LOUIS II IT LES SARRASINS
à profiter de l'occasion pour se procurer un butin facile, répondit : « Eh quoi ! le Seigneur est irrité contre cette ville, et je « voudrais aggraver ses maux 1
Louis, moins généreux, ordonna le supplice de Massar quand il fut tombé en son pouvoir. Soldan (Saugdana) , plus terrible que Massar, vint renforcer Bari, d'où il repoussa les assaillants ; puis il réduisit en cendres Alifa, Telese, Sepino, Boviano, Isernia, Venafro, et fit grâce à Bénévent moyennant un tribut que le prince consentit à payer quand il vit que les Francs refusaient de combattre. Le couvent des bénédictins de Saint-Vincent de Volturno, un des plus riches d'Italie, fut saccagé et détruit ; l'abbé Berthaire, homme de lettres célèbre, avait entouré de murailles et de tours celui de Mont-Cassin , au pied duquel il fonda même une bourgade, qui devint plus tard la ville de San-Germano, où ses nombreux vassaux faisaient la garde ; mais on jugea convenable de se racheter au prix de trois mille pièces d'or.
Les princes de Bénévent et de Salerue, réconciliés, assaillirent gge. Bari, et remportèrent une grande victoire ; mais à leur tour ils furent battus et mis en fuite par les Sarrasins, qui dévastèrent même les principautés, d'où ils emportèrent un butin considérable. Soldan, sorti de Bari avec trente-six vaisseaux, alla ravager i'Illyrie grecque, pillant les villes qui s'étaient soutenues contre les Slaves ; mais les Ragusains leur opposèrent une si longue résistance que l'empereur de Constantinople eut le temps d'envoyer une flotte, devant laquelle les Sarrasins s'enfuirent.
Les Romains, trouvant que Louis II ne les avait pas aidés suffisamment dans les dernières luttes, commencèrent à murmurer et à dire : « Que font pour nous ces Francs? ils ne nous proté- « gent pas contre nos ennemis , et nous dépouillent violemment « de nos biens. Ne vaudrait-il pas mieux appeler les Grecs, et « nous affranchir de la domination de ces étrangers (l)? »
Louis fut informé que ces discours étaient tenus par Gratieu, raaitre de la milice; il accourut donc avec son armée, dans la crainte d'une insurrection. Le pape Léon, malgré l'énergie qu'il savait déployer pour défendre l'Église et la patrie, ne montrait point d'orgueil envers les empereurs ; il faisait dire à Louis :
(1) Quia Franci nihil nobis faciunt boni, neque adjutorium prêchent, sed maijis quas nostra sunt violenter tollunt , qtiare non advoearmis Grœcos, et cum eis fœdus pacis componentes, Francorum regem et geniem de nostro regno et dominatione expelimiusp (Anastase Bibl., Vita Leonis IV, p. 199.)