MORT DE LOUIS II
dat mettre en liberté Soldan, qu'il gardait comme otage ; mais cet émir, que la générosité du prince n'avait point désarmé, reparut plus terrible que jamais. Les monastères de Mont-Cassin et de Volturno, mal défendus par les prières et les vassaux, furent incendiés ; le pays des fiers Sabins ne sut pas même arrêter les incursions de l'ennemi. Les peuples invoquaient les Grecs , mais ceux-ci étaient faibles; ils invoquaient les seigneurs de Salerne, d'Amalfi et de JNaples ; mais ceux-ci s'entendaient avec les musulmans. Le pape se rendit à Naples pour détacher de l'alliance des infidèles le duc de cette ville et les autres princes des environs. Sergius , qui refusa, fut excommunié, et Guaifer, prince de Salerne, lui déclara la guerre. L'évèque Athanase, son frère, conspira contre lui, et, après l'avoir aveuglé, il l'envoya à Rome finir misérablement ses jours; puis il se proclama duc lui-même, comme avait fait l'évèque Landolfe à Capoue, et le pape l'en félicita. Mais cet évêque intrigant devint bientôt l'allié des Sarrasins, et s'associa même à leurs brigandages; ayant appelé de Sicile l'émir Sicaim, il l'établit au pied du Vésuve. Ce voisinage lui coûta cher, car les bandes du Sarrasin commencèrent à dévaster les environs, àenlever chevaux, armes, jeunes filles ; elles s'avancèrent même jusqu'aux délicieux coteaux de Tivoli, jusqu'aux rives sacrées du Tibre , et, durant deux années, les campagnes de Rome restèrent stériles pour leurs habitants épouvantés. Louis II, que ses contemporains ont loué comme ami de la justice, protecteur des pauvres et des orphelins , mourut sur le territoire de Brescia, et l'évèque de cette ville le fit ensevefir dans l'église de Sainte- Marie. Anspert, archevêque de Milan, réclama son cadavre et ne put l'obtenir ; alors, suivi des évêques et de tout le clergé de Bergarae et de Crémone, il se rendit à Brescia, le lit exhumer et embaumer ; puis, au milieu d'une longue procession, il vint le déposer dans Saint-Ambroise de Milan, et grava sur son cercueil une épitaphe en vers assez bons et remplie de louanges (1).
(I) Hic cubât aeterni Hludovicus Caesar honoris,
^quiparat cujus nulla Thalia decus ; Nam ne prima dies regno solioque vacaret, Hesperiœ genito sceptra reliquit avus ; • Quam sic pacifico, sic forti pectore rexit, Ut puerum brevitas vinceret acta senem.
Ingenium mirerne , fîdem cultusve sacrorum,
Ambigo, virtutis an pietntis opus?
Huic ubi iirma virum modo produxerat œtas, Imperii nomen subdita Roma dédit;