LOUIS II ET LES SARRASINS
« Si nous avons fait quelque chose sans en avoir le droit , et si « nous n'avons pas rendu la justice à nos sujets, nous le « soumettons à votre jugement et à celui de vos juges. Envoyez- « nous, nous vous en supplions, des commissaires craignant « Dieu, et qu'ils se livrent à de promptes informations sur les « choses grandes et petites, de manière que tout soit examiné et « défini par eux (l). » Enfin il alla au-devant de l'empereur, auquel il rendit les plus grands honneurs pour l'apaiser. Gratien et tous les nobles jurèrent que l'accusateur avait menti , et lui seul fut puni.
Après le départ de Louis, l'Italie, affranchie de toute autorité étrangère, se trouva dans un de ces intervalles d'indépendance qui furent toujours si brefs et si mal employés. Léon, après sa mort, eut pour successeur Benoit III; mais une faction, soutenue par les nobles, voulait Anastase , et les commissaires impériaux lui donnèrent raison. Les Romains irrités déclarèrent qu'ils souffriraient la mort plutôt que d'accepter cet indigne pontife, et les ministres de Louis furent obligés de confirmer l'élection de Benoît.
Les papes avaient beaucoup de peine à maintenir la discipline contre la luxure des rois, qui, encouragés parla licence des mahométans, prétendaient ne consulter que leur caprice pour se marier et répudier leurs femmes. Les rois francs avaient plus d'une fois donné de pareils soucis aux pontifes ; c'était alors Lothaîrell, frère de l'empereur, qui, après avoir renvoyé Théotberge, voulait épouser une certaine Gualdrade. L'infortunée 862. eut recours au pape Nicolas, qui s'opposa résolument à la violation du sacrement, malgré la connivence des archevêques de Cologne et de Trêves. Ces deux prélats vinrent à Rome pour expliquer leurs motifs; mais, frappés d'excommunication, ils gagnèrent Louis II, qui, jaloux de soutenir son frère, c'est-à-dire l'adultère, et poussé d'ailleurs par l'archevêque de Ravenne, toujours hostile, marcha' sur Rome pour forcer le pape à rapporter sa sentence. Le pontife ordonna des prières et un jeûne ; mais l'armée, qui survint au moment où la procession montait l'escalier de Saint-Pierre, brisa les croix, les images, et dispersa les dévots à coups de bâton. Nicolas se tint caché. Dans l'intervalle, un des soldats, qui avait brisé la croix de sainte Hélène, mourut, et Louis tomba malade ; comme on crut voir un aver-
(1) Gr\tian(, ch. 9, dist. x ; et ch. 41, n, qu. 17.