‹ Histoire des Italiens (volume 3)Chapitre 84 sur 319 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

GitANDE Grèce. — Pythacoke. — Les législateijus.

Ici, l'histoire de Rome nous oblige à examiner les pays méridionaux de la péninsule et de nouvelles civilisations ; en effet, une troisième civilisation, l'hellénisme des colonies, plus splendide et plus vantée, s'unit à la civilisation pélasge, ou grecque antique si l'on veut, et à la civilisation rhasène des Étrusques.

Le génie du peuple grec, qui sut associer, à un degré supérieur, l'instinct du beau à la sagesse de l'ordre, au point de créer tout à la fois les chefs-d'œuvre de la poésie et de la sculpture, et les vrais systèmes des sciences positives et uoologiques, manifesta son puissant besoin de mouvement et d'action par l'envoi de colonies innombrables : depuis l'Asie Mineure jusqu'aux golfes les plus reculés du Pont-Euxin , depuis la mer Ionienne jusqu'au Nil, sur les côtes septentrionales de l'Afrique et sur les côtes méridionales de l'Espagne et de ladaule. Dans ces émigrations, la jeunesse courait après les aventures et la liberté , les négociants après la fortune, les vaincus après le repos. Les républiques envoyaient dans ces colonies les perturbateurs et l'excédant de leur population; ainsi la greffe de ses enfants profitait à l'opulence et à la civilisation de la mère patrie. Dans le nouveau pays, on vénérait les fondateurs, et souvent, par gratitude, on les choisissait pour chefs. Les colons se partageaient le territoire, y faisaient revivre les noms et les coutumes du pays natal, et modifiaient la civilisation grecque d'après le caractère et les besoins locaux. Les colonies formées par les individus que les factions avaient obligés de fuir la patrie se trouvaient affranchies de la dépendance originelle; celles que la métropole expédiait conservaient ses lois, recevaient d'ellescs prêtres et ses magistrats, et lui envoyaient des tributs, des denrées, des sa-

loi COLOiNIES DORIQUES KT AGHÉENNES.

critices annuels. Grâce à l'extension des liens, la métropole et les colonies Unissaient par ne constituer qu'une fédération, unie par l'origine commune et par des divinités communes, dans les vieux temples desquelles on allait offrir des hommages ou demander des oracles.

Placées dans les régions les plus favorables à l'existence, à l'industrie, au commerce, elles prospéraient, et la métropole y jouissait du droit d'importation et d'exportation; en outre, composées de gens actifs et laborieux, comme les émigrés le sont d'ordinaire, elles excellaient dans les arts, l'industrie, lesavoir, la liberté.

Les Grecs couvrirent de pareilles colonies presque toute la lisière de l'Italie (t), et plus encore les côtes de l'occident, moins abruptes que celles de l'orient. Les plus considérables étaient situées sur le golfe de Tarente, dans la partie occidentale de la Japygie, et de là s'étendaient jusqu'à Naples et en Sicile. Jamais aucun pays n'a réuni autant de villes sur un espace aussi étroit ; chacune eut l'importance d'un peuple, et mérita de vivre dans la postérité plus que les grands empires où un despote règne sur des milions d'esclaves.

La famille grecque se subdiviseen quatre branches: lesÉoliens, les Doriens, les Ioniens, les Achéens, qui diffèrent par les dialectes, les constitutions et des usages particuliers; les Doriens prévalurent en Sicile, et les Achéens dans la Grande-Grèce (2).

(1) Au Pirée, on a trouvé naguère un décret qui décidait l'envoi d'une colonie à Adria, sous la conduite de Miltiade, successeur de son homonyme le vainqueur de Marathon, vers l'olympiade cxiii. Cette colonie avait pour but (le créer des marchés de froment et de former une barrière contre les Tyrrliéniens. Bulletin de correspondance archéologique , 1836, p. 135.

Voir Sainte-Croix, Raoul-Rochette, Heyne, P/'o^imoH(?s XV de civitatiim grœcarum per Magnam Grœciam et Siciliam instituas et legibus, dan:> le vol. Il de ses Opuscula ucademica, Gœttingue, 1787. Au Vit vol.de lleeren, traduction française, est ajoutée la Bibliographie complète sur les colonies des Grecs.

Métaponte, par le duc de Luyines et F. J. Uebaco; Paris, 1833, in-lol. n'est pas une monographie complète, mais une élégante exposition des antiquités de ce lieu accompagnée de dessins et de texte.

DoMENico MvuixcoLv PisTOJA, Dellc cosc di Sabiri; Naples, 1845.

(2) Le nom de Grande-Grèce ne se rencontre ni dans Hérodote ni dans Thucydide : il figure pour la première fois dans Polybe, liv. n, c. l')., et Strabon l'attribue à la grande extension des Grecs ; Festus et Servius {ad. /En., i, 573 ) aux nombreuses villes grecques fondées en Italie ; d'autres, à d'autres causes; Delisle, d'Anville, Micali, à ce qu'elle avait plus d'étendue que la Grèce propre; quelques-uns en font honneur ;i la pliilosopliie de Pythagore, née et

0UL0N1E;5 UUKIUL'ES ET ACHÉENNES. TKOIE. loo

La Sicile dut aux Doriensles colonies suivantes : Hybla, Thapsos, Gela, Agrigente, Messine, Tarente. Les Acliéens fondèrent Crotone, Sj'baris, Thunum,qui la remplaça; ces colonies eurent pour filles Laiis, Scydros, Posidonie, Térina, Caulonie, Paudosie. Des Ioniens de Chalcis sortirent Cumes et Naples, Zancléd'où vinrent Himèreet Myles, Naxos qui produisit Gallipoli, Lëoutium, Catane, Eubée, Taormine et Rhégium. Élée et Scylacéum provenaient aussi de la race ionique ; en outre, les Cretois conduisirent des colonies à Brindes, Iria, Salentia et Héraclée , Minoa eu Sicile; les Thessaliens à Crimise et Égeste; les Étoliens à Témèse; les Phocéens à Lagarie.

Une des premières entreprises qu'on attribue aux Grecs, est le siège de Troie, immortalisé dans les poèmes d'Homère et de Vir-

répandue clans cette contrée ; d'autres enfin croient qu'il lui est venu de ce qu'elle précéda la Grèce orientale dans la civilisation et la philosophie. Il parait que ce nom dura jusqu'à la fin du troisième siècle de Rome ; alors chaque contrée tira son nom ^n peuple qui l'occupait.

On n'est pas non plus d'accord sur l'extension indiquée par ce nom ; Synésius, évêque du cinquième siècle (Ep. ad Pfeonium) , dit qu'il était commun à tous les pays oii l'on pratiquait les rites secrets de Pythagore. On divise d'ordinaire la Grande-Grèce en huit régions : Locrienne, Caulonite, Scyilétique, Crotoniate, Sybaritique, Héracléenne, Métapontine, Tarentine; son ensemble embrassait donc l'Apulie , la Lucanie , le Brutiura.

Chronologie des colonies grecques en Italie.

1300 ou 1050, Cumes, fondée par les Chalcidiens d'Eubée; elle eut pour

lilles Naples et Zanclé , d'où sortirent Himère et Myles. 1260 ou 900 , Métaponte , bâtie par les Pyliens à leur retour de Troie, puis repeuplée par les Achéens et les Sybarites.

756 Naxos, par les Chalcidiens.

753 Crotoiie , par les Achéens.

750 Léontium, par des colons de Naxos, et peu apiès Cataue.

732 Syracuse, par les Corinthiens; d'où Acra, Casmène, Camarme.

725 Sybaris,par les Achéens; Thuriuni la remplace en 444.

723 Rhégium, repeuplée par les Messéniens.

707 Tarente , repeuplée par les Lacédémonieiis.

683 Locres, fondée par les Locriens-Ozoles. Ou dit qu'une autre de leurs colonies y fut établie en 757.

667 Zanclé , repeuplée par les Messéniens , et appelée Messine.

645 Sélinonte , par les Mégariens.

605 Gela, par les Rhodiens.

582 Agrigente, par les Gélaniens.

536 Éléeou Vélie, par les Phocéens.

510 Posidonie , par les Sybarites.

444 Thurium , par les Athéniens.

433 Tléraclée de Lucanie, par les ïarentins.

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