TARQUIN LE SUPERBE. EXPULSION DES ROIS
qui ne possédaient rien et les artisans restaient dans ces tribus, tandis que les propriétaires habitaient sur leurs propres terres à la campagne, répartie elle-même en treize tribus rustiques. Ainsi la distinction de Latins , d'Etrusques et de Sabins disparaissait dans l'unique nation romaine.
La tradition attribue à Servius tous les avantages acquis par le peuple dans le cours des siècles : il rachetait les débiteurs tombés en servitude, abolissait les dettes , distribuait les terres aux plébéiens , rassemblait les Latins sur l'Aventin , mont plébéien , qui n'était pas renfermé entre les murailles de Rome , murailles patriciennes et consacrées par les augures. TuUie, épouse de Tarquin, et qui, impatiente de régner, conspire, fait tuer son père, passe avec son char sur son cadavre , indiquerait les aristocrates qui, pour détruire les franchises que Servius avait accordées au peuple , prêtent la main aux lucumons étrusques. Ceux-ci, sous le nom de Tarquin le Superbe, ressaisissent le pouvoir sans consulter les curies, et tuent la liberté , opprimant à la fois nobles sabins , plébéiens latins , et rétablissant les prisons féodales.
Avec les lucumons reparaissent le langage symbolique , les rites et les divinations étrusques. Tanaquil, femme de Tarquin l'Ancien, était une espèce de magicienne, qui prophétisait, enchantait ; à la vue d'un aigle qui enlève la coiffure de la tête de son mari, elle prédit qu'il sera roi. A Actius Navius, augure célèbre, Tarquin demande si la chose à laquelle il avait pensé, était possible; sur la réponse aflirmative : Eh bien! lui dit-il, coupe ce caillou avec un rasoir; et l'augure le coupa. Le fils de Tarquin, après s'être emparé par ruse de Gables (l), dont la grandeur est encore attestée par les murailles du sanctuaire de Junon, fait demander à son père comment il doit se conduire pour tenir la ville assujettie; Tarquin ne répond pas, mais, se promenant dans le jardin, il fait sauter la tète des pavots les plus élevés , et commande aux ambassadeurs de rapporter à son fils ce qu'ils ont vu. Les antiques divinités sont alors expulsées du Capitule, que l'on réserve pour Tina ou Jupiter-Étrusque; Tarquin lui-même, sur le mont Albain, sacrifie le taureau dans les fériés Latines (2). Un serpent sort de l'autel, enlève les entrailles
(1) Selon la tradition vulgaire ; mais Denys a In dans le temple du dieu Fidius le traité conclu avec Gabies. C'était une alliance entre égaux , avec le droit isopolitique , si bien que son territoire conserva le nom spécial de ager (jahinus.
(2) Quoique, au temps de Cicéron , Tarquin ne passAt pas pour le monstre
CESSATION DE l'INFLUENCE ÉTRUSQUE. M 3
des victimes, et le feu sacré s'éteint; ces prodiges font recourir à l'oracle de Delphes.
Et les oracles abondaient dans l'antique Italie, tel, entre autres, celui d'Albunéa et de Tibur (Tivoli); mais ils perdirent leur importance lorsque vint la manie de tout emprunter à la Grèce et à l'Asie Mineure, où se conservaient des prophéties de Musée, de Bacchès, de Tellia, des Sibylles. Peut-être chaque ville avait-elle les siens propres, et suivaient-ils les peuple dans leurs migrations. Une colonie de Cumes, dans TÉolide, porta à Cumes de Campanie ceux de la Sibylle, qui vint offrir ses livres àTarquin; ce roi, après les avoir refusés plusieurs fois, les acheta et les fit déposer dans le temple, pour qu'on les consultât dans les graves circonstances de l'État (1).
Les tribus primitives, soit pour se venger d'outrages personnels, soit parce que les étrangers foulaient aux pieds leurs privilèges , se soulevèrent contre les Tarquins, les expulsèrent, et abolirent le pouvoir sacerdotal. Pour défendre ses nationaux , Porsenna , lare de Clusium , marcha sur Rome, la prit, et la traita si durement qu'il défendit l'usage du fer, excepté pour l'agriculture (2). Nous ne savons pas queile fut la durée du régime militaire, ni comment les Romains parvinrent à s'affranchir; ce qui est certain, c'est qu'après la bataille du lac Régille, où périt la fleur des anciens héros , les patriciens mirent à la tête du gouvernement deux consuls annuels choisis dans leurs rangs.
Les Tarquins personnifieraient donc une domination d'Étrusques; avec eux tomba leur pouvoir, et Porsenna ne parvint pas à le restaurer, puisque les rois furent exilés. Alors cesse l'influence étrusque , et le caractère national se retrempe ; les Romains, affranchis de l'imitation, prennent alors un développement régulier.
que Denjs nous a dépeint : Atqv.e ille Tarquinius , qiiem majores nostri non tulerunt, non crudcUs, non impiits, sed superbus hahitus. Philippicv, in, 'i. Cependant, dans l'oraison /»o Rabirio, on voit, par l'expression de supcrb'issimi et crudelissimi régis, qu'il joignait la cruauté à la superbe.
( 1 ) Yoir V Appendice iv.
(2) Fait opposé an thème vulgaire, mais attesté par Tacite : Aec Porsena, deditmirbe, neqite Galti capta temcrare potuisseitt; et par Pline (;Vrt^ Hisl., xxKiv, 39), fn fœdere qiiod , ej-pulsis rcgibus , populo romano dédit Porsena, nominafim compréhension inveninms, ne fcrro nisi in agricuHuru uterentur.
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