LETTRES
que nous ne conuaissons que par l'extrait de Jornandès , est particulièrement à regretter.
Affligé devoir les sciences Tprofanes pompeusement enseignées, tandis que les maîtres manquaient pour les sciences divines, Cassiodore essaya de combler cette lacune par un cours élémentaire des connaissances propres au chrétien. Il veut que l'on commence par apprendre la sainte Ecriture et surtout les psaumes ; puis, que l'on étudie les Pères et les interprètes sacrés; que l'on ne reste pas étranger à l'histoire de l'Église et des conciles; qu'on y joigne la cosmogonie , la géographie et l'étude des auteurs profanes, avec la discrétion qu'y apportèrent les Pères de l'Église. Les sciences consistent, selon lui, les unes dans l'observation, les autres dans la connaissance et l'appréciation des causes, c'est-àdire qu'elles sont contemplatives ou pratiques. Dans les premières, il comprend l'art de bien dire, au point de vue de la rhétorique et de la dialectique; puis viennent l'arithmétique, la géométrie, l'astronomie et la musique.
Les sciences dont parle Cassiodore ne sont guère qu'indiquées dans son traité : l'arithmétique y occupe à peine deux feuillets, sans aucune application des règles communes , mais avec d'absurdes subtilités sur les vertus des nombres. La géométrie lui fournit quelques définitions et un petit nombre d'axiomes. La grammaire et la rhétorique disent peu de chose et n'ont rien de concluant; la logique est plus étendue et mieux raisonnée. Cette méthode encyclopédique , dont Marcianus Capellalui avait fourni le modèle, fut généralement adoptée, et fit substituer de maigres compilations à l'étude directe des grands écrivains; mais peutêtre lui-même et ses contemporains les plus distingués ne les connaissaient que par les abréviateurs du quatrième et du cinquième siècle.
Les légendes et les Vies des Saints sont un genre nouveau de littérature; très-multipliées alors, elles avaient un but tout pratique, et tendaient moins à charmer l'esprit, à satisfaire la raison, qu'à émouvoir la volonté. Divers récits, dont quelques-uns étaient fictifs, d'autres exagérés ou mal compris , s'étaient répandus sur les héros populaires que l'on appelle saints, comme jadis sur les personnages fabuleux ; parfois l'imagination y voyait des miracles, parfois l'ignorance qualifiait de prodis^es certains faits qui s'expliqu nt naturellement. Ces récits, répétés, amplifiés par la renommée, furent recueillis comme des vérités par des gens qui sentaient moins le besoin de discuter que de croire et d'aimer.