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tribuèrent beaucoup à altérer la religion romaine. Le caractère des divinités primitives subit un changement; la chaste Anna Perenna revêtit les formes de l'Anna carthaginoise, Murcia devint la Vénus Mirtia , et Flora la voluptueuse Chloris.
La religion romaine, à la différence de celle des Grecs, libre, indépendante et gracieuse , eut toujours un cachet de prosaïsme et d'aridité; entièrement politique, elle fut réduite par les patriciens en un système calculé tout à leur profit. L'ancile, bouclier de Mars tombé du ciel , le palladium , le sceptre de Priam , le char de Jupiter enlevé à Véïes, les cendres d'Oreste, la pierre conique, le voile d'Hélène ou d'Iliona, constituaient les sept gages sacrés de l'existence et de la prospérité de Rome (1). Des souvenirs historiques se rattachaient à chaque fête , et associaient la religion , la politique et la moralité.
Avec Tullus Hostilius, l'histoire se détache des dieux et se fait humaine; cette transformation exprime peut-être la réaction de l'énergie latine contre la domination sacerdotale. Alors Horace , vainqueur des Curiaces, tue sa sœur, liée d'amour à l'un d'eux , et leur père exerce le droit patriarcal en déclarant absous le fratricide ; Métius Fuffétius, qui joue un rôle équivoque entre les Romains et les ennemis, est écarteié; Albe, détruite par la cité sa fille, lui cède la prééminence qu'elle exerçait dans la fédération italique. C'est alors que se manifeste ce merveilleux système de Rome, d'associer les peuples étrangers au droit de cité, et d'envoyer des colonies au milieu des vaincus, étendant ainsi la patrie qui, plus tard, devait embrasser le monde entier. Mais Tullus Hostilius, qui voulait usurper les fonctions du sacerdoce et les rites fulguraux , tombe frappé de la foudre, ou victime de la jalousie sacerdotale.
Ancus Maitius présente une double physionomie. l\ conquiert et bâtit tout à la fois; il ouvre le port d'Ostie, quoique, longtemps après, nous trouvions les Romains sans marine; il publie les mystères de la religion, et cependant des siècles s'écoulent avant qu'ils soient communiqués aux plébéiens; il établit les Latins sur l'Aventin , et pourtant, longtemps après, on fait passer la loi qui distribue aux plébéiens les terres de cette colline. Quoi qu'il en soit, Ancus Martius introduit à Rome des familles étrusques, qui font sentir la supériorité de l'esprit sur la force ; et un lucumon acquiert une telle prépondérance ,
(1) C\NCELUF.Ri , Le sette cosp fntoU di Roma anfica.
ANCUS MARTIUS, TARQUIN L'aNCIEN ET SERYIUS. III
qu'il parvient à lui succéder sous le nom de Tarquin l'Ancien.
Son règne est un âge étrusque, qui succède à l'âge mythologique et sabin. Le patriciat sacré des lucumons de Tarquiuies fait l'éducation du guerrier des Quirites , introduit les arts et les commodités d'un peuple civilisé ; à un règne de peu d'années on attribue des constructions auxquelles beaucoup de générations suffiraient à peine. Tarquin soumet les Sabins, les Latins, lesÉtrusques, et néanmoins, peu après, la seule Clusium conduit Rome sur le bord de sa ruine ; et il faut dix ans pour triompher de Véies. Cependant, malgré dépareilles contradictions, il est permis de supposer que Tarquin (nom générique des Etrusques, à la fédération desquels Rome elle-même pouvait appartenir) avait donné à la ville, avec le gouvernement militaire, laforce ou l'union, dont il avait essayé en vain de doter l'Étrurie, en la mettant à la tète d'une ligue qui comprit quarante-sept villes , celles peut-étre'qui , d'abord, avaient embrassé la cause d'Albe.
Cœlius Vibenna, banni de l'Étrurie, avait envahi Rome à la tête de ses clients et de ses esclaves. Après sa mort, Mastarna, qu'il avait eu d'une esclave , réunit sa bande, et fit si bien qu'il parvint à se faire roi de Rome sous le nom de Servius Tullius. Ce fait, ignoré de Tite-Live et des historiens ordinaires , nous a été conservé dans un discours que l'empereur Claude prononça lors de l'admission au sénat des Gaulois de Lyon. Ce discours, gravé sur cuivre, et retrouvé dans cette ville, est un témoignage d'autant plus digne de foi, que Claude , comme nous le savons, avait écrit l'histoire étrusque ; mais, d'autre part, pouvons-nous croire à un épisode qui se lie si mal avec le reste?
Quoi qu'il en soit, Mastarna ou Servius se présente à nous comme l'auteur d'une révolution en faveur de la démocratie, ou, selon notre langage moderne , de l'aristocratie pécuniaire, en introduisant la constitution censitaire, qui mesure la valeur des hommes soit originaires, soit étrangers, au poids de l'argent. Les peuples, arrivés l'un après l'autre, s'étaient établis dans des lieux distincts : les compagnons de Romulus, sur le Palatin; les Sabins deTatius, sur le Capitole et le Quirinal; les Latins, pendant le règne de Servius, sur l'Aventin ; les plébéiens , sur l'Ksquilin , et les Albains, sur le Cœlius. Cependant, le droit de cité, dans sa plénitude, était réservé aux trois tribus primitives dont chacune se composait d'une (jena ; mais Servius leur substitua les cfiiatre tribus topiques, qui, du lieu qu'elles occupaient dans la ville, furent nommées Palatine , Ksquiline, Snburrane, Colline. Ceux