‹ Histoire des Italiens (volume 3)Chapitre 45 sur 319 · RELIGIONS · texte numérisé non relu

RELIGIONS

caractère qui résiste aux bouleversements et entre comme élément dans la civilisation future.

Ce n'est pas seulement par la force et la parenté que les peuples s'unissent et s'organisent, mais encore par les doctrines et les rites. Avec la parole, l'homme reçut dès l'origine les vérités primitives qu'il n'aurait pu acquérir avec les sens, et qui, plus tard, furent offusquées par le péché , lequel mit en desaccord l'intelligence, l'imagination et les sens. Les peuples conservèrent plus ou moins les traces de ces vérités, qu'on peut reconnaître au milieu des erreurs qui les souillèrent. Quelques hommes, ou plutôt quelques tribus représentées dans certains personnages, comme Janus et Saturne en Italie, les conservèrent plus pures , et, en les enseignant , se tirent institutrices des nations. La croyance en un Dieu unique était commune parmi nos ancêtres; mais chaque peuple imaginait ce Dieu sous des noms, des figures, des attributions et des symboles différents. Plusieurs races, soit par la conquête ou par des confédérations, mettaient en commun leur propre dieu, et l'opinion voyait dans ce fait la formation d'un Olympe de divinités. La multiplicité de celles-ci ne fut , dès le principe , qu'une multiplicité de noms selon les langues ; mais de l'adoration d'un Dieu sous des noms divers , il était facile de glisser à l'adoration de divers dieux. Les prêtres et les sages n'y voyaient que des manifestations multiformes de l'Être par excellence , et ils enseignaient ce secret dans les mystères; mais, comme le privilège d'offrir les sacrifices, de consulter les dieux, de manifester leur volonté, devenait une occasion favorable pour dominer le vulgaire et diriger au nom du ciel ses désirs aveugles, on lui enseignait une religion conforme à ses idées grossières et subordonnée à l'intérêt d'un petit nombre. Ainsi les prêtres, entraînés moins par le caprice de tromper que par le besoin instinctif qu'éprouvaient les plus ignorants d'être soumis et de recevoir l'éducation et la direction, faisaient de la science un instrument de pouvoir; de là se formaient les gouvernements théocratiques , merveilleusement appropriés à des peuples enfants , parce que l'oracle de la divinité dispensait du devoir d'expliquer les nécessités et les combinaisons politiques. Et là où Varron, dans ses liuslica, dit que la religion en Italie fut toujours dominée par l'intérêt , je crois qu'il faut entendre que la tendance pratique fut toujours le caractère de notre nation, chez laquelle, d'ailleurs, le but social est même indiqué par le mot latin re-Ugio, c'est-à-dire action de re-lier.

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