PHALARIS, AGRIGENTE
h son ami Chariton, qui lui dit avoir formé le même projet. L'occasion venue , Cliariton s'approche armé du tyran ; il est arrêté, misa la torture, mais il ne révèle pas le nom de ses complices. Ménalippe alors se présente , déclare qu'il a eu la première idée du fait, et que c'est lui qui a entraîné son ami; celui-ci le nie, une dispute s'engage, et le tyran, frappé d'admiration, leur fait grâce de la vie et de la perte de leurs biens, à la condition qu'ils abandonneront le pays (1 ). Tourmenté par les mêmes soupçons, il sévit
534. contre le philosophe Zenon; mais les cris de la victime émurent le peuple, qui se mutina et lapida le tyran.
Après une courte liberté, Agrigente eut pour tyrans Alcmon, Alcandre, enfin Théron, que Pindare, le plus grand poète lyrique grec, et d'autres historiens ont exalté pour avoir défait les Car-
'*''o. thaginois et subjugué Himère, Thrasydée, son filsetson successeur dégénéré, fut vaincu et chassé par Hiéron de Syracuse. Dès lors Agrigente établit un gouvernement populaire sur le modèle de Syracuse , et atteignit au plus haut degré de sa grandeur. Le vin et les huiles qu'elle expédiait en Afrique , la rendirent une des cités les plus opulentes; elle brillait par le luxe, les hommes et les monuments ; aussi disait-on que les Agrigentins bâtissaient comme s'ils ne devaient jamais mourir, et qu'ils mangeaient comme s'ils n'avaient qu'un jour à vivre. Un d'eux, de retour des jeux Olympiques, où il avait remporté des prix , entra dans Agrigente accompagné de trois cents chars , trainés chacun par deux chevaux blancs de race sicilienne (2). Gellias avait dans ses celliers trois cents tonneaux de vin dont chacun contenait cent amphores; il dressait tous les jours un grand nombre de tables, et ses esclaves, à la porte de la ville, invitaient tous ceux qui passaient. Cinq cents cavaliers de Gela traversaient un jour la ville; il les régala tous, et, comme il vint à pleuvoir, il leur donna à chacun un manteau de sa garde-robe (.3). L'abondance
(1) Klign, II, 4 ; Athénée, mu, 8. On regarde comme aporryplie le recueil des lettres de Plialaris, qui, en 1491, furent traduites en italien, à Florence, par Bartolonieo Fonti, puis par Francesco Accolti d'Arezzo. Dodwell et lîeniJey oiitclierclié à (ixer l'époque de Plialaris, mais sans pouvoir y réussir.
(2) Timée, dans Diodop.e, liv. XLII.
(;J) Gellias était petit et fluet; envoyé comme ambassadeur à Centuripe (Centorbi), il fut accueilli par des risées. Sans se déconcerter, il dit : « Agrigente a des personnes belles et d'apparence, mais elle les envoie an\ cités illustres et polies; aux villes petites et discourtoises, elle en envoie qui me ressemblent. » L'abbé Galiani, petit et bossu, lorsqu'il fut présenté à la cour de France comme attaché h r.imbassade de Naple* , excita l'hilarité des cour-
AtïniGENTE, SYRACUSE. 177
eugendra la mollesse. Dans un temps de siège, il fallut défendre aux citoyens , lorsqu'ils allaient à tour de rôle veiller dans la citadelle , d'emporter plus d'un matelas , d'une couverture et d'un oreiller.
Syracuse, fondée par l'Héraclide Archias de Corinthe peu de temps après Rome, était gouvernée par des propriétaires [geomori ) ; mais les esclaves se soulevèrent, entraînés par les démagogues, et les obligèrent à se réfugier à Casmène. Altérés de vengeance, les bannis demandèrent conseil et secours à Gélon, 4S4. tyran de Gela , qui , avec leur appui , s'empara du pouvoir à Syracuse. Pour se fortifier, il appela d'autres Grecs, et transféra dans la ville les riches de Mégare, de Camarine et d'autres cités détruites. Il faisait vendre au dehors les pauvres, disant qu'il est plus facile de gouverner cent riches qu'un seul individu qui n'a rien à perdre. Gélon devint puissant sur mer et sur terre ; il fournit aux Romains, gratuitement, de grandes quantités de blé.
Les Persans, noble et puissante nation de la Grande Asie, aspiraient à soumettre la Grèce. Darius, leur roi, ayant à sa cour Démocède , médecin de Crotone , l'envoya avec douze Persans pour explorer les côtes de la Grèce et celles de la basse Italie colonisée par les Grecs; mais ils reçurent un très-mauvais accueil dans l'Italie, et ne sortirent des prisons de Tarente qu'avec la plus grande difficulté. Cependant le nouveau roi, Xerxès , entreprit de subjuguer la Grèce, et traversa THellespont à la tète d'une puissante armée, La petite, mais généreuse nation hellénique lui opposa une résistance mémorable. Ce fut alors que Gélon offrit aux Grecs deux cents trirèmes, vingt mille fantassins et deux mille cavaliers , à la condition qu'ils lui donneraient le commandement de la flotte alliée; sa demande fut rejetée. Les Carthaginois, qui se trouvaient dans le parti de Xerxès, envoyèrent à Panorme Amilcar, fils de Magon, avec une forte armée navale, afin d'empêcher la Sicile et la Grande-Grèce de secourir la mère patrie. Gélon, à la tète de cinquante mille hommes et de cinq mille cavaliers, le surprit près d'Himère et le battit: cinquante mille Africains restèrent sur le champ de bataille, et les prisonniers furent si nombreux qu'on disait que l'Afrique avait été transplantée en Sicile.
tisans; s'inclinant alors vers le roi , il lui dit : Sire, vous voyez un échantillon d'ambassadeur. On rit, et les Français «lonnent raison et font bon accueil à celui qui les fait rire.
iiiST. DFS rr\i.. r. i. 12
178 GÉLON, niÉRON.
A DOS yeux, la paix honore plus Gélon que la victoire; en effet, dans le traité qui suivit , il imposa comme condition aux Carthaginois de cesser les sacrifices humains. Il distribua les trésors gagnés dans cette guerre aux braves, et en enrichit les temples, surtout celui d'Himère. Les prisonniers furent incorporés dans l'armée, ce qui permit de cultiver de nouveaux champs, d'achever beaucoup d'édifices et de construire à Agrigente un temple remarquable et des aqueducs fameux. Délivré de ces ennemis, dont il accepta même l'alliance, il se préparait à fournir aux Grecs les secours qu'il avait promis, lorsqu'il apprit que leur patriotisme avait suffi pour repousser les hordes immenses des Persans; il congédia son armée, réunit le peuple, se présenta désarmé au milieu de ses sujets armés , rendit compte de sa propre admhiistration et reçut de vifs applaudissements.
Rigoureux dans le principe , il devint doux et juste quand il eut consolidé son pouvoir. Il favorisa l'agriculture et vécut lui-même parmi les campagnards ; il proscrivit sans merci les arts corrupteurs , et mérita que ses sujets l'appelassent leur meilleur ami. Accablé par le poids des ans, il céda le gouvernement à son frère Hiéron, et mourut quelque temps après. Les Carthaginois et le tyran Agathocle détruisirent son magnifique tombeau, mais non le souvenir de ses vertus. 47g Hiéron, son successeur, avait une cour splendide. Il disait que
les oreilles et le palais du roi devaient être ouverts à tous. Il mit un frein à l'éloquence, qui faisait alors sa première apparition, et qui dégénère si facilement en bavardage et en sophismes; il favorisait plus volontiers les arts de l'imagination; aussi, vit-on accourir de la Grèce à Syracuse les poètes Bacchylide, Epicharme, le grand tragique Eschyle, banni de sa patrie , et Pindare, qui dans ses odes exalte sans cesse la générosité d'Hiéron, sa justice, son goût pour la musique et la poésie, parce qu'il ouvrait aux muses les portes de son riche et magnifique palais . Mais les poètes, qu'il avait comblés de bienfaits , jetèrent un voile officieux sur l'avarice et les violences qui tachaient sa conduite. Le pathétique poète Simonide avait acquis la confiance de ce prince, qui voulut connaître son opinion sur la nature et les attributs de la divinité. Simonide demanda un jour pour réfléchir avant de répondre, puis deux, enfin trois, jusqu'à ce que, pressé par Hiéron, il avoua que , plus il y pensait, plus il trouvait le sujet difficile et obscur.
Hiéron attaqua Théron etTrasydée, maîtres d' Agrigente, parce qu'ils avaient donné asile à Polyxène, son frère, chassé par