‹ Histoire des Italiens (volume 3)Chapitre 68 sur 319 · COMICES PAR TRIBUS, COMICES CENTURIATES · texte numérisé non relu

COMICES PAR TRIBUS, COMICES CENTURIATES

fortifièrent au préjudice de leur classe. La première réforme en faveur de la plèbe est celle, comme nous l'avons dit, de Tarquiu l'Ancien, qui augmenta les centuries des chevaliers, remplissant les vides survenus dans les curies par d'illustres familles plébéiennes, tandis que les patriciens conservaient leur division par tribus de famille. Mais Servius Tullius accomplit une réforme radicale , en introduisant les plébéiens comme membres de la cité au moyen du système administratif des tribus, et du système militaire et politique des centuries. H répartit la plèbe elle-même par tribus, non plus d'après l'origine, mais d'après le lieu, y faisant entrer tout riche non patricien, et assignant à chacune d'elles des magistrats, des fêtes et des percepteurs. Pour discipliner cette nouvelle institution , on plaça auprès du peuple des patriciens trente comi/tunes de plébéiens , qui s'assemblaient dans les comices par tribus. Sans doute, le patricien agrégé à la tribu conservait son antique influence, et lui seul, comme versé dans les affaires , était choisi pour les magistratures ; mais il est certain que , par les divisions territoriales, qui ne tenaient plus compte de l'origine , il se trouvait en communauté avec le plébéien.

Afin que tous concourussent à cette organisation faite pour le bien commun, Servius distribua les patriciens, les clients et les plél)éiens de la ville ou de la campagne en centuries qui, dans la mesure du cens, déclaré sous serment, devaient participer au suffrage dans les comices centuriates. Il conserva les six centuries de chevaliers, mais il en forma douze autres de plébéiens, assez riches pour suffire aux besoins de leur équipement militaire ; le reste de la plèbe fut divisé en cinq classes et soumis au système des centuries. Par cette organisation fondamentale, les familles patriciennes se trouvèrent fondues avec la commune plébéienne, ce qui assura les droits et la liberté de cette dernière, sans enlever, pourtant, le gouvernement aux patriciens. Fallaitil voter? le client n'était plus compté comme une seule voix avec son patron , mais il s'unissait à sa propre centurie ; ce n'était plus l'homme de l'atrium, mais le citoyen du forum (1).

Il y avait cent soixante-dix centuries de plébéiens , douze de chevaliers plébéiens et six de chevaliers patriciens. Les centu-

(I) On ne lionve dans aucun écrivain de rantiqiiité que les clients votassent avec les patious; ce fait , d'ailleurs, serait contraire à la coiistitulion romaine, qui repoussa toujours la majorité du nombre, ne plurnnum vah'ant plariDti.

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ries se subdivisaient en deux sections^ l'une des plus jeunes {jiiniorum), comprenant tous les citoyens de dix-sept à quarante-cinq ans, et formant l'armée mobile ; l'autre des plus âgés (senioruin), dans laquelle entraient tous ceux de quarante six à soixante, et qui composait l'armée de réserve. Pour la guerre, la première classe donnait trente centuries de princes [principes], et dix detriaires ( iriarii ). La seconde et la troisième classe en fournissaient quarante, dont vingt pour les hastaires ( hastati ), et vingt autres pour les triaires; la quatrième donnait dix centuries d'hastaires, et la cinquième, trente à'accensi, armées à la légère , organisées en bataillons de trois de front sur dix de profondeur. Ainsi constituée, la légion comptait quatre mille cinq cents hommes , divisés en cinq cohortes de trente centuries chacune, et chaque centurie, de trente hommes. Dans les deux premières cohortes figuraient les princes et les hastaires, appelés guides, parce qu'ils précédaient l'étendard; puis venaient les triaires et les accensi. Ainsi donc, aux plus riches, une plus grande somme de droits, mais aussi plus de charges, soit pour le tribut, soit à l'armée.

Pour les comices , les centuries s'assemblaient dans le champ de Mars, chacune avec son propre centurion ou capitaine. Le sénat proposait les élections ou les lois, qu'elles pouvaient approuver ou repousser, mais sans avoir le droit de proposition ni de discussion ; et lorsqu'elles approuvaient, il fallait encore le consentement des curies. Les patriciens conservaient donc la supériorité; en effet, ayant la majorité des suffrages dans le sénat, et pouvant rejeter dans les comices curiates ce qu'on avait résolu dans les centuriates, ils dominaient le peuple par leur accord. Seuls en pleine possession du droit divin et humain , c'était pour eux seuls qu'ils garantissaient la liberté personnelle et les formes légales delà propriété; d'un autre côté, comme ils n'employaient que des esclaves dans les arts et métiers, ils empêchaient les plébéiens d'acquérir, au moyen de l'industrie , des richesses et de l'importance.

Les patriciens, peut-être, se servirent de la plèbe pour renverser la monarchie sacerdotale (i) ; mais, après l'expulsion de Tarquin le Superbe (complot des patriciens et insurrection contre un chef, mais non pas au profit de la liberté populaire ), rien, dé-

(I) La plèbe pourrait ùlre personnifiée dans Bnitus, plébéien, esclave rebelle.

GOUVEENEMENT ARISTOCRATIQUE. 119

sormais , ne protégea les plébéiens contre l'arbitraire des forts. Exclus du sénat, privés de l'appui du sacerdoce , et n'ayant plus de rois pour les élever a un rang supérieur, que peuvent-ils? Tous les droits concédés dans la première période consulaire, y compris la provocation de Valérius Publicola, nous voulons dire l'appel au peuple, sont, pour qui voit juste , à l'avantage des patriciens . Cette agrégation de races de toute origine qui s'était effectuée tranquillement sous les rois, fut limitée par la jalousie aristocratique , résolue à maintenir la ville dans un état subalterne , et à réduire la plèbe à la condition des clients étrusques. Pour s'affranchir de cette condition , la plèbe dut lutter deux siècles. Dans lebutde conserver les limites, soit des possessions, soit des ordres, l'aristocratie se fortifie parles rites, par les auspices, par les formules d'une précision absolue ; or, comme la plèbe ne connait pas ces paroles légales, ces rites qui sont jndispensablespour rendre les contrats sacrés, elle ne peut avoir ni mariages , ni famille , ni possessions légitimes. Aux aristocrates seuls appartient le droit de la lance [jus quiritmm ] ; eux seuls possèdent le territoire légal, réparti selon les rites sacrés et déterminés par les tombes. Hors de sa limite, la propriété existe sans doute, mais elle ne confère aucun droit civil , puisqu'il n'y a de citoyen véritable que celui qui possède en dedans des limites rituelles.

La religion cesse d'être une affaire exclusivement sacerdotale, pour devenir politique. Sans le concours des prêtres, le patricien lui-même accomplit les rites privés. S'il maudit quelqu'un [sacer esto), celui qu'il a maudit mourra. Il va consulter les prêtres étrusques, confinés dans le temple sans attributions politiques; mais, au besoin, il sait les contredire , et même les châtier comme imposteurs (1).

La famille constitue un lien politique et religieux dont la sévérité ne se retrouve chez aucun autre peuple (2). Le père seul est indépendant [suijuris], et gouverne despotiquement les siens; il peut vendre , battre, tuer ses esclaves, ses serviteurs, ses enfants. Sa femme se rend-elle infidèle, ou boit-elle du vin? il peut la tuer ; un fils lui nait-il difforme? il peut le rejeter, c'est-àdire l'exposer pour qu'il meure ; il peut vendre jusqu'à trois fois un de ses enfants; et cet enfant, quelque poste élevé

(1) Affaire de la statue d'Horaliiis Codés.

(2) Fere nulli alii sunt hoinines , qui talem in filios suos hahenl potestatem qualem nos habemus.

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