FORÊTS. AGRICULTURE
peut-être , vient des Adrianes , et qui est propre à l'architecture italienne] constate une manière de vivre en commun et à découvert; autour du foyer des Lares se réunissaient les enfants, les femmes, qui n'étaient pas enfermées dans les gynécées, et les esclaves eux-mêmes (1), dont le nombre était considérable.
Les environs de Rome étaient couverts de bois. Dans les plus beaux temps de la république , les voleurs se réfugiaient encore au milieu de la forêt Gallinaria en Campanie (2) ; la forêt Cirainienne paraissait à Tite-Live aussi impénétrable et aussi effrayante que celles de la Germanie. Virgile parle de la forêt de Sila , qui ombrageait les montagnes du Brutium l'espace de sept cents stades (3) ; des bois touffus croissaient sur le Gargano et sur les collines qui entouraient Véïes. Deuys d'Halicarnasse admirait les forêts des collines et des vallées de la Cisalpine, d'où l'on tirait de beaux arbres de construction , que l'on faisait arriver par les fleuves qui sillonnent le pajs et contribuent beaucoup au bas prix des marchandises et des denrées (4) ; les Ligures apportaient des troncs de grosseur extraordinaire, et le bois des contrées baignées par la mer Tyrrhénienne était recherché de préférence à celui de l'Adriatique (.5).
Ces bois , dont il ne reste aucun vestige , devaient rendre les rivières moins torrentueuses, et la température plus froide. En effet, Horace voyait une neige épaisse blanchir le Soracte, chose très-rare aujourd'hui. L'an de Rome 480 , le froid fit périr beaucoup d'arbres fruitiers ; la neige dura quarante jours sur la terre, et le Tibre gela; parmi les superstitions, Juvénal note une femme qui rompait la glace pour faire ses ablutions. Columelle avait lu dans l'Agriculture de Saserna que des contrées, où la rigueur de l'hiver ne laissait vivre ni oliviers ni vignes, donnèrent après, grâce à l'adoucissement de la température, des récoltes a])ondantes d'olives et de riches vendanges ((j). A'arrou fait cueillir le raisin dans le Latium vers la fin de septembre, et moissonner à la fin de juin (7) , ce qui serait un peu plus tard
(1) « Positosfjue vernas , dilis examen donnis,
« Circum renidenk-s lares. (Houack, Kpod. ii.)
(2) CicÉKON, Pro Mllone , 50; J'jvknal, m.
(3) En. XII. ; Str\150iV, IV.
(4) Lib I, ('. S.
(5) Pline, JSat. hisl., w, 39, Stkaiion, iv, V; N'itki'Vl,, ii, 10
(6) De rerustica, \.
{!) Dereruslica, \, 21. Pline, xvni, 31.
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qu'aujourd'hui; mais, d'après Columelie, c'était aux ides de janvier que l'on se mettait à labourer et qu'on lâchait le bétail dans les pâturages où l'herbe commençait à pousser; Palladius place aux mêmes ides la semence de l'orge gauloise (i); les calendriers fixent au 25 février le retour des hirondelles, et au 25 août l'apparition de la constellation du vendangeur.
L'agriculture prospéra bientôt eu Italie; le produit principal était le froment , surtout le triticum durum , très-employé sous le nom de far ou adoreum, et le triticum compositiim, si fécond, qu'il donnait à Léontium, en Sicile , jusqu'à cent grains pour un (2); non-seulement la récolte suffisait au pays, mais on expédiait des blés au dehors (3). Le seigle n'était cultivé que par les Taurini (4); l'avoine l'était peu; l'orge ne servait qu'aux animaux domestiques; avec le millet et le panic, richesse de la fertile Campanie, on faisait du pain et des potages.
Les vins étaient abondants et si exquis, que, même après que la Grèce et l'Espagne furent connues, Horace honorait de son goût difficile presque uniquement ceux d'Italie ; et Pline dit que c'étaient les seuls qui figuraient sur les tables impériales. Columelie et Pline ont donné le nom de cinquante espècesde vignes; mais il est diflicile de les signaler, puisque, aujourd'hui même, on ne peut distinguer par leur nom celles que l'on cultive sous nos yeux, La viticulture était l'objet des plus grands soins; on s'étudiait à séparer les espèces , à leur assigner un terrain approprié , afin qu'elles conservassent leurs qualités essentielles.
On cultivait la vigne comme de nos jours : tantôt, on la laissait serpenter à terre; tantôt, on la suspendait à des échalas ou aux arbres, tels que le peuplier, l'orme, le chêne, et l'on réputait meilleur le vin des vignes les plus élevées. Cinéas, ambassadeur de Pyrrhus, goûtant le vin d'Aricie, s'écria : « Je ne suis pas surpris qu'il soit si fort, la mère étant suspendue à une fourche si haute. » Aujourd'hui encore , les étrangers, qui attachent les vignes à des échalas très-courts, s'étonnent de la maladresse italienne ; mais un sol différent exige une culture différente. Supposez en Lombardiedes vignes très-basses, jusqu'à ras de terre, comme
(l)Lib. II, 4.
(2) On envoya d'Afrique à Auguste un pied avec 400 tiges; Néron en eut un de .300 , avec des épis.
(3) Oinn ex Ilalix rcrjionibiis longinqtios in provi)wias commeafus porlubant. Tacite, Ann. \ii.
(4) Pline, h'at. liist. xviii, lo.