TIMOLÉON
le costume d'un simple citoyen , fut la seule qu'il trouva digne 'st d'être conservée. Ayant déposé le commandement, il rentra dans la vie privée ; mais l'autorité de ses conseils dirigea la marche des affaires. Devenu aveugle, les magistrats allaient le consulter; il était l'objet des plus grands honneurs, et l'assemblée du peuple retentissait d'applaudissements lorsqu'il exposait son opinion. Pur de toute ambition personnelle, chose rare, et, chose plus rare encore , sans avoir subi l'ingratitude , il mourut chargé d'années ; lorsqu'on le mit sur le bûcher, le héraut cria : « Le peuple de a Syracuse, reconnaissant envers Timoléon pour avoir détruit les ff tyrans, vaincu les barbares, rétabli beaucoup de villes, donné (t des lois aux Siciliens , a décrété de consacrer deux cents mines « à ses funérailles , et de célébrer sa mémoire tous les ans par « des luttes de musique , des courses de chevaux , des jeux « gymnastiques. )>
Timoléon avait essayé de réformer le pays, non d'après le système de Pythagore et de Platon , mais selon les idées doriennes dans toute leur sévérité ; malheureusement , les mœurs étaient si corrompues , que celui qui n'avait pas toutes les vertus de Timoléon pouvait difficilement gouverner. A'peine eut-il fermé les 3 eux, que le désordre régna partout, au dedans comme au dehors ; Agathocle s'en prévalut pour exercer la tyrannie. C'était un enfant ramassé dans la rue, souillé par d'infâmes habitudes, puis devenu potier; mais par la ruse et la force il se fit une place , et conquit le pouvoir, qu'il conserva longtemps en affectant la popularité. Il abolit les dettes et distribua des terres aux indigents ; il ne voulut ni diadème ni gardes, donnait à tous facile accès, et se faisait servir dans des vases d'argile pour rappeler son origine; mais en même temps il exterminait les aristocrates et les bannis des différentes cités , instigateurs éternels de désordres politiques.
A l'exemple de Denys , il comprit que l'entreprise la plus nationale était l'expulsion des étrangers , et il attaqua les Carthaginois ; mais ceux-ci , bien que dispersés d'abord par une tempête , revinrent sous la conduite d'Amilcar, défirent Agathocle et assiégèrent Syracuse. Que fait alors l'audacieux Agathocle? avec des troupes d'élite, il débarque sur les côtes d'Afrique, brûle ses vaisseaux pour n'avoir de refuge que dans la victoire, et, pendant quatre ans , y continue la guerre sans épargner les atrocités et les trahisons. Mais les villes grecques de Sicile, par leur révolte, suspendent son entreprise ; il revient d'Afrique, où il laisse une armée qui se livre à tous les excès, et qui, furieuse de se
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voir abandonnée , égorge ses deux enfants et se rend aux Carthaginois. Agathocle , pour se venger, massacre en Sicile les parents
•""«• des coupal)les , puis rétablit l'obéissance dans le pays et signe la paix avec les ennemis .
11 fit même des courses en Italie , assaillit Crotone, vainquit les Brutieus , saccagea le pays et se retira. Nous ne dirons pas avec Timée qu'il ne dut son élévation qu'à la fortune; mais il souilla par de sanguinaires cruautés les brillantes qualités de son esprit. La paix qu'il sut maintenir avec une main de fer prouve qu'il connaissait son pays ; son audacieuse expédition sur les rivages des Carthaginois prouve qu'il connaissait ses adversaires. Aussi, comme on demandait à Scipion l'Africain , qui plus tard l'imita, quels étaient les héros qui avaient mis le plus d'intelligence à former leurs plans, et le plus de judicieuse hardiesse à les exécuter, il nomma Agathocle et Denys l'Ancien.
289 Archagathe, son neveu, l'empoisonne et lui succède; mais il
est bientôt assassiné par Ménon , qui tente de se faire proclameipar l'armée. Un autre Icétas attaque Ménon, et l'oblige à se réfugier parmi les Carthaginois. Icétas gouverne neuf ans avec
280. le stratège de la république; puis Thynion s'empare du pouvoir que lui disputait Sosistrate.
Au milieu de ce désordre , de nouveaux tyrans avaient surgi dans presque toutes les villes. Agrigente, qui s'était un peu relevée de ses ruines , se mit à la tête de la ligue contre Agathocle , puis fut tyrannisée par Phyntias, qu' Icétas renversa. Les étrangers qui combattaient à la solde d' Agathocle, favorisés par la discorde et les différentes tyrannies, se rendent maîtres de Messine; séduits par les avantages de la position, ils tuent les hommes, s'y établissent sous le nom de Maraertins, et, soutenus par une légion romaine qui avait traité Rhégium avec la même barbarie, ils soumettent les états limitrophes. Les Carthaginois font des courses jusqu'aux portes de Syracuse, qui appelle à son
272. secours Pyrrhus, roi d'Épire, époux de Lanassa, fille d' Agathocle. Nous dirons plus tard ses exploits.
Les autres villes siciliennes suivirent, comme satellites, le sort des deux principales.
Taormine et Léontiura ,^cités voluptueuses , au territoire fertile, étaient renommées pour leurs vins, et Catane par sa prospérité, jusqu'à ce que l'Etna l'engloutit. Hybla, bâtie par des Grecs de Mégare, produisait un miel aussi vanté que celui de l'Hymette. Camarine, infectée et défendue par un marais,