‹ Histoire des Italiens (volume 3)Chapitre 71 sur 319 · AVIDITÉ PATRICIENNE · texte numérisé non relu

AVIDITÉ PATRICIENNE

avait reçu de Romulus deux arpents (l), qui, après la république , furent portés à sept.

Années. Familles. Citoyens

361 Au banuisstMTient de Camille 152,573 762,000

410 Durant la guerre des Saninites 100,000 800,000

460 Sons le consulat de Fabius Maximus 270,000 1,350,000

464 A l'instilution des triumvirs 273,000 1,365,000

478 A l'invasion de Pyrriuis 271,224 1,356,000

4 89 Au commencement de la première guerre Punique 292,224 1 ,460,000

501 Durant la guerre de Sicile 297,797 1,485,000

532 A la fin de la première guerre Punique 260,000 1 ,400,000

533 Lorsque les affranchis furent compris dans

les tribus urbaines 270,213 1,350,000

545 Durant la seconde guerre Punique 237,108 1,185,000

549 A l'expédition de Scipion en Afrique 214,000 1,070,000

559 Avant la guerre contre Anliocluis 243,704 1 ,218,000

564 Dans la guerre avec la ligue Étolienne 258,328 1,291,000

574 Avant la guerre de Persce 273,224 1,366,000

579 Dans la guerre d'Illyrie 269,01 5 1 ,345,000

584 Dans la gueire de la Macédoine 312,805 1 ,564,000

589 Après la conquête de Macédoine 337,552 1 ,687,000

594 Après la troisième guerre Punique 328,314 1,641,000

599 A l'alliance avec Massinissa 324,000 1 ,620,000

606 A la destruction de Cartilage 322,000 1,611,000

611 A la destruction de Corinthe 328,342 1,641,000

617 A l'expédition de Scipion en Espagne 323,000 1,615,000

622 A la mort de Tibérius Gracchus 313,823 1,569,000

629 A la mort de Scipion l'Africain 390,736 1,953,000

639 Après la déroute des Allobroges 394,336 1 ,97 1 ,000

664 Après la guerre sociale et l'admission des

alliés 463,000 2,315,000

683 Après la guerre civile de Marins 450,000 2,250,000

703 Après la guerre civile de César et Pompée. 420,000 2,100,000

725 Après l'établissement de l'empire 4,164,000 20,820,000

755 Deuxième dénombrement d'Auguste 4,233,000 21,165,000

725 Troisième dénombrement d'Auguste 4,630,000 23,150,000

800 Sous Claude 6,944,000 34,720,000

800 Sous Vespasien » »

(1) Nexa, c'est ainsi , d'après Niebuhr, qu'on appelait ceux qui servaient

de caution, y compris leur famille, au plébéien débiteur d'un patricien; ils

engageaient leurs biens propres et protuettaieut de satisfaire le créancier par des travaux personnels. Il faut y ajouter le plébéien qui , ne payant pas, était réduit eu servitude par le patricien créancier.

Peut-être avec plus de raison , Vico croit que, dès le principe, les patriciens donnaient aux plébéiens les terres en fief moyennant une redevance annuelle : si la redevance n'était pas payée , les patriciens pouvaient en poursuivre le recouvrement auprès de l'autorité publique et se faire adjuger conmie

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Sans autre source de revenus que les champs et le butin , ils étaient entourés d'ennemis qui , dans les guerres fréquentes, saccageaient leur cabane et leur terre. Dans ces ravages , le plébéien , qui ne pouvait avec les arts vils se procurer de quoi nourrir sa famille, empruntait au patricien sous la promesse de le rembourser la première fois qu'il irait faire une incursion sur le territoire ennemi. Mais si l'occasion ne venait pas, ou si le butin était insuffisant , il se voyait réduit à hypothéquer le petit champ, sur lequel le patricien lui prétait jusqu'à douze pour cent d'intérêt.

Ces patriciens, qu'on nous a représentés dans les écoles comme des modèles de désintéressement , n'aspiraient qu'à agrandir leur domaine. Ceux qui étaient venus du dehors conservaient les biens qu'ils avaient dans leur patrie; d'autres en achetaient aux citoyens devenus pauvres ;, si bien que, l'an 387 de Rome, on jugea nécessaire de publier une loi qui défendait de posséder au delà de cinq cents arpents. Mais , avec les comices par centuries , la passion des richesses ne fit que s'accroître, et le pouvoir politique ne se mesura plus sur la noblesse, mais sur les possessions ; dès lors , pour en acquérir, il fallut faire la guerre ou dépouiller le plébéien. Celui-ci, en effet, ne tardait pas à voir son patrimoine absorbé par les dettes , et, comme garantie , il ne pouvait offrir au créancier que sa personne , c'est-à-dire toute sa famille ( nexus ). S'il laisse passer le terme, comment sera traité le débiteur? « Cite-le en justice; s'il ne vient pas, prends des té- « moins et force-le ; si l'âge ou la maladie le retient, procure-lui « un cheval, non la litière. Que le riche serve de caution pour le « riche ; pour le pauvre, qui voudra. La dette avouée, le jugement « prononcé, trente jours de sursis ; puis qu'on le saisisse et le court duise devant le juge. S'il ne satisfait pas, et que personne ne « réponde pour lui, que le créancier l'emmène et l'attaclie avec « des courroies, ou des chaînes qui ne pèsent pas plus de quinze « livres. Que le prisonnier vive du sien , et donnez-lui une livre « de farine ou plus si vous voulez. S'il ne s'arrange pas , tenez-le M en prison soixante jours , et , pendant trois jours de marché , « présentez-le à la justice en publiant sa dette. A la troisième pu- (i blication, si les créanciers sont plusieurs , qu'ils le coupent en

esclaves les débiteurs retardataires. Les [)uissants étendirent laiilemeiit celte Itrérogative féodale à toute autre espèce de dettes.

Hi LES NEXI.

9 morceaux, s'ils veulent; ou bien, ils peuvent le vendreau delà « du Tibre (l) ».

Dans les temps de disette, d'autres se vendaient eux-mêmes, d'autres émigraient ou se jetaient dans le fleuve; telle était la liberté dont Brutus avait gratiilé le peuple. Mais lorsque l'oppression devient excessive , quel parti reste-t-il à prendre? A l'exemple des Noirs d'Amérique, faut-il incendier les maisons des patrons atroces, ou bien, connaissantia toute-puissance de l'union, présenter une résistance compacte, et acquérir peu à peu le droit? — Les Italiens choisirent le dernier parti.

Un jour, on voit se traîner sur la place un vieillard misérable, hideux , semblable à une bête sauvage , mais la poitrine couverte de cicatrices rapportées de vingt- huit batailles, et avec les insignes gagnées par lui et ses aïeux. Tous le reconnaissent, se pressent autour de lui et lui demandent la cause de ses souffrances ; il répond : — Dans les guerres avec les Sabins , ma maison a été brûlée , et l'on m'a enlevé mon troupeau ; puis, les impôts croissant, chargé de dettes, dévoré par l'usure, j'ai dû vendre mon patrimoine; emprisonné par mou créancier, j'ai été battu de verges, employé à des travaux forcés ou, plutôt, soumis à la torture. »

Les plébéiens , entraînés tout à la fois par l'indignation et le sentiment de l'intérêt personnel , se soulèvent et s'écrient « : —

(1) Le texte , rappoiié par Aulu-Gelle , est précis : Tertïis nundin'is capite pœnas dahant ; si phires forent quibus rens cssct judicalus , secare si relient atqtie partiri corpus addicti sibi hominis permiserunt. Tertiis nundiuis , partes secanto; si plus minusve secue.runt , se fraude esta. Cette prévision de couper plus ou moins , empêche de n'y voir que la division desbicn-J, sectio bonorum ; bien plus, si parmi le; créanciers, un seul restait inexorable, son droit lui était conservé , et il pouvait tuer on mutiler le débiteur. 11 est à croire que la loi fut appliquée lareinent ou jamais , parce que le débiteur se raclictait en consentant au nexum, ou qne les parents et les amis ol'IVaient aux créanciers plus qu'ils n'auraient pu vendre le débiteur; en outre, les tribuns devaient contenir le furieux qui refusait de s'accommoder avec le débiteur.

Une loi du dictateur Pétilius (ou l'etitius ou Popilius), l'an 43;} de Rome, abolit le ncxmn, défendant à l'avenir l'iiypotlièquc sur la personne , et la faisant cesser pour tout débiteur qui jurerait posséder assez pour s'acquitter : Omnes qui bonam copiam jurnrent , ne essent nexi, dissoluli , dit Varron. Les addicti étaient garantis contre les fers, à moins qu'ils ne fussent condamnés pour crime. Dans Plante, le moyen le plus terrible de se faire payer par un mauvais débiteur, c'est l'arfrf^c^/o on prison privée. Penil;mt la guerre d'Annibal, nous voyons encore, dans Tite-Live, que l'on jetait en prison, comme des criminels, ceu\ qui étaient condamnés à restituer de l'argent.

LES NEXI. 125

Comment , nous , les vainqueurs du dehors , nous sommes ainsi traités au dedans ! esclaves , accablés de dettes , telles sont les récompenses de la valeur, telle est la gloire d'être Romains ! »

La terrible entente populaire épouvante les sénateurs, qui s'enfuient; les plébéiens se présentent au consul en lui montrant les traces livides des chaînes et des coups , et le somment de convoquer l'assemblée; les sénateurs ne s'y rendent pas, tant ils sont effrayés , et les plébéiens , trompés, deviennent furieux. Actus Clausus, Sabin, était venu avec trois mille clients, de Cures à Rome, où il avait obtenu vingt-cinq arpents de terre pour lui et deux pour chacun des siens ; agrégé aux patriciens , il en était devenu le coryphée, et conseillait de dompter la plèbe à coups de bâton. Son collègue Servilius, au contraire, recommandait la condescendance ; mais ni celui-ci , ni Valérius Publicola , élu dictateur, ne réussirent à calmer le peuple.

Une irruption des Volsques vint heureusement au secours des patriciens, qui ordonnèrent aux plébéiens de s'armer pour les repousser, promettant de suspendre les poursuites contre les débiteurs qui s'enrôleraient. Les plébéiens se laissent gagner, prêtent le serment et vont à l'expédition ; mais s'étant aperçus du piège , ils se proposent, afin d'éluder le serment de rester fidèles à leurs chefs, de tuer les consuls qui l'avaient reçu. Quelques citoyens , moins exaspérés, leur ayant conseillé d'enlever les aigles qu'ils avaient promis de ne pas abandonner, ils vont les planter sur le mont qui, depuis , fut appelé sacré, y dressent leur camp et restent dans une attitude menaçante. Ménénius Agrippa vint pour les -^ réconcilier, leur exposant la nécessité d'un gouvernement et l'obligation pour tous de lui prêter un concours actif afin de le rendre fort; il y pourvut au moyen de la fable des membres du corps qui , se plaignant de l'oisiveté de l'estomac, tandis que les autres parties travaillaient toutes, résolurent de lui refuser leur service; mais la faiblesse de l'estomac fut la faiblesse et la mort du corps entier. La fable fut comprise des plébéiens; cependant, ne croyant pas que l'estomac dût être l'arbitre de tout le corps , et moins aveugles que dans les siècles éclairés, ils ne voulurent pas se désister avant d'avoir stipulé des conventions avantageuses ; or, à l'imitation de la commune des nobles, qui avaient deux consuls , ils exigèrent deux tribuns avec mission de protéger la commune plébéienne (l).

(I > Les iiremifi A furent JuniiH Bnitiis et Sicinius Belludi!; ; voici reparaître

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