‹ Histoire des Italiens (volume 3)Chapitre 67 sur 319 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

GOUVERNEMENT PATRICIEN, ET SES TRANSFORMATIONS JUSQU'a LA UÉMOCRATIE.

La confuse interprétation des mots de roi , de peuple, de république, de liberté constitutionnelle, empêche de bien comprendre le passage de la Rome royale à la Rome consulaire. Ces rois, ni absolus, ni héréditaires, étaient contenus par le sénat, par les patriciens, par la commune, par les institutions religieuses et nationales, par le lien des, clientèles. La liberté de l'homme était opprimée dans les gouvernements théocratiquesde l'Asie; imposant tout comme volonté de Dieu, ils excluaient la discussion, et traitaient d'impiété la résistance ou la désobéissance. Mais, d'abord, à la différence des chefs asiatiques , les patriciens étrusques réunissaient en eux le double caractère de prêtres et de guerriers. Le Romain va plus loin ; il soumet la religion à l'Etat, et, rompant avec la théocratie, il constitue un corps de citoyens, ip'eres et fondateurs de la patrie, qui choisissent un chef [rex)^ qui les préside quand ils délibèrent, les conduise à la guerre, et rende la justice. Le patricien luimême peut être roi, général et pontife; comme roi, il convoque le sénat et le peuple , juge même les patriciens , mais avec appel au peuple, c'est-à-dire à la communa de leurs pairs (l), et dispose du territoire des vaincus.

Par peuple, on entend les trois tribus, dans lesquelles nous reconnaissons la forme ordinaire des sociétés antiques, constituées d'après la communauté d'origine. Dans le principe , elles se réduisaient à deux, les Rainnense^i et les TUienses, c'est-à-dire les RomaiBset les Sahins ;TullusHostilius y ajouta la troisième, celle des Luceres, lorsqu'il transféra sur le mont Cœlius les Albains vaincus. Au Flamine diale et martial on ajouta le quirinal ; on porta de trois à six le nombre des Vestales dites des minores génies, titre qui était aussi celui des cent nouveaux sénateurs associés aux premiers deux cents , et qui volaient avec

(1) Horace, vainqueur dos Ciiriaces, devait être condamné à mort comme fratricide; mais il lit appel au peuple, qui , eu égard à ses inérit«s, le renvoya absous.

eux. On attribue à Tarquin l'Ancien cette importante innovation (1).

Chaque tribu se divisait en dix curies, espèces de paroisses, qui représentaient les ^ew^es diverses dont se composait la tribu. Cependant, parmi toute une (jens, il n'existait pas nécessairement de lien d'origine et de parenté , comme il arrive parmi nous des individus qui portent le même nom ; dans une même gens , il y avait des nobles à côté de plébéiens issus de mariages inégaux. Ils succédaient aux co-gentes^ morts sans avoir testé, et donnaient leur nom aux affranchis , qui restaient clients.

Un culte commun unissait toute une gens : c'était celui de Minerve, pour les Nautius; celui de Sancus, pour les Fabius ; celui de Fontus, fils de Janussur le Janicule, pour les Fontéius ; celui d'Hercule, pour les Potitius; celui de Vénus, pour les Julius; celui du Soleil, pour la gens sabine Ausalia; l'expiation d'une sœur assassinée, pour les Horaces. Néanmoins, chaque curie avait des solennités particulières , et des sacrifices en commun auxquels devaient assister tous les contributes; on élisait, avec le concours du peuple, un augure, et un curion préposé au culte.

Dans le principe , il existait deux systèmes d'assemblées : les comices curiafes et le sénat. Chaque gens se réunissait dans les premiers, où votaient les patriciens des trente curies. Dans toutes les tribus, la curie et la ^en.s choisissaient trois cents pères conscrits, qui formaient la grande curie, le sénat, autorité législative qui se maintint au milieu de tous les changements de gouvernements.

Les lois régissaient uniquement la communauté, non les étrangers; c'est pourquoi les citoyens de pays alliés avaient besoin d'un patron pour trouver protection auprès des lois et obtenir justice devant les tribunaux de Rome. Ils se faisaient donc les clients de quelque citoyen , de même que les anciens propriétaires subjugués, les délinquants, les esclaves fugitifs et les débiteurs venaient en quelque sorte chercher un asile auprès des lares d'un noble. Le patronat se transmettait par hérédité, et le client devait ol)éissance et dévouement au patron ; il devait concourir au payement de ses amendes, à la dot de ses filles, à son rachat, s'il était prisonnier ; il ne pouvait pas le citer en justice ni être cité par lui, et le témoignage de l'un contre l'autre n'é-

(1) Denys d'Halicvrnasse, ni,r)7, pins digne de loi que Pliilarquc d;ins IS'uma.

tait point admis. Le client manquait-il de moyens d'existence ou de profession? le patron lui assignait une maison et deux arpents de terre à titre de précaire (l) ; mourait-il intestat? son héritage appartenait au patron.

Rome, loin d'exclure les éléments étrangers comme le faisaient les Hébreux et les autres sociétés orientales, tendait à se les assimiler, et ce fut là sa mission providentielle. Aussi, la légende racontait que les compagnons de Romulus portèrent chacun une poignée de la terre natale et la déposèrent dans la fosse consacrée du comitium (2), comme s'ils avaient voulu constituer matériellement une patrie commune. Les cultivateurs des champs voisins, ne pouvant résister aux hostilités de Rome, viennent se mettre sous la protection d'un chef, et s'établissent près de lui, mais sans participer aux droits civils : mariages, puissance paternelle, agnation, successions légitimes, testaments, tutelles, prérogatives de la gens.

Les terres d'un pays conquis appartiennent au domaine public; une partie reste à la commune, c'est-à-dire est donnée en jouissance aux patriciens et à leurs vassaux ; une autre au roi , qui en assigne un tiers aux anciens propriétaires. Ceux-ci, agrégés ou vaincus , forment la plèbe; conduits à Rome, ils en deviennent les inqiiiliiis, mais sans voix, parce qu'ils ne sont pas inscrits dans les curies , qui seules votent. Voilà pourquoi , parmi les plébéiens, on trouve des familles illustres et de grandes fortunes ; aussi , ne faut-il pas les confondre avec les clients ou les vassaux, qui n'entrèrent que plus tard dans la plèbe, à mesure que les familles s'éteignaient et que la liberté s'accroissait.

Dans ces gouvernements aristocratiques, la puissance, par l'extinction des familles , finit par se concentrer dans les mains de quelques individus, qui gouvernent pour leur propre avantage. Afin de les tenir en bride, et pour diminuer les inconvénients de deux peuples distincts vivant ensemble, le roi favorisait la commune plébéienne, de laquelle on tirait la plus grande partie de l'armée, et qui déjà , sous Ancus Martius, formait une portion libre et nombreuse de la nation. Les barrières , d'abord insurmontables, s'abaissèrent peu à peu ; les patriciens, dont les rangs s'éclaircissaient , se recrutèrent parmi les plébéiens, qui les

(1) S'il était vrai que chaque plébéien eût un patron, comme on l'enseigne dans les écoles, l'histoire de Rome, qui n'est que la lutte delà plèbe avec les aristocrates , serait inexplicable.

( >) Pi.i!T\RoiiF , dans Jtomuliis.

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