COLONIES, LOIS AGRAIRES, GORIOLAN
les conduisaient à leur destination dans une ordonnance militaire. Arrivés sur le lieu assigné rituellement par les augures, les triumvirs creusaient une fosse, au fond de laquelle ils déposaient de la terre et des fruits apportés de la patrie; puis, avec une charrue au soc de cuivre , tirée par un bœuf et une génisse, ils traçaient d'après les auspices l'enceinte de la future cité. Les colons venaient ensuite qui agrandissaient le fossé , et formaient un retranchement avec la terre extraite; on détruisait leslimiteset les tombeaux des anciens possesseurs ; enfin , la génisse et le bœuf étaient immolés à la divinité que la colonie choisissait pour sa patronne spéciale.
Le sénat prenait soin que la colonie , par toutes les apparences, ressemblât à la mère patrie : les duumvirs tenaient lieu des consuls; les quinquennaux , des censeurs; les décurions , des préteurs , et l'administration était communale ; mais en réalité les colonies n'étaient destinées qu'à servir de pépinières de soldats; Rome seule était l'arbitre de la guerre. Comme les colonies grecques, elles ne se rendaient pas indépendantes à mesure qu'elles se sentaient fortes ; elles n'étaient donc qu'une extension de la métropole. On voyait bien des étrangers , adoptés sous le nom de municipes, s'élever avec moins de faste et de dépendance, mais colonies et municipes restaient agglomérés autour de l'unité de Rome, seule souveraine , comme le patriarche au milieu de sa famille (I).
Cette déportation déguisée suffisait aux plus pauvres , mais ne trompait pas les plébéiens clairvoyants, qui « préférant demander des terres à Rome que d'en posséder à Antium » (Tite- Live), invoquaient la loi agraire. Deux propositions distinctes étaient comprises dans cette loi : la première avait pour objet de faire participer les plébéiens au territoire quirinal, source du plein droit civil (2); la seconde voulait que les terres conquises avec le sang du peuple entier, et dont la meilleure partie avait été usurpée par les patriciens qui , cessant de payer la redevance annuelle, les considéraient comme des propriétés allodiales, fussent vendues ou affermées à tous avec équité.
(1) A\i temps d'Annibal , les Romains avaient cinquante-trois colonies en Italie. Voyez Heyne , De Romanorum pnidentia in colonii.s regendis. — De veterum coloniarnm jure, ejusqiie causïs. Opuscules i et viii.
(2) Le mot italien podere pour fonds, a la même origine au moyen Age en Italie: pouvait qui possédait.'