‹ Histoire des Italiens (volume 3)Chapitre 99 sur 319 · QUELQUES YTLLES SICILIENNES. PRODUCTIONS · texte numérisé non relu

QUELQUES YTLLES SICILIENNES. PRODUCTIONS

devint salubre, par l'écoulement qu'elle ménagea aux eaux, mais fut exposée aux attaques des Syracusains. Empédocle, avec plus de bonheur, assainit lesmarais qui entouraient Sélinonte. Leculte voluptueux de Vénus attirait la foule à Éryx, renommé pour ses esclaves sacrées , dont le trafic lui rapportait d'immenses richesses , et dont la beauté survit encore dans les femmes du mont San-Giullano, peuplé aussi des colombes consacrées à la déesse de l'amour. Au pied de la montagne qui portait Eryx s'élevait Egeste, qui, pour avoir refusé de l'argent à Agathocle, vit ses meilleurs citoyens massacrés, ses femmes coupées en morceaux et ses enfants vendus en Italie. Les Romains changèrent son nom en Ségeste, parce que ces fiers superstitieux avaient peur d'un mot de mauvais augure comme l'était celui qui ressemblait à Egestas; c'est ainsi qu'ils changèrent Malevent en Bénévent. Lais, qui, n douze ans , transportée à Corinthe, devint une courtisane célèbre , était née en Sicile ; les peintres accouraient pour copier quelques-unes de ses beautés. Himère était renommée pour ses bains chauds et comme étant le berceau du poète Stésichoi-e. Ses concitoyens désirant implorer le secours de Phalaris contre leurs voisins, ce poète leur raconta la fable du cheval qui, voulant combattre l'ours , prit l'homme sur son dos : il triompha; mais l'homme avait appris à lui imposer le mors et à le tenir esclave. Enna , entourée de fortes murailles, au milieu d'un riant paysage, célébrait tous les ans avec solennité les fêtes de Cérès, déesse qu'elle avait vue naitre, et dont on avait enlevé la fille pendant qu'elle cueillait des fleurs dans les champs.

Les Phéniciens et les Carthaginois faisaient en Sicile , dès l'origine, un grand commerce d'exportation , et les colonies grecques augmentèrent son industrie. Les fables déjà mentionnées prouvent que , dès la plus haute antiquité on y cultivait le blé , l'olivier, les orangers ; le nom de grenier d'Italie rappelle sa fertilité, si bien que Rome y achetait tous les ans pour neuf millions de sesterces de blé (l). Gèlon offrit de nourrir l'armée grecque tout le temps que durerait la guerre avec les Perses.

(1) Cicéron dit que la dîme du froment de Sicile produisait aux Romains neuf millions de sesterces, le nitiid se Tendant 3 sesterces; ainsi, trente millions de muids, ou 405,000,000 de livres, poids de marc, se tiraient de re tiers de la Sicile qui était soumis à la dime. ( Dureau de la iMallk, Économie politique des Bomains, tom. II, p. 376. )

Aujourd'iiui que la culture est si négligée, on calcule que la Sicile exporte pour 9,000,000 de francs d'oranges, 2 d'huile, outre la soude, le thon mariné, et li^ soufre , qui constitue sa principale richesse.

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Hiéron II donna aux Romains , après leur défaite de Trasimène, trois cent vingt mille boisseaux de froment et deux cent mille d'orge. Diodore attribue la prospérité d'Agrigente à l'huile et au vin qu'elle exportait en Afrique, où la vigne et l'olivier n'étaient pas encore naturalisés. Dans les temps historiques, Anaxilas introduisit en Sicile les lièvres, etDenys le platane (l). On y récoltait un superbe safran, très-recherchéàcausede sa belle couleur, qu'on plaçait après celle de la pourpre, et parce qu'il était un ingrédient précieux pour les mets et les parfums ; le miel d'Agrigente, abondant, exquis, alors que le sucre n'était pas connu, avait aussi une grande importance. La fable et l'histoire mentionnent ses immenses troupeaux et ses fromages ; les chevaux, surtout ceux du territoire d'Agrigente, étaient fort estimés, et si nombreux que, dans les armées siciliennes, la cavalerie s'élevait au dixième des fantassins. Les métaux, les agates, les objets de luxe y abondaient, et Rome, déjà familiarisée avec les triomphes, fut saisie de surprise à la vue des richesses trouvées dans le sac de Syracuse. Nous avons dit combien cette ville était peuplée ; Agrigente , Gela , Himère, Catane, Léontium, Lilybée, avaient proportionnellement une population aussi considérable.

Les belles-lettres fleurirent en Sicile plus tôt qu'en Grèce, etc'est là que le dialecte dorique nous donna ses plus beaux produits (2). A Sparte , chaque année, on lisait publiquement le traité de la République de Dicéarque de Messine (3). Épicharme, qui vécut dans le cinquième siècle , est le premier ou l'un des premiers qui aient donné une forme régulière à la comédie. Il chantait les divinités et les héros (4) ; il traitait les luttes politiques, qu'il faisait aboutir à des catastrophes bien déduites, peignait les caractères, semant ses chants de proverbes anciens et de sentences pythagoriciennes; enfin , il formait ce mélange de profond et de plaisant qui de nos jours est aussi estimé qu'il est rare. Sophron inventa les mimes ; ChoraxetLysiasfurentlespremiersquiétablirent des écoles de rhétorique, dont l'abus se manifesta bientôt ; Platon introduit

(J) Théophraste, IV, 17 ; Pline, xii , 5.

(2) Diodore indique des Doriens et des Éoliens qui sicilianisa'iont.

(3) Suidas, Lexicon ad vocem.

(4) Dans le Busirsie, il dépeignait Hercule vorace : « A le voir manger «comme quatre, engloutir de gros morceaux, le frisson vous prend. Son « gosier murmure, ses mâchoires craquent, ses dents molaires bruissent, ses « canines résonnent, ses narines sifflent, ses oreilles se balancent. » Athf- « NÉE, Deipnosophistes,\, c. 1. Voici le portrait du parasite : « Un signe me

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