‹ Histoire des Italiens (volume 3)Chapitre 95 sur 319 · TYRANNIE DE DENYS · texte numérisé non relu

TYRANNIE DE DENYS

lèrent ôo autres. Jamais il ne se fit scrupule de dépouiller les dieux; il prit à Jupiter un manteau d'or massif, en disant : « Il est trop lourd pour l'été et trop froid pour l'hiver. » Il fit arracher la harbe d'or d'Esculape , qui selon lui ne convenait pas au fils d'un père imberbe. Revenant à pleines voiles, après avoir saccagé le temple de Proserpine à Locres, il s'écria : « Voyez comme les dieux favorisent les sacrilèges ! » Avec l'or, il parvint à réunir sous ses étendards jusqu'à deux et trois cent mille soldats , sans compter l'équipage de la flotte. Il projetait d'établir des colonies sur l'Adriatique, et de passer ensuite dans l'Epire et la Phocide pour piller le temple de Delphes ; mais les Carthaginois, ramenés par Magon, interrompirent ses desseins. Denys les vainquit d'abord , et refusa la paix ; mais un oracle lui ayant prédit qu'il mourrait lorsqu'il aurait triomphé d'un ennemi plus puissant que lui, il ne poussa point la guerre davantage et consentit à la paix.

L'administration de Denys fut prudente et vigoureuse , mais arbitraire et violente. Ayant conscience des périls qui environnent le tyran, il ne dormait jamais dans la même chambre; il se fit brûler la barbe par ses filles, lorsqu'il eut appris que son barbier s'était vanté « d'avoir, chaque semaine, la vie de Denys à la discrétion de son rasoir. » Platon , le grand philosophe athénien, voulait persuader à Denys d'élever sur les ruines de la démocratie un État puissant, défaire disparaître les étrangers, Grecs ou Carthaginois, et d'empêcher la langue hellénique de se substituer à l'osque ; dans sa pensée , une oligarchie d'hommes organisés en sociétés secrètes , comme étaient les pythagoriciens, l'aurait aidé dans l'exécution de ce plan. Denys, au contraire, fa\orisait et enrichissait les étrangers influents, qui se faisaient remarquer par les excès du luxe et de la débauche ; négligeant le reste de l'ile, il concentrait toute la vie nationale dans Syracuse : aussi, mécontent du conseiller philosophe, il s'entendit avec le pilote lacédémonieu qui le ramenait en Grèce, pour qu'il le jetât à la mer ou le vendît comme esclave. Et Platon fut vendu , puis racheté par les pythagoriciens , qui lui adressèrent cette admonition : - Un penseur ne doit pas s'approcher des princes, s'il ne sait pas les flatter. »

Les pythagoriciens , bien que leur association fût détruite et qu'on les persécutât, conservaient assez de puissance pour luttei' contre la tyrannie de Denys. Damon , un des leurs , condamné à luort pour un de ces crimes dont les mauvais gouvernements ac-

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cusentceux qui n'en ont commis aucun, demanda la permission, avant de perdre la vie, d'aller rendre visite à sa famille , promettant de revenir à l'heure fixée. Son ami Pythias le remplaça dans la prison comme otage. L'heure convenue était passée, et Pythias demanda d'être conduit au supplice; Damon survient et s'y oppose; Pythias insiste, un combat généreux s'engage, et Denys, frappé d'admiration , les fait mettre en liberté , les priant de l'admettre en tiers dans leur amitié. Pouvait-il y avoir amitié entre deux philosophes et un tyran? Une pythagoricienne , plutôt que de révéler les secrets de la secte, se coupa la langue avec les dents.

Denys, qui ambitionnait toutes les gloires, lut un jour des vers qu'il avait faits au poète dithyrambique Philoxène, et l'envoya aux carrières parce qu'il ne les avait pas trouvés bons. Le lendemain, l'ayant fait amener devantlui, le roi le consulta sur d'autres vers ; après les avoir entendus, le sincère Philoxène se retourna vers ses gardiens, et leur dit: « Reconduisez-moi aux carrières. » Denys sourit, et lui pardonna. Il écouta avec le même calme l'audacieux langage du jeune Dion, qui, l'entendant railler la paisible administration de Gélon, lui dit : « Tu as obtenu la confiance et lempire parles mérites de Gélon ; mais, partes mérites^ on n'aura plus confiance en personne. » Son beau-frère Polyxène, s'étant déclaré son ennemi, prit la fuite; Denys fit appeler Thestasa sœur, et la réprimanda sévèrement comme complice du départ de son juari : « Me crois-tu donc assez lâche , lui dit-elle, pour avoir « craint d'accompagner mon mari, si j'avais connu ses projets cf de fuite? J'aurais partagé ses souffrances , bien plus heureuse « d'être appelée la femme de Polyxène exilé que la sœur de Denys « le tyran. »

Denys, aspirant aux louanges de la Grèce libre, envoya son frère pour triompher dans les célèbres courses olympiques d'Élée, et disputer en son nom la palme poétique, dont ses flatteurs l'avaient déclaré digne; mais, tout roi qu'il était, le goût indépendant des Grecs le siffla , et le rhéteur Lysias entreprit même de prouver qu'il était indigne d'admettre un tyran étranger à concourir dans les jeux olympiques , destinés à reunir les libres Hellènes. Denys, cependant, obtint le prix de la tragédie dans les fêtes de Bacchus; enivré de joie , il donna un festin, à la suite duquel, soit excès ou poison, il tomba mort. Son règne avait duré plus que celui de tout autre tyran. ''^^- Son fils Denys lui succéda sous la tutelle de son oncle Dion ,

digne ami de Platon, et respecté de son beau- frère, parce que

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