‹ Histoire des Italiens (volume 3)Chapitre 93 sur 319 · DÉMOCRATIE ET GRANDEUR DE SYRACUSE · texte numérisé non relu

DÉMOCRATIE ET GRANDEUR DE SYRACUSE

illustre pour être capable de dominer. Si les votes le condamnaient, il devait rester banni pendant cinq ans : loi conforme à l'ostracisme d'Athènes, qui, punissant, non la faute, mais la possibilité de la faute, enlevait aux affaires les hommes les plus capables et livrait la République à la foule envieuse et inepte ; mais cette loi fut bientôt abolie.

Située sur un promontoire, Syracuse était entourée de trois côtés par la mer, et dominée par la forteresse Epipoles; de solides murailles, dont le périmètre avait dix-huit milles, défendaient un million deux cent mille habitants. Elle offrait trois ports aux navires de toutes les nations, le Trogile, le petit Marmo, et celui de Néocosies, dont le circuit avait cinq milles; trois cents galères s'y trouvaient à l'aise, et plus de cent navires pouvaient y combattre. Dans l'intérieur, elle se divisait en quatre quartiers , l'Achradine , le Tyché, le Témène, et l'Ortygie ou l'Ile, qui seule forme aujourd'hui la ville, dont la population n'excède pas quinze mille âmes. On l'avait construite avec des pierres tirées des Latomies, qui furent plus tard converties en prisons. On admirait surtout son temple dorique de Minerve , avec deux façades et un péristyle extérieur. Sur le fronton se déployait une immense égide de bronze avec la tête de la Gorgone; les portes, de bois précieux, étaient incrustées d'or et d'ivoire, et embellies de riches peintures; plus tard, Archimède traça sur le pavé une méridienne, où le soleil frappait en droite ligne à l'époque des équinoxes. Lorsque quelqu'un faisait étalage de ses richesses , les Grecs lui disaient en manière de proverbe : « Vous n'avez pas un dixième de ce que possède un Syracusain. » Deux sœurs riches, raconte Athénée, se lavaient à l'une des limpides fontaines ombragées par les cactus et les papyrus. A la suite d'une discussion sur leur beauté réciproque , elles choisirent pour juge un jeune berger; il donna la préférence à l'aînée, qui l'en récompensa en l'épousant, et l'autre s'unit à son frère. Les deux sœurs , auxquelles la partie la plus remarquable de leur corps fit donner le nom de Callipijges, élevèrent un temple à la beauté Callipyge ; c'estdans les ruines de ce temple qu'on a trouvé la fameuse Vénus dece nom. La statue d'Esculape est aussi remarquable. On célébrait, au milieu de banquets somptueux , des fêtes solennelles, dites Canéphories, Thargélies, Cythonéennes.

Les Léontins, jaloux de la puissance de Syracuse et mécontents de se voir privés du commerce, envoyèrent l'illustre orateur Gorgias, leur concitoyen, pour solliciter les secours des Athéniens

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