JOS RELIGION
ont vu son origine dans celle des Grecs. Poiu nous, elle découle d'une source commune , modifiée par les croyances nationales, le caractère du peuple et le temps. Dans le principe , on n'adorait que les deux Lares pélasges, Vesta et Pallas; plus tard, on adopta le Latin Janus, le Sabin Mars, et , à côté d'eux , une génération de divinités champêtres. En cela, d'abord, la mythologie romaine se distingue de celle des Grecs; et puis, nouvelle différence qui témoigne encore de sa supérioriré , elle attribuait aux Dieux des fonctions analogues à la conservation et au perfectionnement de l'homme (l). Bien plus, à l'imitation des mystères de Samo-
citoyen, accusé d'avoir tué un bœuf pour fêter un débauclié, fut mis à mort. Columelle dit que tuer un l^œuf était une faute capitale. Comment concilier cela avec les nombreux sacrifices de taureaux?
(1) « Les antiques traditions italiques, simples, grossières, quelquefois même obscènes dans la forme, mais de sens profondément expressif, diffèrent essentiellement des iiistoires divines de l'épopée grecque, dominées par un antlnopomorphisme élégant, mais purement extérieur; le sentiment religieux des anciens Romains était de beaucoup supérieur à l'éloquence facile et remplie de fables qui avait envalii la religion des Grecs... Les Romains admirent en grande partie les religions pélasgiques et les conservèrent longtemps. Dans la pompe du cirque, des divinités antiques étaient portées à l'entour, et ils conservèrent certains rites très-vieux et très-expressifs, les augures, l'art de consulter les entrailles des victimes, et d'autres encore, que la Grèce, de bonne lieure , avait presque entièrement oubliés , au moins dans le culte public. En Grèce, la mjtbologie, telle que l'avaient développée les poêles épiques, exerça im empire irrésistible sur les esprits; et, sur les ruines des antiques croyances et d'un profond sentiment religieux , s'éleva la majesté sensible et toutbumaine du splendide Olympe. Au contraire, dans l'Étrurie et à Rome , jamais l'élément poétique , dans la croyance des peuples , ne prévalut sur l'élément mystique, parce que les poètes et les artistes n'acquirent pas beaucoup d'influence sur la religion de l'État, confiée à un sacerdoce vénérable. Les génies élevés et austères de l'antique Étrurie ne pouvaient pas se laisser éblouir par la magique épopée ionique. Lems regards dépassaient les limites étroites de l'Olympe, tel que les poètes l'avaient fait, pour plonger dans les abîmes du ciel et delà ferre. Les pieux et vénérables pères de l'antique Latium, séjour de paix, de félicité, de vertu, ne pouvaient pas, non plus, cbarniés parla mobile imagination des chantres grecs, renoncer à l'habitude deleur religion, aussi simple que leurs mœurs. Pendant plus de cent soixante-dix ans, ks Romains desservirent les dieux de leurs ancêtres, sans avoir besoin d'images (Plutarole, Intima, c. vui. — Saint Augustin, De Ctv. Dei , iv, 31 ) ; et, lorsque les idoles furent introduites dans les niches sacrées, le culte de la grande Vesta perpétua le souvenir de la primitive simplicité. Une flamme ardente et pure dans son temple saint et silencieux suffisait à la déesse, sans avoir besoin ni de statue ni de représentation d'aucune sorte. Lorsque, dans un tremblement de ferre, le mysti'rieux pouvoir des forces cachées de la nature se faisait sentir, le Romain, se repliant sur les croyances de ses pères, d'autant plus profondes qu'elles étaient très obscures, n'invoquait aucun dieu déterminé et
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thrace, on ne considérait comme vrais dieux primitifs que le Ciel et la Terre (l), les deux moitiés du grand Tout, qui est le monde, vulgairement personnifiées dans Saturne et Ops, ou la Bonne Déesse, qui, disait-on poétiquement, avait engendré Junon , Vesta, Cérès, c'est-à-dire les mariages, la maison , la fertilité (2). L'introduction des trois grandes divinités étrusques, qui, dans la suite, furent appelées Jupiter, Junon, Minerve, n'eut pas lieu sans obstacle. Nous avons dit que chaque ville étrusque devait avoir un temple pour chacun des trois dieux; les Sabins en avaient construit d'autres , plus petits, sur le Capitole. Les augures proscrivirent l'un après l'autre ces édifices, qui empêchaient d'agrandir l'enceinte du nouveau temple de Jupiter; cependant , rien ne put faire renoncer au dieu Terme et à la Jeunesse, deux divinités qui appartenaient à ces religions des génies particulières aux anciens Italiotes.
La famille divine, à Rome, ne fut complète qu'après l'expulsion des rois. Elle comprenait douze dieux consentes : six mâles Jupiter, Neptune, Vulcain, Apollon, Mars, Mercure, et six femelles, Junon, Cérès, Vesta, Minerve, Vénus, Diane. On les appelait encore célestes , nobles , grands , dieux des majores gentes. Le culte des dieux selecti ou intermédiaires paraît remonter à l'âge des Tarquins; c'étaient Saturne, Rhéa, Janus, Plutus , Bacchus, le Soleil, la Lune , les Parques , les Génies , les Pénates. Venaient ensuite les dieux inférieurs , divisés en m^?getesetsemones. Aux premiers appartenaient les Dioscures Castor et Pollux, Enée, Quirinus; aux autres , Pan, Vertumne, Flore, Paies, Averruncus , Rubigus. Dans la suite , on y ajouta des êtres moraux , et quelques divinités des peuples vaincus, adoptées principalement après avoir consulté les livres Sibyllins , qui con-
connoiAvLV-GEhLE, Nuits atliques, II, 28. — Denys, Except. xvi, 10, p. 9l); mais, plus tard, au lieu de rester fidèle à l'antique croyance nationale, il préféra courir après des divinités étrangères , et, en imitant les Grecs , il ne leur emprunta qu'une superficie plus on moins brillante. Ainsi , avec l'indifférence pour la religion si auguste , si pure et si morale des vieux Romains , prévalut bientôt , parmi leurs descendants , le mépris des mœurs et des idées antiques, dans tout ce qu'elles avaient de simple, de grave, et de vraiment religieux. Denys d'Halicarnasse a raison de voir en cela l'ime des causes principales de la décadence de la république. » (Ckelzf.r , Symbolique.)
(1) Principes DeiCœlum et Terra. (Vaiikon-, De Lingua lut., y, 57.)
(2) Ex Ope Junonem memoranl Cerereraque creatas
Semine Saturni : tertia Vesta fuit.
(Oviiii:, /'Vk/., V[, 570.)