LOUIS 11 ET LES SARRASINS
habitants dans la Cité Léonine, d'où ils retournèrent pins tard dans leur ancienne patrie, à laquelle ils donnèrent le nom de Civita-Vecchia. Le pape fortifia aussi Orta et Araeria; il construisit à Porto deux tours, avec de grosses chaines de l'une à l'autre pour fermer l'entrée du fleuve. Un grand nombre de Corses, que la crainte des Sarrasins avaient amenés dans cette ville, jurèrent de vivre et mourir sous l'étendard de Saint-Pierre. 852. Les Sarrasins, désespérant de prendre Rome, se dirigèrent sur
Fondi, qu'ils sacagèrent, et d'où ils emmenèrent esclaves ceux des habitants dont ils épargnèrent la vie. Ayant mis le siège devant Gaëte, ils repoussèrent jusqu'à Mont Cassin une armée de Spolétaius envoyés contre eux par l'empereur; le berceau des bénédictins aurait péri, si les Sarrasins ne s'étaient pas arrêtés la nuit sur les bords de la rivière, dont les eaux grossirent au point qu'il leur fut impossible de la traverser le lendemain. Gaète fut sauvée par la valeur de Césaire, qui entra dans le port avec les flottes de INaples et d'Amalti, destinées au commerce, mais toujours prêtes à défendre la patrie commune.
Les Sarrasins s'éloignaient chargés de butin, lorsque , sur le point d'aborder à Palerme, ils rencontrèrent une barque montée par deux hommes, l'un vêtu en clerc, l'autre en moine, qui leur dirent : « D'où veaez-vous, et où allez-vous? —Nous venons de « la ville de Saint-Pierre; nous avons saccagé son oratoire, « dévasté le pays, battu les Francs, brûlé les couvents de Saint « Benoit. Et vous, qui êtes-vous? — Qui nous sommes? tout à « l'heure vous le saurez. » Kt aussitôt éclata une tempête furieuse, qui engloutit tous les vaisseaux (1).
D'autres pillèrent Luni avec une telle fureur que cette ville ne put jamais se relever ; son évéché fut transféré à Sarzana. La Ligurie , depuis la M agra jusqu'à la Provence, offrait partout le tableau de la désolation ; d'autres bandes ravageaient aussi la Calabre, la Pouille, le duché de Bénévent. Louis II, sur les prières de l'évêque de Capoue et de l'abbé de Mont-Cassin, vint au secours du pays, tua l'émir Amal mater, se fit livrer par force tous les Sarrasins qui se trouvaient à Bénévent, et les décapita; mais, tandis qu'il perdait son temps à réconcilier les ducs de Bénévent et de Salerne, les musulmans, plus audacieux que jamais, dévastèrent le midi. Un tremblement de terre ayant renversé les murailles d'Isernia, le brave Messar, que l'on excitait
(\) Monac. Anon. ap. Muratoki, u, 266.