‹ Histoire des Italiens (volume 4)Chapitre 104 sur 365 · ARMÉE. FINANCES · texte numérisé non relu

ARMÉE. FINANCES

des ponts et des chemins ; il nvait à sa disposition les deux tiers des foorrages pour la nourriture des chevaux et des autres bêtes de somme qui suivaient rarmée. Les troupes, autant que cela était possible , logeaient chez les habitants. L'homme libre qui ne se rendait pas à l'appel de guerre payait l'bériban de soixante sous; le vassal perdait son bénéfice, le déserteur la vie. Or, comme la plupart n'étaient pas en mesure de payer, ils restaient esclaves , ce qui aurait bientôt détruit les petits propriétaires, si Charlemagne n'eût ordonné que celui qui mourait en cet état fût considéré comme libéré de sa dette, et que son fonds retournât à ses héritiers.

Les vassaux des églises et des monastères suivaient leurs évêques et leurs abbés ; mais Charlemagne, voyant avec déplaisir les hommes de Dieu tremper leurs mains dans le sang , fit réformer cet abus par le pape Adrien , et l'assemblée confirma la défense. Leurs hommes furent alors commandés par le gonfalonier, par le vice domi/ius ou Vadvocaliis. Le haut clergé vit dans cette mesure une spoliation des honneurs qui lui étaient dus, et il chercha toujours à reprendre l'usage des armes, ce qu'il fit dans les temps féodaux , lorsque tout s'acquérait et se conservait par l'épée.

Outre l'hériban , armée qui faisait les guerres résolues par la nation, le roi avait la bande de ses vassaux, soldats volontaires ou stipendiés, qu'il employait partout où il voulait , dans les expéditions difficiles, violentes, dans celles enfin qu'il entreprenait après l'expiration du service de l'hériban ; en outre, elle gardait sa personne et tenait garnison.

Le système des finances était simple. Chaque canton et chaque commune pourvoyaient à leurs dépenses; la chambre royale ne leur fournissait aucune aide pour les routes, pour l'instruction et d'autres établissements , à moins que le roi ne voulût en fonder de ses propres deniers. Les béuéficiers payaient leurs redevances en chevaux, en étotfes, en denrées de tout genre qu'ils transportaient au champ de mai, et que le grand chambellan recevait, non sans en tirer un profit considérable.

La couronne possédait ensuite des terres tributaires et de vastes domaines ou maisons de campagne , dans lesquelles les rois tenaient souvent les assemblées ; ils séjournaient quelque temps dans chacune pour en consommer les produits sur place. Ces domaines comprenaient plusieurs habitations , occupées par des serfs du fisc, ou même par des laboureurs libres, payés en rations

LE CLERGÉ GHANDIT. 1*63

OU par la concession d'une mnnse ; ils obéissaient à un majeur relevant d'un juge fiscal , à qui appartenaient à la fois la gestion générale et la juridiction sur tous les habitants des villages de sa circonscription.

Les hommes d'Etat inhabiles sont poussés par une défiance mesquine à s'opposer aux sentiments de leur époque ; ils s'efforcent d'en retarder les progrès, dans la crainte qu'ils ne renversent une puissance dont l'habitude est le seul appui. Le grand homme, au contraire, connaît son temps, et, loin de s'effrayer de sa marche ascendante, il emploie les éléments qu il lui offre pour consolider l'édifice dont il jette les fondements, et que l'avenir respectera. Gharlemagne vit que le clergé, grâce aux nombreux services qu'il avait rendus au milieu du bouleversement des barbares, avait acquis un pouvoir immense sur l'opinion; loin d'eu prendre ombrage, comme avaient fait les Lombards , il accrut cette influence par les richesses, l'autorité, le respect, parce qu'il reconnut qu'elle pourrait servir ses projets de civilisation et d'unité. Tandis qu'il arrêtait par les armes l'irruption des barbares, les missionnaires entreprenaient d'adoucir par la parole la rudesse farouche des peuples limitrophes; puis il opposait la vénération envers le chef de l'Église à l'affaiblissement des mœurs et de la société. Les églises furent comblées de ses bienfaits; il leur assura ladime, dont le produit devait se partager également entre l'évêque , les prêtres , les fabriques de chaque diocèse et les pauvres, c'est-(à-dire les hospices. Ces établissements étaient administrés et desservis par la charité désintéressée du clergé; ainsi l'accroissement des richesses ecclésiastiques tournait au profit des indigents.

Mais on fait moius prospérer l'Église par des largesses que par l'extirpation des mauvaises herbes qui empêchent le bon grain de se développer. Certains ecclésiastiques dépouillaient les églises de leurs biens, les donnaient à leurs parents ou les détournaient de leur destination; Charlemagne apporta remède à ces abus, comme il prit des mesures pour que les personnes dévotes ne fissent pas de donation au préjudice de leurs héritiers dans le besoin. 11 défendit d'assigner à des laïques des patrimoines ecclésiastiques, si ce n'est à titre précaire, et sous la condition que celui qui en aurait la jouissance, payerait double djnae et conserverait les monuments du culte.

Comme la juridiction était attachée à la propriété des terres, le clergé l'exerçait sur ses domaines de la même manière que les

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