsule, dont Strabon ne fait qu'un seul mot (ôaoY)wTTouç). Probablement ils étaient Pélasges, puisque, à l'embouchure du Sile, il y avait un temple consacré à Jason , héros pélasge comme Diomède, auquel on attribuait la fondation d'Argirippa {Arr/oshippium). Les Dauniens demeuraient autour du mont Gargano; venaient ensuite les Peucètes ; puis, sur la péninsule qui forme le talon de la botte italienne, aujourd'hui pauvre de culture et d'habitants , florissaient les Messapes , dont les villes nombreuses étaient : sur le littoral adriatique, Guathia (Fasano), Brindes, Valetium (Baléso) , Otrante; sur le golfe de Tarente , la ville qui lui donne son nom, Neretum (Nardo), Aletiura (Alizza), Uzentum ; dans l'intérieur, CËesium,Uria, Rudiès fRuggie), Vaste (Basta) (l). Ils étaient gouvernés par un roi, magistrat suprême, qui remplissait aussi les fonctions sacerdotales, comme dans l'âge héroïque des Grecs.

Les Lucaniens occupèrent l'extrémité de l'Italie, du Silare au Lao, qu'on appelle aujourd'hui la Basilicate; ils avaient subjugué les OEnotriens,etrestaientlesennemis déclarés des colonies grecques et des tyrans de Syracuse. Les troupeaux de l'Apulie et de la Calabre descendaient l'été dans ces pâturages. La partie la plus alpestre, où les arbres donnaient la meilleure poix et le meilleur bois de construction pour les navires , resta occupée par les Brutiens.

Déterminer l'origine et les confins de chacun de ces peuples, est chose aussi impossible que superflue; Horace, né à Venusium, au pied du mont Vulture, qui formait la limite entre les Hirpins, les Lucaniens et les Apuliens, ne savait pas dire si sa patrie appartenait à l'Apulie ou à la Lucanie (2). Souvent, les noms sont

Jules Stein, Be Capuœ gentisrjue Campanoritm historia alitiqiiissima ; Brcslau, 1838.

(1) Galanti, Descrizione del coniadn diMolise.

(2) Lucanus au Appulus, anceps, Nara Venusinus arat linem sub ulrumque colonus Missus ad hoc, pulsis ( vetas est ut faraa ) Sabellis.

{Satir., liv. ii, 1. 35.)

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changés, et les Grecs, en général, appellent Ligures ceux de la haute Italie, Ausones ceux du midi. Tant de diversités ont certainement ajouté aux obstacles qui ont empêché l'unité de s'introduire dans l'Italie, malgré de longs siècles de luttes, de conquêtes, de violences, de malheurs.

Parmi les peuples anciens, les plus commerçants furent les Phéniciens , dont l'industrieuse activité avait peuplé la lisière de la Syrie, où ils bâtirent Tyr et Sidon ; puis, sur la cote septentrionale de l'Afrique , ils élevèrent cette Carthage qui joue un si grand rôle dans les destinées italiennes. Les Phéniciens remplirent le monde de leurs colonies commerçantes, dont la trace est symbolisée dans les voyages de l'Hercule-Tyrien , lequel, dit-on, pour aller combattre le fils de Chrysaorus en Ibérie, traversa le détroit de Gadès, où il dressa les fameuses colonnes d'Abyla et de Galpé comme limites du monde et de l'audace humaine; il soumit l'Espagne, d'où il revint par la Gaule, l'Italie et les îles de la Méditerranée. En effet, une route commerciale, très-ancienne, à travers les Alpes, servait au commerce, et se prolongeait jusqu'à la Baltique, comme le ferait croire l'ambre qui, de là , se transportait en Italie. Nos îles, par les avantages qu'elles offrent, furent aussi l'objet de l'ambition des Phéniciens, qui demeurèrent longtemps dans la Sicile, où ils introduisirent le culte d'Astarté, connue dans l'ile sous le nom de Vénus Erycinienne.

De sarad, la plante du pied, on fait dériver le mot Sardaigne, que les Grecs, pour la même raison , appelèrent Ichnusa; elle eut pour habitants les Ilianes, les Tarâtes, les Sossinates, les Balares, les Aconites , qui, peut-être, étaient des peuples Libyques, ou bien ibériques , conduits par Norax , qui fonda la première ville de Nora. Les Grecs, comme d'habitude, attribuaient à leurs héros primitifs l'éducation de la Sardaigne ; mais il paraît qu'ils s'y fixèrent assez tard. C'est après leur introduction qu'ils bâtirent les villes de Caralis (Cagliari) et d'Olbia. Les Phéniciens y établirent des comptoirs de commerce ; puis vinrent les Carthaginois, qui colonisèrent Caralis et Sula , substituèrent aux rites antiques le culte voluptueux et cruel de leurs dieux, et tyrannisèrent le pays (1). Impatients du joug , vêtus

(1) Miinstor, dans; son livre snr la religion des Carthaginois, a un appendice Veber Sardische Idole. Polybe, dans le livre premier, nousn)onfrc l'île trèsllorissante, lorsque les Romains y abordèrent ; Aristote, au contraire, dans le livre de Mirabilibiis, cliap. 105, dit que » les Carthaginois avaient détruit en Sardaigne les arbres fruitiers , et défendu aux habitants , sous peine de mort ,

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